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Alors étudiant, Frédéric Leclerc-Imhoff plaidait pour voir davantage de citoyens à la télévision

Alors étudiant, Frédéric Leclerc-Imhoff plaidait pour voir davantage de citoyens à la télévision

Le journaliste français de 32 ans, tué lundi 30 mai en Ukraine alors qu'il réalisait un reportage sur l'évacuation de civils, était encore étudiant en 2014 lorsqu'il fut invité par France 3 à participer à un débat sur la représentation des citoyens à la télévision. Il plaidait notamment pour des émissions avec de véritables débats. Nous avons retrouvé son intervention, qui aujourd'hui lui rend hommage presque 10 ans après.

Par Cyrille Beyer - Publié le 02.06.2022
Frédéric Leclerc Imhoff - 2014 - 00:59 - vidéo
 

Le 19 février 2014, l’émission « Votre télé et vous », présentée par la médiatrice des rédactions de France 3, Marie-Laure Augry, s’intéressait à la question de la place de la parole citoyenne dans les médias. Le contexte était marqué par les échéances des élections municipales, organisées les 23 et 30 mars 2014.

Autour de l’ancienne présentatrice du journal télévisé de 13h sur TF1 (en duo avec Yves Mourousi), entre 1981 et 1988, avaient pris place plusieurs invités représentant la parole citoyenne : David Lacrépinière, agriculteur remplaçant à Nurieux-Volognat, dans le département de l’Ain, Yvonne Riffard, retraitée de l’enseignement à Saint-Etienne, et Frédéric Leclerc-Imhoff, étudiant en journalisme à l’Institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine (IJBA). Etaient également présents le sociologue et historien Pierre Rosanvallon, spécialiste des questions de démocratie et de participation du corps électoral, venu présenter son projet de Parlement des invisibles ; Xavier Riboulet, rédacteur en chef de France 3 Limoges et Michel Dumoret, chef du service politique de la rédaction nationale de France 3.

Pour introduire le débat, Marie-Laure Augry faisait état du sentiment de crise au sein de la démocratie représentative, à commencer par l’un de ses piliers, les médias, jugés par les Français trop éloignés des réalités quotidiennes : « Parler de politique autrement est une attente qui est souvent exprimée de votre part [les téléspectateurs, NDLR] » résumait la journaliste. « Moins de stratégie politicienne, plus d’ancrage dans la vie quotidienne, comment donc faire vivre la parole, cette parole citoyenne ? C’est un défi à la fois pour les journalistes, pour les politiques », poursuivait-elle, en s’adressant toujours aux téléspectateurs, avant d’ajouter que « 7 Français sur 10 nous reprochent, à nous journalistes, de ne pas parler des vrais problèmes et nous partageons avec les politiques le même statut peu enviable, celui de la défiance. »

Davantage de place

Le débat s’engageait alors entre les différents participants. Frédéric Leclerc-Imhoff prenait la parole une première fois – dans l’extrait présenté en tête d’article – en répondant à la question de Marie-Laure Augry sur le « sentiment de déconnexion que [peuvent] avoir […] les médias par rapport à la réalité de la vie quotidienne des gens ».

Partant d’une de ses expériences de reportage sur les municipales, diffusé sur France 3 Aquitaine, l’étudiant en journalisme défendait une plus grande participation des citoyens dans les programmes de la télévision : « L’idée [de son reportage], c’était surtout de redonner une parole citoyenne en allant voir de simples citoyens qui ne sont pas des militants, qui ne sont pas des experts. Je pense que cette défiance, cette crise de crédibilité qu’on observe des citoyens envers les médias, résulte surtout du fait qu’il y a beaucoup de débats qui sont organisés dans le service public mais il s’agit souvent d’experts qui parlent entre eux, et on voit finalement peu de citoyens à la télévision. On en a parlé, il y a des initiatives qui sont faites sur Internet, mais à l’antenne même, finalement, peut-être que les citoyens aimeraient avoir plus leur place, entendre plus de propos différents. Peut-être que ça vient de là. »

«Il faut créer des émissions, des débats où les gens sont vraiment invités.»

En clôture du débat, Frédéric Leclerc-Imhoff reprenait la parole pour expliquer l’importance que revêtait à ses yeux le fait de s’intéresser aux réalités de la vie quotidienne : «Je pense que c’est très important d’aller voir les gens, des gens différents, pas toujours les mêmes personnes. Essayer de dresser un portrait le plus large possible, c’est toujours très difficile, mais il y a toujours moyen d’aller voir des gens qu’on ne voit pas forcément à la télévision, de mettre l’accent sur certaines personnes et d’essayer de leur donner la parole. »

Puis, Frédéric Leclerc-Imhoff rebondissait sur la question de l'une des techniques les plus utilisées par les journalistes pour sonder l'opinion publique : « Vous avez parlé [Marie-Laure Augry] du micro-trottoir. Je pense que c’est un exemple intéressant, parce qu’on ne donne pas la parole aux gens avec 15 secondes de micro-trottoir dans un sujet. Il faut créer des émissions, des débats où les gens sont vraiment invités. »

Frédéric Leclerc-Imhoff a été tué lundi 30 mai sur le terrain, alors qu'il réalisait un reportage près de la ville de Sievierodonetsk sur l'évacuation de civils dans la région séparatiste du Donbass, en Ukraine. Âgé de 32 ans, il travaillait depuis six ans pour la rédaction de BFMTV. Il s'agissait de sa deuxième mission en Ukraine depuis le déclenchement de la guerre, le 24 février dernier.

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