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«Good girl» : un siècle d’éducation des filles passé au peigne fin des archives

«Good girl» : un siècle d’éducation des filles passé au peigne fin des archives

L’INA s’associe avec La Maison des Femmes de Saint-Denis en Seine-Saint-Denis et Cinétévé pour le film «Good girl». Construit exclusivement à partir d’archives INA de grandes émissions comme « Dim Dam Dom » ou « Aujourd'hui Madame », ce court-métrage réalisé par Mathilde Hirsch retrace avec légèreté et ironie un siècle d’éducation des filles. Le tout commenté avec humour par Agnès Jaoui. Entretien avec Ghada Hatem, directrice de la Maison des Femmes et commanditaire du projet, ainsi qu’avec la réalisatrice Mathilde Hirsch.

Propos recueillis par Benoît Dusanter - Publié le 12.01.2023
 

INA - Le film « Good girl » joue sur les préjugés et les mécanismes absurdes qui régissent l'éducation des filles. Pourquoi ce ton décalé ?

Ghada Hatem - Je m’étais dit qu’il y avait certainement des pépites incroyables depuis toutes ces années. Nous ne sommes pas une association féministe. Nous sommes d’abord un lieu de soin. On ne se positionne donc pas de la même façon. On n’est pas là pour critiquer. On a plutôt envie d'être force de proposition. Avec cette structure, on fait beaucoup de prévention. On va régulièrement dans les collèges, les entreprises, les écoles de sages-femmes, de médecins, de policiers. Nous souhaiterions déconstruire ce qu'on appelle aujourd'hui la « société patriarcale ». On voit bien que cela vient de l’éducation. Et donc ce film synthétise la façon complètement stupide dont on élève nos enfants. On enferme les garçons dans une virilité toxique et prépare les filles à l’arrivée du prince charmant. Il faut dénoncer cela. Pour moi, la meilleure façon de le faire, c'est de se moquer gentiment. Nous voulions faire réfléchir tout en faisant rire.

INA - En quoi justement l'éducation est vecteur d'égalité et de la prévention des violences selon vous ?

Ghada Hatem - C’est ce que dénonce ce film. On prépare les petites filles à être de futures victimes puisqu'on ne les autonomise pas, on ne les encourage pas à avoir des métiers où elles vont s'épanouir. On leur laisse croire que c'est «Kinder, Küche, Kirche» (enfants, cuisine, église) comme disent les Allemands. Et on dit aux hommes «Vous êtes forts, vous ne pleurez pas, vous n’avez pas d’émotions, vous êtes le pilier de la famille». Sous-entendu vous avez tous les droits. Et on élève nos enfants avec ça. Donc si on veut changer la donne, si on veut que ça s'arrête, et bien il faut enseigner le respect aux garçons, enseigner le consentement aux deux ! Les filles pensent qu'elles sont obligées d'accepter tout parce qu'elles n’ont pas d'autre choix. Et donc accepter de se faire violer légalement. Il faut casser ça. Il faut rééduquer tout à fait autrement. Les parents et les enfants. Sinon on va reproduire éternellement les mêmes schémas.

INA - L’actrice Agnès Jaoui prête sa voix au film. Comment avez-vous fait appel à elle ?

Ghada Hatem - Nous avons beaucoup de femmes puissantes comme ambassadrices. Je pense à Alexandra Lamy notamment et à notre marraine, la chanteuse Inna Modja. Et donc Agnès Jaoui fait partie de ces femmes qui sont prêtes à nous aider. Elle avait fait ce magnifique discours aux Assises du collectif 50/50 où elle avait parlé de cette différence d'éducation, des violences qu'elle avait pu subir elle-même. Et donc on s'est dit qu'elle était la bonne personne. Et puis sa voix est magnifique.

INA - Mathilde Hirsch, comment avez-vous sélectionné les archives de l’INA ?

Mathilde Hirsch - J’avais déjà travaillé avec l’INA avec sur la série The Lost Ones. Je souhaitais faire des projets plus engagés. Le sujet est très large, mais il m’intéressait. J’ai regardé énormément de choses. Je cherchais un angle. Avec Ghada Hatem, l’humour nous est vite apparu comme le bon axe. La légèreté permet de toucher plus de gens. Au total, j’avais environ 600 heures de rushes quand nous avons commencé le montage !

INA - Y a-t-il une archive qui vous a particulièrement marquée ?
Mathilde Hirsch -
J'ai adoré l'archive où l’on voit une jeune fille qui parle de la pilule avec ses parents. Il y a un tel décalage entre les différentes générations. La mère est gênée et rigole des propos sur la sexualité que sa fille dénonce. Le père reste mutique et songeur. Une autre archive particulièrement savoureuse montre un débat avec des parents d'élèves pour savoir comment parler de sexualité aux enfants. Ils sont complément déconcertés.

INA - Quels retours avez-vous eu de la part des femmes, des hommes ?
Mathilde Hirsch -
Cela dépend des générations. Autour de moi, les femmes ont plutôt été émues et se sont reconnues. J’ai eu des retours comme « Merci de mettre des mots sur ce que l’on vit ». Pour ce qui est des hommes, cela a plutôt permis d’ouvrir un débat et d’avoir de nouvelles conversations sur un sujet encore trop tabou.

«Good girl», 100 ans d'éducation des filles

Réalisé par Mathilde Hirsch et Camille d'Arcimoles
Produit par Fabienne Servan-Schreiber et Estelle Mauriac
Raconté par Agnès Jaoui
Une production Cinétévé, en partenariat avec l'INA, sur une initiative de La Maison des femmes de Saint-Denis
Avec la collaboration du magazine Causette

À propos de la Maison des Femmes

Créée en juillet 2016 par la Docteur Ghada Hatem, La Maison des femmes de Saint-Denis est un lieu de prise en charge unique des femmes en difficulté ou victimes de violences. Rattachée à l’hôpital Delafontaine, elle propose une prise en charge pluridisciplinaire de proximité, avec un guichet unique. L’objectif est d’apporter une aide concrète et complète aux femmes en difficulté. Pour cela, elle intervient aussi bien dans les domaines de la prévention, de l’éducation et de la santé publique.

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