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Solstice d’hiver : les Jurassiens mettent le feu à la nuit

Solstice d’hiver : les Jurassiens mettent le feu à la nuit

Chaque année, pour fêter le solstice d'hiver, certains villages jurassiens organisent de grands feux de joie et « tournent les fayes », des flambeaux de tilleuls censés représenter le retour de la lumière. Une tradition ancestrale que la télé avait filmée en 1972.

Par Florence Dartois - Publié le 20.12.2021

Un feu de joie qui se communique de village en village. Les fayes tournoient et se répondent dans la vallée jurassienne. La nuit se retire vaincue par le jour. C’est la fête du solstice d’hiver. Chaque année, dans le Jura, le solstice d’hiver est accueilli par une tradition ancestrale, celle de faire « tourner les fayes », de grandes torches de tilleul, taillées en forme de bouquets d’allumettes.

L’archive en tête d’article est un reportage de décembre 1972, réalisé à Château-Chalon dans le Jura. Autour d’un feu de joie, les habitants font tournoyer leurs fayes à renfort de grands mouvements circulaires symbolisant la course du soleil. Cette coutume très ancienne, serait née bien avant la chrétienté ou l’Empire romain, selon l'un des participants, elle serait « sans doute celtique, voire hyperboréale, c’est-à-dire nordique. Il y avait une coutume qui correspondait à peu près à celle qui existe encore à château-Chalon.» La tradition restait alors inchangée, consistant à faire tournoyer des « brandons en tilleuls sciés très secs et enflammés ». 

Quelle que soit la génération présente, un même sourire illuminait les visages, à l'image de ce vieil homme, un « fayeurs » qui avait tourné sa première faye 70 ans plus tôt. Il se souvenait de son premier flambeau : « C’était un morceau de tilleul que mon grand-père me préparait. Il faisait un trou au milieu, me fendait ça par petits morceaux. On bourrait ça avec des copeaux. On les faisait sécher dans le four à pain... j’ai grandi et je tournais des fayes de plus en plus gros », racontait-il. Taquin, il ajoutait que la fête était aussi l'occasion de rapprochements bien concrets « mais ce qui m’intéressait, c’est qu’en venant aux fayes, on avait des petites bonnes amies. C’était bien quoi ! ».

Une fabrication traditionnelle

En 1993, la tradition était respectée dans le bourg où l'on pratiquait toujours les moulinets symboliques. Dans l'atelier des façonneurs de fayes, la concentration était à son maximum. Jules Guérin, né en 1907, et vieux « tourneur de faye » décrivait la complexité de l’ouvrage : « C’est toujours en tilleul. Il faut choisir son bois. Il y a du bois qui se fend bien mieux que l’autre ». Il était confiant et ne craignait pas que ce savoir-faire disparaisse : « Pourquoi ça ne continuerait pas ? C’est une coutume. Il n’y a pas de raison que ça se perde ».


Du vin et des agapes

En 1997, même engouement. Tout le village était au rendez-vous. Un historien revenait sur l'origine de la cérémonie. Selon lui, il s'agissait bien d'une fête de renaissance, mais liée également aux vignobles, nombreux dans la région. Selon lui, « les fayes au départ étaient un brûlot de sarments de vignes qui étaient taillées. Les sarments de vignes, parce que c’était la renaissance de la terre. Les cendres de la vigne allaient bonifier la terre pour la nouvelle année. » Désormais, si les fayes étaient confectionnées en tilleul, c'était parce qu’il se consumait plus lentement.

Les chants traditionnels avaient remplacé les incantations antiques, des chants toujours repris en coeur par les participants.

Cette année-là, après la messe, le curé participait aux agapes reconnaissant que cette fête, comme toutes les fêtes païennes, avait été christianisée : « La fête n’est plus païennes, elle a changé de nature avec la présence du christ vivant. » Quant au banquet qui suivait immanquablement, l'homme d'église ne le refusait pas, «enfin, il en faut, nous sommes un corps et une âme », plaisantait-il.


Depuis ces reportages, cette tradition ne s'est pas éteinte, et les habitants continuent à « faire tourner les fayes » autour des brasiers. Les cercles lumineux continueront encore de luire d'un village à l'autre.

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