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Julie Dachez : «Les médias contribuent à véhiculer cette image de l'autisme comme tare»

Julie Dachez : «Les médias contribuent à véhiculer cette image de l'autisme comme tare»

LUNDI DE L'INA - Pour ce dernier Lundi de l’INA de l’année, Julie Dachez, chercheuse et conférencière sur l’autisme, anime une séance consacrée au traitement de l’autisme dans les médias. Nous lui avons posé quelques questions avant son intervention.

Propos recueillis par Benoît Dusanter - Publié le 11.12.2023

Julie Dachez, autrice de «La différence invisible» et «Dans ta bulle !». Crédits : Chloé Vollmer-Lo.

En s'appuyant sur des images d’archives de l’INA, Julie Dachez montre comment la vision médicale et déficitaire de l’autisme, prédominante actuellement, imprègne tous les discours, au détriment d’une perspective axée sur les droits des personnes autistes. À partir d’extraits de journaux télé, de reportages, de séries TV et d’interviews de personnes concernées, elle propose d’adopter un regard critique par rapport à cette vision de l’autisme et à prendre conscience des torts qu’elle cause à la communauté.

INA - Pouvez-vous nous donner votre définition de l’autisme ?

Julie Dachez - C'est une question plus complexe qu'il n'y paraît. L'autisme a été conceptualisé sous le prisme de la psychiatrie (ce qui n'est pas neutre), on en parle aujourd'hui comme d'un trouble neurodéveloppemental. Je rejoins plutôt l'approche de la neurodiversité qui considère l'autisme comme un mode de fonctionnement faisant partie de la diversité humaine.

INA - À travers les archives INA que vous avez pu explorer, quel regard portent les médias sur l’autisme ? Et en quoi cela est problématique selon vous ?

Julie Dachez - Les médias contribuent à véhiculer cette image de l'autisme comme tare, maladie, problème à résoudre. Dans les discours, les personnes autistes sont souvent considérées comme un poids pour la société ou pour leurs parents. En plus d'être deshumanisant, cela ne permet pas d'aborder l'autisme sous un prisme social, en interrogeant la façon dont nous pourrions réformer la société pour la rendre plus inclusive.

INA - Quid de la fiction ?

Julie Dachez - La fiction a le pouvoir de renforcer certains stéréotypes, ou à l'inverse de les déconstruire. Bien souvent, dans les séries notamment, la personne autiste est un homme blanc de classe moyenne avec des talents extraordinaires. Mais l'autisme est un spectre avec des milliers de nuances, on peut aussi être une femme noire autiste. Qui plus est, le fait de dépeindre les personnes autistes comme des génies en dit long sur l'autismophobie ambiant : le personnage autiste n'est intéressant, acceptable, que lorsqu'il est génial.

INA - Quelles sont les conséquences pour les personnes concernées ?

Julie Dachez - Les activistes autistes se battent concrètement pour faire avancer leurs droits (comme l'association CLE autistes par exemple), mais leur parole n'est pas relayée. Et lorsque des personnes autistes comme Josef Schovanec (philosophe et écrivain luttant pour la dignité des personnes autistes) interviennent dans les médias, les questions des journalistes sont très orientées et circonscrivent la parole au seul périmètre du témoignage, comme l'avait déjà fait remarquer le militant autiste Jim Sinclair (premier militant historique du mouvement pour les droits des personnes autistes) il y a de nombreuses années. Les médias auraient donc un rôle à jouer pour relayer cette parole activiste, et permettre d'élever le débat.

À propos de Julie Dachez
Julie Dachez est chercheuse et conférencière sur l’autisme. Ses thèmes de prédilection sont : l’autisme et l’emploi, l’autisme et le genre, ainsi que l’autisme et l’accès aux soins. Elle est également l’autrice de La différence invisible ainsi que Dans ta bulle !

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