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En 1957, Jacqueline Caurat décrivait son métier de speakerine

En 1957, Jacqueline Caurat décrivait son métier de speakerine

La speakerine, pionnière des débuts de la télévision, est décédée le 22 mai 2021, à l'âge de 93 ans. Celle qui débuta sa carrière en 1953, décrit ici les coulisses d'une profession pas toujours glamour.


Par la rédaction de l'INA - Publié le 24.05.2021 - Mis à jour le 24.05.2021

En 1957, Jacqueline Caurat décrivait son métier de speakerine

La speakerine, pionnière des débuts de la télévision, est décédée le 22 mai 2021, à l'âge de 93 ans. Celle qui débuta sa carrière en 1953, décrit ici les coulisses d'une profession pas toujours glamour.


Par la rédaction de l'INA - Publié le 24.05.2021 - Mis à jour le 24.05.2021
 

Visage familier des téléspectateurs des années 50-60, Jacqueline Caurat était la dernière des speakerines des débuts de la télévision. Jacqueline Caurat est entrée à la RTF à 25 ans, en 1953. Elle a été embauchée à l'occasion  du couronnement de la reine Elizabeth II. Née en Grande-Bretagne, elle avait été chargée de la traduction de la cérémonie. A l'instar de Jacqueline Joubert, Jacqueline Huet ou encore Catherine Langeais, aujourd'hui toutes décédées, elle allait devenir l'une des speakerines emblématiques de la télévision.

Nous avons retrouvé une interview réalisée par Pierre Tchernia en 1957, pour l'émission "Répondez monsieur X", quatre ans après son entrée à la RTF. A cette époque où il n'existait qu'une seule chaîne en noir et blanc, les speakerines étaient de véritables stars. Toujours implacablement habillées, maquillées et coiffées, elles accompagnaient le téléspectateur tout au long de la journée et annonçaient les programmes à suivre. Omniprésentes à l'écran, elles faisaient parties du quotidien des Français, et pourtant, peu d'entre eux imaginaient l'envers du décor de cette profession qui faisait tellement rêver. Ce jour-là, Jacqueline Caurat reçoit Pierre Tchernia dans son mini-studio et lui dévoile les coulisses peu scintillantes de sa profession. Elle évoque d'abord son rôle : présenter des programmes et guider le téléspectateur dans ses choix, jusque tard le soir. Ses programmes préférés sont ceux de la soirée "plus variés artistiquement". Mais pour elle, rien ne ressemble plus au jour que la nuit dans son petit studio exigu, "sous la lumière des projecteurs, on ne peut pas différencier midi de minuit". Son visage s'illumine lorsqu'elle évoque ses émissions préférées, en particulier ceux du jeudi, la journée des enfants. A l'époque, il n'y avait pas école ce jour-là. "Là, c'est un très grand plaisir pour moi d'accueillir tous les petits téléspectateurs de tous les coins de France. C'est mon émission préférée, je l'avoue".

"A moi de les présenter aux téléspectateurs de façon agréable"

La speakerine dévoile ensuite son environnement professionnel, qui est contre toute attente plutôt spartiate. Les speakerines, toujours sous le feu des projecteurs si avenantes et bien  coiffées ne possèdent pourtant pas de maquilleuses personnelles. Elles se contentent d'une coiffeuse avec tout le nécessaire rangé dans le "tiroir à malices" et d'un grand miroir pour "se mettre beauté" par leurs propres soins. Tout cela à l'endroit même où elle devront présenter plus tard les programmes. Après l'avoir complimenté sur sa beauté naturelle, Pierre Tchernia l'interroge à présent sur la partie technique du métier et lui demande ce que sont ces "tuyaux de poêle" positionnés autour d'elle : des micros. L'animatrice en profite pour déployer l'accessoire indispensable à son travail, une grande feuille : "le conducteur des programmes", avec les horaires de toutes les émissions du jour. Elle ajoute, "A moi de les présenter aux téléspectateurs de façon agréable". Dans le reste de la minuscule pièce qui lui sert de studio se trouve une "grosse boîte sur la table". Il s'agit d'un interphone qui lui permet de communiquer avec la régie finale ou de "poser des questions en cas de changements de programmes ou d'imprévus". Pas d'oreillette à l'époque bien-sûr, mais un haut-parleur inséré dans le mur pour recevoir les réponses de la régie. Fixé juste à côté, il y a l'indispensable l'horloge parlante dont elle précise l'importance. Des projecteurs et un retour moniteur sur lequel elle contrôle son image forment le reste de son équipement. Femme-orchestre, la speakerine travaille avec une caméra fixe mais sans cameraman : "Nous nous cadrons nous-mêmes (…) en regardant cette image de contrôle, nous voyons exactement où nous devons nous placer…"

Speakerine, une profession essentielle à laquelle la télévision consacrait finalement peu de budget et de moyens. La fidélité des téléspectateurs reposaient avant tout sur l'intelligence, la gentillesse et le physique avenant de ces hôtesses de la petite lucarne. Etre speakerine pouvait donc rapidement devenir monotone et nombre d'entre elles sont ensuite passées à l'animation ou à la production. C'est ce que fera Jacqueline Caurat à partir des années 1960 où elle animera et produira des émissions enfantines. Puis, passionnée de  philatélie, elle présentera des magazines de philatélie, ("Télé-Philatélie", puis "Philatélie-Club") jusqu'en 1983. Prix "Ondas" de la meilleure présentatrice européenne et promue officier de l’Ordre du Mérite, Jacqueline Caurat était la dernière des speakerine des débuts de la télévision.

Florence Dartois

Pour aller plus loin :

La speakerine Jacqueline Caurat annonce la messe solennelle du mariage Prince Rainier et Grace Kelly. (19 avril 1956 ) 

La caméra invisible. Piège concocté par Jacques Rouland pour la speakerine Jacqueline Caurat. On simule une coupure dans les programmes et on lui demande de faire une annonce d'excuse, mais la coupure est plus longue que prévue et elle doit meubler l'antenne tant bien que mal... (23 mai 1969)

Annonce de "Midi Magazine" par Jacqueline Caurat. (13 février 1970)

Tournage de "Monsieur Ki-Pli-Tou", émission d'origami réalisée par Antonia Calvin. Avec Jacqueline Caurat (Crédits : photothèque ina)


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