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Le 9 mai en Russie : de l’hommage patriotique à la démonstration de force

Le 9 mai en Russie : de l’hommage patriotique à la démonstration de force

Ce lundi 9 mai, alors que la guerre en Ukraine s’enlise, Moscou commémore, comme chaque année depuis 1945, la victoire du pays contre l’Allemagne nazie. Un rendez-vous patriotique instrumentalisé par Vladimir Poutine depuis son accession au pouvoir il y a 22 ans.

Par la rédaction de l'INA - Publié le 09.05.2022
 

Chaque année depuis 1945, la Russie célèbre la fin de la « Grande guerre patriotique » et la victoire du pays contre l’Allemagne nazie. Une date marquée traditionnellement par un grand défilé militaire et par des cérémonies officielles, allant de l’hommage au soldat inconnu au défilé des portraits des victimes de guerre. Sans oublier le discours annuel du leader en fonction.

Cette année, en plein conflit ukrainien, les experts internationaux s’attendent à un acte fort du Kremlin. Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, a déjà fait savoir que cette date ne signifiait toutefois pas la fin des « opérations militaires » entamées en Ukraine depuis le 24 février.

Pour Vladimir Poutine, depuis son arrivée au pouvoir en 1999, cette parade patriotique a toujours été l’un des leviers de communication privilégiés. Une façon de rappeler son autorité et son statut de protecteur de la Nation aux yeux de sa population d’abord, mais surtout, sa puissance militaire vis-à-vis des forces occidentales. Plus qu’un hommage historique au rôle joué par l’URSS dans la victoire alliée de la Seconde Guerre mondiale, Vladimir Poutine a transformé cette commémoration en symbole de puissance personnelle. Tout avait pourtant bien commencé...

Les premières années de son mandat, Vladimir Poutine semblait effectivement privilégier l'aspect historique et patriotique de la célébration du 9 mai. L'archive en tête d'article qui date de 2005 fait le récit des festivités, qui comme à l'accoutumée, s'étaient déroulées sur la Place Rouge à Moscou. Le correspondant sur place, Thierry Thuillier, évoquant même un défilé sobre « loin des fastes des soviétiques d'antan ».

Une main tendue vers l'Ouest

Cette année-là, Vladimir Poutine avait convié les chefs d'Etats étrangers, dont Jacques Chirac et George Bush, à assister aux cérémonies. Dans son discours, l'homme fort du Kremlin poursuivait sa main tendue vers l'Ouest et se montrait même rassurant quant à sa vision du monde à l'avenir : « Nous devons rester fidèles au souvenir de nos pères. Nous devons défendre un ordre mondial fondé sur la sécurité et la justice, sur une nouvelle culture des relations mutuelles qui ne permet pas la répétition ni de guerre froide, ni de guerre chaude ».

Plus tard, le fameux "Hourra" des soldats avait résonné plusieurs minutes. 2600 vétérans avaient pris place dans des camions d'époque, il n'était question de rien d'autres que du sacrifice des 27 millions de victimes, mortes pour abattre le régime nazi. L'hommage au Soldat inconnu avait clôt la matinée. Aucune fausse note pour Vladimir Poutine. Dans la foule des anciens soldats exprimaient leur fierté : « Tous les participants de la guerre ont été invités. Tous les chefs d'Etat. C'est merveilleux.», ou cette vétérante : « Ça m'a vraiment plu. Tous les ans, je viens ici et je me sens heureuse ».

L'ouverture vers l'Occident allait se poursuivre sous la mandature de Dimitri Medvedev, assurant l'intérim de Vladimir Poutine en attendant son retour aux manettes. Le défilé de 2010, à découvrir ci-dessous, faisait exception. Pour la première fois un millier de militaires de l’OTAN participait au défilé. Parmi eux, le célèbre commando français Normandie, un groupe de pilotes de chasse et de mécaniciens français qui avaient accompagné la reconquête soviétique jusqu'à la fin de la guerre, devenant le symbole de l'amitié franco-russe.

Début de scission

Cinq ans plus tard, en 2015, on célébrait le 70e anniversaire de la capitulation allemande. Le ton avait changé. La Crimée avait été annexée l'année précédente. Sur la place Rouge, 28 chefs d’Etat assistaient au défilé, le protocole mettant en valeur les présidents chinois, indien ou égyptien. Les Occidentaux brillant eux par leur absence. La France aura choisi une position médiane, Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères, avait assisté à un dépôt de gerbes à la mémoire des victimes. Cette discrétion occidentale était regrettée par les Russes interrogés en marge du défilé : « Notre victoire a été commune, surtout les Français qui ont été des résistants, des pilotes à nos côtés. On se souvient de tout ça », confiait un vétéran.

Côté défilé, la mise en scène était impressionnante. On sentait poindre la volonté de Poutine d'impressionner les Occidentaux. Il présentait l’un des plus vastes cortèges militaires jamais organisés sur la place Rouge : 16 000 soldats, près de 200 véhicules blindés, à l'instar des nouveaux chars Armata dévoilés pour l’occasion. A l'honneur aussi, les fameux missiles intercontinentaux qui pourraient toucher les Etats-Unis. Au-delà de cet hommage, Vladimir Poutine souhaitait compter face à l'Occident. Il mettait en garde contre leur velléité, à ses yeux, d’imposer leur loi au monde entier : « Depuis quelques années, nous voyons les tentatives de créer un monde unipolaire, cela a conduit au contraire à la formation de blocs, cela a augmenté la tension. Tout cela sape la stabilité internationale », lançait-il à la tribune lors de son discours.

Un rempart au terrorisme

En 2016, en plein bourbier syrien aux côtés de Bachar el Assad, l'armée russe célébrait le 71ème anniversaire de sa victoire sur l'Allemagne nazie, mais pas que. Cette fois, plus d'ambiguïté, la Russie, par la voix de Poutine, revendiquait haut et fort le droit de défendre ses intérêts personnels. 10.000 soldats ainsi que des chars et l'arsenal nucléaire défilaient en grande pompe et dans un ordre martial. A l’honneur ce 9 mai, les femmes soldats, mais surtout les unités combattant en Syrie. Vladimir Poutine était bien-sûr aux premières loges pour superviser ce défilé, magnifique image offerte au monde de la puissance de son pays.

Son discours, cette année-là, portait sur le terrorisme laissant croire à une promesse de rapprochement avec les alliés de l'Ouest : « Notre civilisation est à nouveau confrontée à la violence. Le terrorisme est une menace pour tous, nous devons impérativement vaincre ce mal, et la Russie pour cela est prête à se lier à tous les autres pays ». 

Parade sur la place Rouge
2016 - 01:59 - vidéo

Une mise en garde

Le défilé militaire de 2021, proposé ci-dessous, apparaît clairement comme un outil de propagande pour Vladimir Poutine, une véritable démonstration de force  à l'encontre de l'Ouest. Le dirigeant de la place Rouge prônant désormais clairement le patriotisme russe quoi qu'il en coûte : « La Russie ne cesse de défendre le droit international. En même temps, nous allons défendre fermement nos intérêts nationaux. »

A l’époque déjà, les relations avec les Américains et les Européens étaient mauvaises et la Russie de Poutine transformait l’histoire un enjeu politique.

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