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Des sommets enneigés aux zoos : le destin des panthères des neiges dans les années 1970

Des sommets enneigés aux zoos : le destin des panthères des neiges dans les années 1970

« La Panthère des neiges » de la réalisatrice Marie Amiguet et du photographe animalier Vincent Munier est sorti en salles. Il retrace la quête d'un animal aussi rare que fascinant, caché du regard des hommes dans les confins du Tibet. Ce félin a longtemps été chassé pour sa fourrure, avant d'être protégé.

Par Florence Dartois - Publié le 15.12.2021
Chasse à la panthère des neiges en Sibérie - 1972 - 01:28 - vidéo
 

Dans le documentaire « La Panthère des neiges » de Marie Amiguet et du photographe animalier Vincent Munier, nous suivons ce dernier et l’écrivain Sylvain Tesson au Tibet, à 5000 mètres d’altitude, à la poursuite de la discrète créature. Pour réaliser le film, l’équipe a passé plusieurs semaines à guetter l’animal. Une quête quasi spirituelle que Sylvain Tesson avait décrite dans son ouvrage éponyme paru en 2019. Dans une interview accordée à France 2, en novembre 2019, il déclarait qu'il fallait accepter que « peut-être nos espérances ne seraient pas couronnées par l'objet de notre désir, et c'est là où se situe le sel de l'aventure », ajoutant qu'« elle se cache, au contraire de nous autres qui voulons nous exhiber partout ». 

Le tournage a été confié à la réalisatrice Marie Amiguet. Elle a suivi le photographe et l’auteur sur la piste tibétaine de la panthère des neiges, comme elle l’a confié dans une interview à Reporterre : « Le premier voyage a eu lieu en février 2018, au moment du rut de la panthère. C’est ce voyage qui a inspiré à Sylvain l’écriture du récit La Panthère des neiges... Nous sommes retournés au Tibet en octobre 2019 pour compléter nos images, ce qui explique que certaines séquences du film ne soient pas racontées dans le récit de Sylvain. »

De la chasse à la traque

Car pour trouver la panthère des neiges, il faut monter très haut. L’archive que nous vous proposons en tête d’article date de septembre 1972. Dans le magazine « Les animaux du monde », François De La Grange présentait un reportage sur la capture d’une panthère des neiges en Sibérie. A l’époque, dans cette région, l’animal particulièrement bien adapté aux hautes altitudes, entre 3 et 6000 mètres, avait été beaucoup chassé. Sa population commençait déjà à décliner. La panthère des neiges au pelage épais, moucheté de taches brunes et beiges, avait été victime de sa belle fourrure. Elle était à présent protégée, mais une autre forme de traque s'organisait.

On la capturait désormais « pour la mettre dans les jardins zoologiques », expliquait François De La Grange. Commentant les images, il expliquait que cette chasse se pratiquait « quasiment à mains nues ». L’animal était d’abord piégé, puis on venait l’extraire en le « tenant par la queue, alors qu’il est déjà pris au piège ».  L'homme l'enveloppait de manière à ce qu’il ne se fasse pas mordre « et puisse l’emmener dans de bonnes conditions ». Tandis que le félin se faisait ficeler, François De La Grange soulignait que cette méthode de chasse était identique à celle utilisée lorsque l’on chassait l’animal pour sa peau. Les dernières images nous montrent la panthère ligotée et emballée, transportée à dos de cheval.

La vie de zoo

Dans les années 1970, les panthères blanches étaient donc envoyées dans les zoos du monde entier, avec pour objectif d’en assurer la conservation et la reproduction. C'est ce qu'explique ci-dessous le directeur du musée de Zurich en 1979. Une « vocation essentielle » selon lui.

Panthère des neiges au zoo de Zurich
1979 - 01:53 - vidéo

En France aussi, on s’arrachait les panthères des neiges. Dans cet autre reportage de 1971, l’une d’elle venait d’arriver au zoo d’Ermenonville tenu par un célèbre acteur, Jean Richard, également amoureux du cirque et des animaux. Mais l’animal était malade, souffrant d’une pneumonie. Nous assistons aux traitements administrés par un vétérinaire très connu et médiatisé, Michel Klein, qui tentait de la rassurer : « Oui, tu es brave… »

Si certains affichaient leur volonté de préserver l’espèce en danger, d’autres ne cachaient pas leur envie de dresser cette panthère réputée pour son indépendance. En l’occurrence ici, la panthère Douchka, née en captivité au zoo de Pont-Scorff en Bretagne, deux ans plus tôt et dressée pour un numéro. Un rêve pour le propriétaire du zoo, Pierre Thomas. Il avait fait appel à un dompteur célèbre, Henri Dantes.

« Dresser une panthère des neiges, c’est un peu comme escalader l’Himalaya pour un alpiniste ». (Pierre Thomas)

L’espèce encore présente dans douze pays est menacée de disparition. La dégradation et la disparition de son habitat au profit de l’activité humaine, le braconnage et l’accroissement des conflits a provoqué le déclin de la population de panthères des neiges de plus de 20% ces 20 dernières années. 

Pour aller plus loin : 

Trois bébés sont nés au zoo de Mulhouse en 1990. « Si elles grognent, ne vous en faites pas, c'est de plaisir. » (Micro-ondes , 2 janvier 1991)

Sylvain Tesson : Dans les forêts de Sibérie. (Un livre, un jour, 11 octobre 2011)

Vincent Munier, photographe, pour son livre Arctique. (19-20 Edition Lorrain, 29 janvier 2016)

Vincent Munier : un photographe animalier en colère après la mort d'un lynx filmée dans le Jura. (12-13 Edition Franche Comté , 31 mars 2018)

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