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Jean Blaise : « Paris a été la première ville du monde à proposer Nuit Blanche »

Jean Blaise : « Paris a été la première ville du monde à proposer Nuit Blanche »

Nuit Blanche fête son 20ème anniversaire à Paris le 1er octobre. À cette occasion, nous avons rencontré Jean Blaise, fondateur et directeur artistique de la première Nuit Blanche en 2002.

Par Benoît Dusanter - Publié le 28.09.2022

Jean Blaise lors de la première édition du « Voyage à Nantes » en 2012. Crédits : France 3 Pays de la Loire.

Nuit Blanche revient à Paris la nuit du 1er au 2 octobre et fête son 20ème anniversaire. Gratuit et ouvert à tous, cet évènement est désormais une institution : le temps d’une nuit, l’art prend possession des lieux les plus emblématiques de la ville lumière. Les Parisiens sont invités à déambuler au rythme des installations, performances, concerts… donnés aux quatre coins de la ville. Cette grande manifestation artistique et nocturne a été créée en 2002 par la Ville de Paris. Son fondateur et directeur artistique de la première édition, Jean Blaise, revient pour l’INA sur les origines du projet.

INA – Comment est née Nuit Blanche ?

Jean Blaise – En 1990, Jean-Marc Ayrault, qui venait d’être élu maire de Nantes, m’a contacté pour organiser un événement dans la ville qu’on appelait alors « la belle endormie ». Il souhaitait faire valoir l’énergie et la créativité de la ville marquée par la désindustrialisation. C’est là qu’est né le Festival des Allumées. Pendant six ans, sur six nuits, de 18h à 6h du matin, nous avons fait venir les artistes d’avant-garde de six grands ports à travers le monde.

La manifestation se déroulait dans tous les lieux de la ville et pas seulement dans des lieux de spectacle. La ville tout entière était occupée par des artistes venus d’ailleurs. Cela a eu un grand succès. Nous avons ensuite travaillé avec la ville de Nantes sur d’autres projets comme le Lieu Unique (l’ancienne fabrique des biscuits LU en centre-ville de Nantes transformée en lieu d’art contemporain). Notre intention a toujours été de faire de la ville l’épicentre de la culture. Quand Bertrand Delanoë a été élu à Paris en 2001, il avait cette même ambition de montrer que Paris était une ville vivante et pas seulement une ville musée. Il m’a alors demandé de créer un événement sur le modèle des Allumées. Avec Nuit Blanche, Paris a été la première grande ville du monde à proposer ce concept.

INA- Comment avez-vous travaillé avec Bertrand Delanoë et son équipe ?

J.B – Ils étaient très enthousiastes et ils m’ont fait confiance. Malheureusement, il y a eu cet attentat au couteau contre Bertrand Delanoë. Ses mots ont été « Que la fête continue !». En quelque sorte, cela a amplifié l’effet totalement incroyable de l’événement. Cela a aussi montré autre chose. Bertrand Delanoë souhaitait que cette ville soit libre et totalement ouverte. On pouvait entrer librement dans l’Hôtel de Ville sans fouille préalable. On ne pourrait plus le faire aujourd’hui, c’est évident. Après sa convalescence, il m’a appelé pour organiser une deuxième Nuit Blanche. J’ai refusé. Non pas parce que je ne le souhaitais pas, mais je ne le pouvais pas pour des raisons de calendrier. Un autre commissaire a alors été nommé pour l’édition de 2003. Mais j’ai organisé Nuit Blanche en 2004.

INA – Vous attendiez-vous à un tel succès ?

J.B – Non. Cette première édition était hallucinante. Il y a eu près de 500 000 spectateurs. On ne s’attend jamais à un tel succès. Nous sommes pris dans une telle tornade ! Neuf mois pour organiser un événement de cette ampleur, c’est très peu. Le succès a montré que Bertrand Delanoë a eu raison de l’organiser car sa ville en avait besoin. Et qu’il a eu raison de nous avoir laissé faire « n’importe quoi » (rires) !

INA- Selon vous, qu’apporte la nuit à l’expression artistique ?

J.B – Le décalage. La nuit tout est transfiguré. Les distances ne sont plus les mêmes. Physiquement, vous n’êtes plus le même. Il y a une sorte de recul vis-à-vis des choses. Il y a une énigme dans la nuit. Le temps d’une nuit, Paris devient le terrain de jeu de déambulations nocturnes. L’idée de Nuit Blanche était de faire voyager les Parisiens eux-mêmes. Tout à coup, ils ne sont plus dans une ville qui est totalement la leur. Ils sont à la fois acteurs et spectateurs des créations artistiques qui transforment la ville. Par ailleurs, rendre l’événement éphémère crée une dynamique. On vit quelque chose ici et maintenant qui n’existe nulle part ailleurs. Cela renforce le plaisir que vous avez à le vivre.

INA- Cela souligne aussi une volonté politique d’accès à la culture.

J.B – Absolument ! Cela participe à la démocratisation de la culture comme on aimait le dire dans les années 1980 (rires). Il y a une volonté d’être ensemble. Tous les espaces sont gratuits, qu’ils soient publics ou privés. Dans la première édition, il s’agissait surtout d’interventions d’artistes plasticiens sur la ville elle-même. C’est-à-dire comment un grand artiste vient interpréter la ville. Ce point était très important pour moi. Nuit Blanche devait « montrer » Paris.

INA – Quel regard portez-vous sur les éditions de ces dernières années ?

J.B – Les pratiques de ville ont changé aujourd’hui. Après les attentats, tout a changé. La liberté que nous avions alors n’existe plus. Il y a une quantité de choses que l’on ne pourrait plus faire aujourd’hui. Exposer dans l’espace public coûte plus cher que dans un lieu dédié. La part d’exposition dans l’espace public a donc été réduite pour faire des économies, ce que je regrette. Mais Je ne veux pas brosser un portrait noir. Il y a eu des choses formidables bien entendu.

INA – Qu’attendez-vous de cette nouvelle édition ?

J.B – Prendre du plaisir sans programme ! Déambuler. Voyager. Cette année, la direction artistique a été confiée à Kitty Hartl que je connais bien pour travailler souvent avec elle. J’espère profiter de l’ambiance. Avoir l’impression de ne plus être à Paris mais d’être au monde. C’est ça l’ADN de Nuit Blanche.

Nuit Blanche
Samedi 1er octobre 2022 à Paris

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