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Voyage sonore avec Eliane Radigue, pionnière de la musique électronique

Voyage sonore avec Eliane Radigue, pionnière de la musique électronique

A 89 ans, Eliane Radigue, compositrice française et pionnière incontournable de la musique concrète au Groupe de Recherches musicales, publie son désormais célèbre "Opus 17" sur le Bandcamp d'INA grm.

Par l'INA - Publié le 01.10.2021
Crédits : Fondation A.R.M.A.N./Yves Arman

Sa réputation n'est plus à faire. Disciple de Pierre Schaeffer, diva de l'ARP 2500, synthétiseur modulaire sans clavier, quelle appelle tendrement "mon compagnon", Eliane Radigue fut l'une des pionnières de la musique électronique dans les années 70. Adoubée par la nouvelle génération, celle qui a fait ses armes au Groupe de Recherches musicales (INA grm) met aujourd'hui son "Opus 17" à disposition sur Bandcamp, la plateforme en ligne des artistes indépendants. Un véritable voyage sonore aussi précurseur que spirituel.

Opus 17 (1970), 96'

Feedback sur bande magnétique

Réalisée au Studio de l'auteur, Paris. Création le 23 mai 1970 Centre Artistique de Verderonne pour la “Fête en blanc”, un happening organisée par Antoni Miralda, Joan Rabascall, Dorothée Selz et Jaume Xifra.

En 5 parties :

  • Etude
  • Maquette
  • Epure
  • Safari
  • N°17

Achevée en 1970, et constituée de cinq tableaux distincts, “Opus 17” est une pièce qui se situe à une charnière importante du parcours musical d'Éliane Radigue. “Opus 17” est la dernière œuvre composée avec le matériau feedback. C'est aussi celle avec laquelle Éliane Radigue revient à des cadres temporels définis, après quelques années à bâtir des “musiques sans fin” destinées à être diffusées “ad libitum” dans un espace donné (galerie, musée) ; une approche ouverte qui associait intuitivement Arts Plastiques et Musique.

“Opus 17” conserve de cette période expérimentale le caractère plastique : une musique faite de phénomènes sonores rugueux, âpres, granuleux, possédant des qualités tactiles, matérielles. Des vibrations qui structurent l'air autour de l'auditeur avec des épaisseurs, des densités, des mouvements palpables.

De même il faut reconnaître qu'Éliane Radigue a su donner vie à un matériau d'essence artificielle. Un matériau simple dont elle a su tirer des formes, des couleurs, des saveurs, des intensités inouïes. Ses processus de feedback, ses effets larsen ralentis par le travail de la bande magnétique, sont intrinsèquement animés : ils ont une voix, un lyrisme qui leur est propre, une “force expressive” nous dit Éliane Radigue. En d'autres termes elle a appris, avant de composer, à produire des sons qui vivent et qui chantent, et qui nous touchent.

Ses compositions sont des cadres qui donnent à entendre ces phénomènes, des cadres laissés ouverts lors des installations sonores de ses “musiques sans fin” (voir “Feedback Works 1969–1970”), et ici resserrés dans les cinq tableaux constituant “Opus 17”. Éliane Radigue sent probablement que l'infini peut venir se nicher dans une temporalité réduite, ce à quoi elle va travailler sa carrière durant.

En 1970 elle a développé dans son studio privé rudimentaire des techniques de travail tout à fait singulières et qui lui sont propres. Toutes centrées autour du travail de sons produits par feedback, elles définissent son œuvre. “Opus 17” a cette particularité d'exposer la somme de ces techniques et méthodes acquises. La musique d'Éliane Radigue n'a jamais trouvé racine dans l'idée mais dans la pratique, l'expérience intime de phénomènes sauvages qu'elle a su apprivoiser. Ce dialogue intense et poétique qu'elle entretient avec la matière sonore trouve une concrétisation remarquable dans “Opus 17”.

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