Le maire de Daniel Cueff comparaissait ce jeudi devant le tribunal administratif de Rennes pour avoir pris un arrêté limitant l'usage des pesticides dans sa commune. La justice rendra sa décision la semaine prochaine. Dès 2009, il prenait des mesures fortes en matière d'écologie dans sa commune modèle.

L'arrêté visé a été pris en mai 2019, il limite l'usage des pesticides dans sa commune de Langouët, près des habitations (à une distance inférieure à 150 mètres de toute parcelle cadastrale). L’arrêté a été attaqué par la préfecture d’Ille-et-Vilaine visant à l'abroger.

Daniel Cueff, est le maire de ce bourg de 600 âmes depuis 1999. Au fil de ses mandatures, l'édile breton a transformé sa petite ville en modèle de développement durable : éco-quartier, cantine bio, autonomie énergétique, jardins en permaculture…

En avril 2009, le JT de Rennes Soir consacrait un long portrait à ce maire écolo avant-gardiste. Il prenait déjà à l'époque des mesures fortes en matière d'écologie dans sa commune modèle. Chapeau vissé sur la tête, ce jour-là, Daniel Cueff joue au "guide écologique" et fait visiter sa commune à une délégation d'une trentaine de maires de la Beauce, région où l'agriculture intensive est le modèle courant. Ils sont là pour découvrir un lotissement qui a été l'un des premiers en France dans la démarche de développement durable : "de A à Z. C’est-à-dire depuis l'aménagement de l'espace public, jusqu'à celui de la parcelle et la maison."

Daniel Cueff assure la visite du logement social très écolo, de l'école qui mélange plusieurs essences de bois et des panneaux photovoltaïques qui permettent de couvrir les besoins énergétiques de l'établissement. Des visites comme celles-ci, il y en assure environ trois par mois, venues de toute la France.

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"Moi, je préfère avoir un vrai projet politique et avoir une démarche implicative." 

En tête de cortège, le maire relate son expérience : "On s'est aperçu que les élus qui voulaient commencer à démarrer, surtout dans les petites communes, avaient besoin de voir. C'est ce qu'on appelle : la sociologie de la haie. Si on voit que le voisin a fait ça, on peut se permettre de dire que ça a été fait. Ici, on peut présenter ce qui a été fait. Ce qui a marché, pas marché. Ce qu'on ne ferait plus. Ce qu'on aurait dû faire etc. Donc, c'est témoin."

Précurseur dans l'Hexagone, Daniel Cueff a dû s'instruire en Allemagne : " C'est comme moi. J'ai été obligé d'aller à Fribourg ou à Hanovre pour voir ce qui se faisait. Pour un peu se rassurer, en disant : ça se fait. Ça existe. Y'en a qui se sont lancés dans cette affaire."

A l'époque, l'édile est également professeur en sciences humaines à l'université de Rennes. "Déformation professionnelle, il va toujours essayer de convaincre et ne pas passer en force. Toujours lier social et écologie."

Une démarche constructive qu'il décrit ainsi : "Autant, j'ai beaucoup de mal avec la démocratie participative, parce que la démocratie participative conduit toujours à réunir les gens et on se met d'accord sur le plus petit dénominateur commun. Jamais sur la plus grande aventure, parce que évidemment, chacun vient avec ce qu'il sait, ses représentations. Moi, je préfère avoir un vrai projet politique et avoir une démarche implicative."

Agitateur d'idées et précurseur

"Sa plus belle réussite d'après lui, c'est sa cantine bio, 100% bio et … tous les midis. Il a mis du temps à mettre le projet en place mais le pari a été gagné."

Le directeur confirme : "Je l'ai toujours considéré comme un agitateur, mais de cette agitation, il ressort toujours quelque chose. Et précurseur. J'aime bien le qualifier de la sorte. Il a été en capacité, non seulement de dire, mais de faire et de prouver que, dès le début, il avait raison. Même s'il a parfois eu des difficultés et des échecs, mais globalement, je pense que son parcours est assez exemplaire."

Ce matin-là, comme président de la communauté de communes du Val d'Ille, il signait une convention de réduction d'émissions de CO² et de production locale d'énergies renouvelables à l'horizon 2020. "… Mais c'est déjà demain pour cet agitateur d'idées."

Et de conclure avec humour : "on va commencer dès maintenant, en éteignant les lumières. Merci beaucoup."

Pour aller plus loin

Midi Pile Ouest : Une commune sans OGM. A Langouët, une petite commune d'Ille et Vilaine, en 2001, le maire a pris un arrêté anti OGM sur sa commune. Mais la préfecture l'a immédiatement invalidé, ce n'est pas de la compétence d'un élu local. La cantine étant de la compétence du maire, depuis 2004, les repas servis à la cantine scolaire sont bios. Les enfants et les parents sont contents. Le maire refuse les OGM et n'accepte pas la coexistence avec l'agriculture biologique. (23 mars 2008)

19-20 H   JT Rennes soir : Le bio dans la restauration scolaire. L'introduction des aliments bio dans les cantines scolaires est une révolution, comme à Langouët où les repas sont 100%, même si tous les produits ne peuvent intégrer les plats. Le choix du bio implique de repenser les menus, ce pourquoi le Conseil Régional a tenté une expérimentation dans 7 lycées en introduisant le bio dans les cantines, avec pour objectif, à terme, de généraliser la pratique. (15 septembre 2010)

Pesticides dans les fruits et légumes… en 1973, on savait déjà! (Article)

Agriculture biologique : 40 ans que ça pousse ! (Module Ina-France Info)

La France accro aux pesticides depuis les années 70 (Module Ina-France Info)

Florence Dartois

Rédaction Ina le 22/08/2019 à 13:35. Dernière mise à jour le 23/08/2019 à 10:45.
Economie et société