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L'exploration des océans, à la rencontre du peuple des abysses

L'exploration des océans, à la rencontre du peuple des abysses

Du 9 au 11 février 2022, Brest, accueille le One Ocean Summit, premier sommet mondial consacré à la préservation des océans. Il sera notamment question des richesses recelées par les océans et de leur biodiversité. Une vie présente à des milliers de mètres de profondeur et étudiée depuis plusieurs décennies.

Par Florence Dartois - Publié le 10.02.2022
Dans les profondeurs de la mer - 1979 - 04:11 - vidéo
 

Jusqu'au 11 février 2022, Brest accueille le One Ocean Summit, premier sommet mondial consacré à la préservation des océans. Les abysses ont toujours fasciné l'humanité. Elles ont alimenté nombre de mythes et de légendes. Longtemps méconnues et inaccessibles, de nouvelles technologies permettent désormais de les explorer, de les cartographier et de les sonder.

Vingt mille lieues sous les mers, Abysse ou Moby Dick… De nombreux romans et films ont tenté d'imaginer l'aspect des grands fonds marins et l'allure des créatures qui pouvaient s’y cacher. Mais les progrès de la technologie permettent désormais de lever un pan du mystère et de découvrir ce peuple des abysses et de comprendre comment les 200 000 espèces répertoriées parviennent à vivre dans les conditions extrêmes des fonds marins.

L’archive en tête d’article est un extrait de l’émission « Océans secrets : La planète mer » diffusée en 1979. A l’époque, dans son laboratoire, le directeur du Centre océanologique de Bretagne Lucien Laubier évoquait les conditions de vie hostiles des fonds marins : une très forte pression, une très faible température et « une obscurité totale ».

Malgré ces conditions difficiles, la vie était bien présente dans les plus grandes profondeurs allant jusqu'à 11 000 mètres. Dans la suite de ce reportage, des images des fonds marins montraient l'aspect des profondeurs et la cartographie des fosses marines, telle qu’on la connaissait alors. Des contrées que les scientifiques commençaient à peine à explorer.

Puis Lucien Laubier expliquait que l’on avait longtemps pensé que la vie s’arrêtait au-delà de 500 mètres de profondeur, « ce n’est que vers 1880 que l’on a eu la certitude que, jusqu’à 3-4 000 mètres, la vie existait encore ». Il précisait enfin que la vie n’avait été découverte au-delà de 11 000 mètres que depuis les années 1950. « Aujourd’hui nous savons que, oui, la vie est présente jusqu’aux plus grandes profondeurs », concluait-il.

Des espèces inconnues

En octobre 2003, grâce à une campagne scientifique internationale menée par 300 chercheurs de 50 pays dans les fonds sous-marins, plus de 1000 nouvelles espèces sous-marines étaient recensées. Ils estimaient qu'il en restait dix fois plus à découvrir. L'archive ci-dessous revient sur ces nouvelles découvertes.

Nouvelles espèces de poissons
2003 - 01:44 - vidéo

Le reportage présente notamment une nouvelle pieuvre baptisée « Dumbo », à cause de ses grandes oreilles et qui avait vécue jusqu'alors loin du regard des hommes. Un poisson grenouille venait aussi de sortir de l'anonymat. Chaque semaine, trois nouvelles espèces étaient découvertes, mais leur nombre était estimé par le directeur du programme à une fourchette allant de 110 000 à 1 million d'espèces. L'étude portait également sur des espèces courantes, comme le thon, afin de comprendre leur mode de vie et de déplacement.

La vie malgré tout

Les chercheurs français aussi s'intéressaient beaucoup à la faune des profondeurs. En mai 2002, 30 scientifiques de l'Ifremer avaient réalisé une campagne « Phare » au large du Mexique, près de sources hydrothermales. Les équipes chargées d'explorer les abysses étaient encore étonnées par la profusion de la vie, si loin sous la surface, à près de 2600 mètres de fonds, près de ces sortes de cheminées qui crachaient de l'eau à 350 degrés et saturées de soufre. Le commentaire constatait que même là « où la lumière ne parvient jamais, où il n'y a pas d'oxygène et où il règne des pressions incroyables, la vie s'est installée ».

Nadine Le Bris, chef de mission à l'Ifremer, insistait sur le fait qu'il était important de continuer « à explorer les fonds des océans en grande profondeur qui sont mal connus et qui recèlent des systèmes d'organisation de la vie vraiment extraordinaires ». Les images rapportées par les équipes de l'Ifremer et du CNRS, grâce au robot télécommandé « Victor », étaient époustouflantes. Il y avait notamment ce ver de Pompéï qui étonnait les chercheurs pour sa résistance à la chaleur et la toxicité. Cette exploration devait permettre de tirer des enseignements sur l'adaptation de la vie en milieu hostile qui serviraient sans doute un jour pour la survie de l'espèce humaine, pourquoi pas dans l'espace.

Cartographier pour protéger

Les progrès technologiques ont permis de cartographier de manière de plus en plus précise les grands fonds, en relief et en 3 D. Une tâche herculéenne menée notamment par l'Ifremer. C'est ainsi qu'en 2010, on découvrait de nouvelles ressources et des reliefs inattendus et vertigineux de plus de 4000 mètres de profondeur, mais également les ravages de la pêche intensive. Dans l'archive ci-dessous, les caméras envoyées sur le plancher de l'océan Atlantique dévoilent l'explosion de vie foisonnante mais aussi les ravages de la surpêche , « des récifs de coraux d'eau froide beaucoup plus vastes que prévus, mais aussi dévastés par certaines méthodes de pêche en eaux profondes ».

Walter Roest, responsable du programme Extraplac à l'Ifremer, expliquait alors à quoi servirait cette étude indispensable à l'exploitation, et il l'espérait, à la protection des océans, face aux velléités de pauses d'éoliennes, de pêche intensive ou d'exploitation pétrolière : « Sans cette connaissance basique, on ne peut pas prendre de décisions (...) et dire non car l'écosystème est très fragile. Il y a des espèces qui ne sont nulle part ailleurs, il faut les protéger », assurait-il.

Ifremer : cartographie des fonds marins
2010 - 02:02 - vidéo

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