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Stéphanie, rescapée du Bataclan et volontaire du programme 13-Novembre : "Ça m'aide à donner un sens à tout ça"

Stéphanie, rescapée du Bataclan et volontaire du programme 13-Novembre : "Ça m'aide à donner un sens à tout ça"

Comme d'autres victimes des attentats du 13 novembre 2015, Stéphanie s'est portée volontaire pour témoigner dans le cadre du programme 13-Novembre mené par le CNRS, l'INSERM et en partenariat avec l'INA. Elle raconte.

Propos recueillis par Julien Boudisseau - Publié le 07.09.2021

Stéphanie, rescapée du Bataclan et volontaire du programme 13-Novembre : "Ça m'aide à donner un sens à tout ça"

Comme d'autres victimes des attentats du 13 novembre 2015, Stéphanie s'est portée volontaire pour témoigner dans le cadre du programme 13-Novembre mené par le CNRS, l'INSERM et en partenariat avec l'INA. Elle raconte.

Propos recueillis par Julien Boudisseau - Publié le 07.09.2021

La place de la République à Paris le soir du 14 novembre 2015.

AFP / INA / JUSTINE BABUT
 

La place de la République à Paris le soir du 14 novembre 2015.

AFP / INA / JUSTINE BABUT

Comment avez-vous été au courant de la création du programme 13-Novembre ?
C'est via l'association Life for Paris qui réunit les victimes des attentats. Nous avons été rapidement sollicités par Denis Peschanski et Carine Klein-Peschanski lors d'une fête des voisins en mai 2016. Denis nous a présenté le programme, et moi, j'ai tout de suite accepté de participer, je trouve ça normal que ce qu'on a vécu puisse faire avancer les choses d'un point de vue sociologique, historique et scientifique. Que ça serve à quelque chose. J'ai ainsi participé dès le début, en juillet 2016, et pour la phase 2, deux ans après.

Est-ce que vous pensez que la tenue du procès des attentats va raviver des souvenirs ?
Ça ravive déjà depuis le mois d'avril. Je suis partie civile à ce procès, le parquet nous a permis de visiter la salle dès le printemps, tout est bien concret désormais

Comment voyez-vous la tenue de la phase 3 en même temps que le procès ?
Il risque d'y avoir un impact dans les témoignages des gens, ça peut donner des résultats aussi intéressants, de faire la phase 3 à ce moment-là. Le procès va durer, ça va être au coeur des discussions, il y aura un impact sur les personnes. Mais pour moi par exemple, ça ne m'a jamais fait douter de ma participation au programme même si ça va sans doute jouer sur mon témoignage. (...) 

Expliquez-nous comment se passent les entretiens ?
Ça se passe plutôt bien. La première fois j'étais stressée car je ne savais pas comment ça allait se passer, mais l'accueil des personnels de l'INA et de l'étude est tellement bienveillant que ça va. Le fait de se faire maquiller avant avec quelqu'un qui vous pomponne, ça permet de décompresser un peu. Et les entretiens prennent le temps qu'il faut, ils ne sont pas chronométrés, on peut souffler. C'est fait de manière très humaine et très bienveillante, même si ça remue. A chaque fois que je suis resortie de là, j'étais épuisée car ça pioche dans l'énergie. On raconte ce qui s'est passé, le ressenti. Moi, ça me permet de déposer un petit paquet.

C'est toujours le même cadre, le même dispositif ?
Oui, c'est comme un petit cocon. On est en tête-à-tête avec l'enquêteur, dans une petite bulle avec lui, il n'est pas dans la pénombre, il reste impassible mais il y a de l'intimité, propice à la libération de la parole. On se sent à l'aise, donc on sait que l'on peut dire tout ce qu'on a sur le coeur. On recrée un tête à tête qui permet de pouvoir se livrer. Comme c'est aussi un projet scientifique, on sait qu'on va pas être jugés. 

Et la maquilleuse ?
C'est du bien-être ! J'adore me faire pouponner et là, ce contact avec elle, ça permet de sortir de son stress, ça fait bien, la sensation du pinceau qui passe sur la peau, on sent qu'on est pris en main. Même si le moment est bref, ça fait office d'un sas de décompression. C'est important d'être pris en charge, avant de se livrer à quelqu'un.

Votre propos a-t-il changé entre les phases 1 et 2 ?
Oui, je pense, car dans la phase 1, j'étais dans le déni, et deux ans plus tard, j'avais évolué dans ma reconstruction, j'étais dans une phase de colère, mes mots avaient changé, j'étais davantage vindicative. Au départ j'essayais de comprendre les gestes des terroristes, puis dans la 2e phase, j'étais dans la frustration me disant qu'on ne peut pas faire ça.

C'est important pour vous d'être volontaire pour cette phase 3 ?
Oui, je me suis engagé, je vais au bout de mon engagement. Ce programme, ça m'aide à donner un sens à tout ça, car je me dis que mon témoignage peut-être utilisé à des des fins de recherche ou qu'il pourra aider pour une amélioration des prises en charge. J'ai beaucoup souffert de la culpabilité du survivant, alors pouvoir participer, ça m'aide à reprendre le contrôle. 
 

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