Marie Portolano dénonce dans son documentaire "Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste" le sexisme régnant au sein des rédactions sportives. La misogynie des journalistes sportifs, un problème déjà évoqué en direct sur le plateau de "Stade 2", il y a quarante ans.

Le 9 novembre 1980, sur le plateau de "Stade 2", Christine Paris vient présenter les résultats sportifs de l'équipe de France féminine de football qui a perdu face à la Norvège. D'emblée, l'annonce sexiste du sujet par l'animateur Robert Chapatte fait sortir la journaliste de ses gonds. Le présentateur vient de la lancer, en précisant que les joueuses ont été battues, certes, mais qu'«elles sont belles !».

La journaliste s'insurge. Elle regrette vivement que ses confrères ne s'intéressent qu'aux athlètes sexy et affirme que les sportives sont «terrorisées» par les commentaires déplacés des journalistes. «Je suis un peu remontée ce soir. Je voudrais qu'on arrête avec cette misogynie parce que c'est un peu ridicule. On veut faire de la sportive un sex-symbol ! On veut des Catherine Deneuve, des Bo Derek ou des Ursula Andress sur tous les terrains du monde. C'est complètement ridicule !» regrette-t-elle face à ses collègues qui affichent des sourires crispés ou des rires moqueurs.

Mais la journaliste ne se laisse pas impressionner et poursuit en indiquant que les femmes aussi n'apprécient pas forcément certains des physiques sportifs. Elle site l'haltérophilie, les boxeurs aux visages tuméfiés, les rugbymen après un match… «Nous les femmes, on ne le dit pas !»

Les journalistes présents en plateau ricanent encore lorsque leur consoeur leur explique que les footballeuses en veulent beaucoup aux commentaires désobligeants des journalistes, «elles sont terrorisées, elles ne veulent plus voir de journalistes, elles sont complètement terrorisées !» Robert Chapatte se défend en déclarant qu'ils sont prêts à recevoir les joueuses. Christine Paris réitère sa demande : «Plus de sex-symbol, par pitié !».

Plus de 40 ans après ce coup de gueule, le climat de misogynie règne encore dans certains salles de rédaction sportives. En avril 2020, la journaliste sportive Clémentine Sarlat avait dévoilé au journal L'Equipe être victime de harcèlement moral et de remarques déplacées de certains de ses collègues masculins. Suite à cette interview, la direction de France Télévisions a commandé une enquête à un cabinet indépendant. Les résultats de l'audit, révélés en juin, étaient accablants : « un entre-soi masculin », « des clichés très présents sur les femmes qui ne connaissent pas assez bien le sport », « une ambiance de vestiaire à l'humour graveleux permanent », « des propos en réunion à propos d'une nouvelle stagiaire : ''celle-là, je la baiserais bien'' », « des propos sur les tenues ou infantilisant : choupette, chérie », tels étaient les témoignages recueillis par le cabinet d'étude. 

Le documentaire de Marie Portolano et Guillaume Priou, produit par Canal +, recueille de nombreux témoignages sur ce sexisme toujours présent dans les rédactions, de la part de plus de vingt journalistes sportives, travaillant principalement pour la télévision (BeIN Sports, RMC Sport, France Télévisions, Canal+, TF1), mais également pour la presse écrite (L'Equipe) ou la radio (Radio France). En conclusion de son film, Marie Portolano conclue en souhaitant « avoir contribué à libérer la parole ; le combat sera gagné quand il sera devenu inutile d’en faire un film. »

Pour aller plus loin :

Football féminin, du machisme à la renaissance.

Arbitrage féminin en 1967, "voilà ce que les femmes subissaient.

2019, 1955 : les mêmes clichés sur les footballeuses 

Rédaction Ina le 03/08/2020 à 15:50. Dernière mise à jour le 22/03/2021 à 11:04.
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