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Un survivant de Nagasaki raconte : «Les gens sont morts comme des mouches»

Un survivant de Nagasaki raconte : «Les gens sont morts comme des mouches»

Il y a 77 ans, le 9 août 1945, trois jours après Hiroshima, Nagasaki était à son tour frappée par la bombe atomique. A l'époque les caméras filmaient déjà l'horreur, mais ce sont les mots des survivants qui, des années plus tard, exprimaient le mieux l'inhumanité de cette arme de destruction massive.

Par Florence Dartois - Publié le 09.08.2022
 

Le 9 août 1945, à 11 h 2 du matin, l’avion B-29 Bockscar piloté par Charles Sweeney, larguait la bombe atomique « Fat Man » sur la ville de Nagasaki. Trois jours après celle d'Hiroshima, elle explosait à 580 m d'altitude, à la verticale du quartier Urakami. Cette bombe était une bombe au plutonium d'une puissance de 21 à 23 kilotonnes, à la différence de celle d'Hiroshima (uranium 235, d'une puissance de 15 kilotonnes). Quelque 35 000 des 240 000 habitants de Nagasaki allaient périr. Parmi les survivants certains mirent un point d'honneur à témoigner pour que plus jamais une telle atrocité ne se reproduise. Parmi eux, Sumiteru Taniguchi.

Le 3 septembre 1985, dans le magazine « Les dossiers de l'écran », ce survivant évoquait avec beaucoup d'intensité l'explosion et les jours de calvaire qui suivirent pour lui. Il racontait de manière poignante cette journée sombre de sa vie. Il avait 16 ans à l’époque et se trouvait à 2 kilomètres de l’hypocentre. Il était sur son vélo. Il expliquait avoir été littéralement « percuté par la vague thermique » et projeté contre un mur, le dos brûlé. Autour de lui tout était détruit, et d’autres personnes tentaient de s’agrippaient, comme lui, à ce qu’ils pouvaient pour ne pas être emportés par le vent brûlant brûlant.

Irradié et brûlé

Sumiteru Taniguchi déclarait avoir tout de suite su qu’une bombe avait frappé sa ville et décidé qu’il ne voulait pas mourir, ajoutant que c'était cette « détermination »  qui lui avait permis « de traverser ce moment ». Il ne lui restait plus de vêtements, juste sa « peau en lambeau ». Autour de lui, les enfants qui jouaient quelques instants plus tôt étaient maintenant calcinés,  « on ne pouvait pas les différencier des décombres. Les gens sont morts comme des mouches », déplorait-il.

Lui s'étonnait de ne pas saigner ni de ressentir de douleurs, à présent, il mettait cette absence de symptômes sur le compte de l’irradiation. Il s’était ensuite réfugié dans la montagne. Au deuxième jour, il n’y avait plus personne de vivant de la trentaine de personnes qui l’avait accompagné. Au bout de cinq jours, on l’avait transporté dans un hôpital de campagne où il était resté 45 jours sans recevoir de soins. Après cela il avait été impossible de le transfuser : « mon corps refusait les transfusions tellement il était atteint », précisait-il, ajoutant, « la peau qui pendait de mes membres pourrissait sur place ».

Sumiteru Taniguchi était resté un an et neuf mois sur le ventre, endurant des douleurs atroces, mais il avait survécu et pouvait raconter l'horreur de l'apocalypse telle qu'il l'avait vécu dans sa chair.

Les archives d'époque :

Nagasaki
1946 - 00:49 - vidéo

Images muettes de Nagasaki détruite et des médecins soignant les victimes gravement brûlées

Le sujet ci-dessous des « Actualités Françaises » revient en images sur la conception de la bombe atomique, des essais jusqu'aux bombardement à Hiroshima et Nagasaki.  Dans d'énormes usines protégées, 75 000 personnes ont travaillé à la fabrication de la bombe atomique, dont le premier essai a eu lieu dans les déserts du Nouveau Mexique. Vingt jours après cette expérience, la bombe atomique était larguée sur Hiroshima le 6 août 1945, où vivaient 340 000 habitants. Le 9 août, Nagasaki était visée à son tour.

La bombe atomique à Hiroshima et Nagasaki
1945 - 02:24 - vidéo


 

A découvrir auiis, ces documents d'archives déclassifiés par les Américains montrant les ruines de Nagasaki après l'explosion de la bombe atomique le 9 août 1945 : maisons détruites, ruines calcinées, ce qui reste de la cathédrale (la cathédrale chrétienne d'Urakami, le principal lieu de culte catholique du Japon, presque à l'aplomb du largage (dit hypocentre), avait été confondue avec un bâtiment portuaire et fut entièrement détruite. Initialement, le bombardier devait viser les quais Mitsubishi), enfin des enfants et adultes brûlés, recevant des soins.

La bombe de Nagasaki
1983 - 01:35 - vidéo

Les images sont en couleur.

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