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1993 : Sebastião Salgado photographie "La Main de l'homme"

1993 : Sebastião Salgado photographie "La Main de l'homme"

Salgado Amazônia, l'exposition du photographe Sebastião Salgado consacrée à l'Amazonie, est à voir jusqu'au 31 octobre à la Philharmonie de Paris. En 1993, l'artiste brésilien évoquait son projet La Main de l'homme, témoignage visuel du rapport qu'entretiennent les hommes avec leurs moyens de production.

 

Par Cyrille Beyer - Publié le 09.06.2021 - Mis à jour le 03.09.2021

1993 : Sebastião Salgado photographie "La Main de l'homme"

Salgado Amazônia, l'exposition du photographe Sebastião Salgado consacrée à l'Amazonie, est à voir jusqu'au 31 octobre à la Philharmonie de Paris. En 1993, l'artiste brésilien évoquait son projet La Main de l'homme, témoignage visuel du rapport qu'entretiennent les hommes avec leurs moyens de production.

 

Par Cyrille Beyer - Publié le 09.06.2021 - Mis à jour le 03.09.2021
Sabastio Salgado : "La main de l'homme" - 1993 - 08:20 - vidéo
 
Sabastio Salgado : "La main de l'homme" - 1993 - 08:20 - vidéo

La Philharmonie de Paris présente une exposition de 200 photographies du Brésilien Sebastião Salgado, du 20 mai au 31 octobre 2021, consacrée à l’Amazonie. Dans la lignée du projet Genesis, qui rendait compte de la majestueuse beauté de la nature, Salgado Amazônia est le fruit de six ans de pérégrinations au cœur de la plus grande forêt du monde, pour en révéler ses richesses et alerter sur les dangers qui la menacent.

L’exposition s’accompagne d’une immersion sonore réalisée par Jean-Michel Jarre à partir des sons concrets de la forêt : bruissement des arbres, cri des animaux, chant des oiseaux, fracas des eaux qui se précipitent du haut des montagnes. Des films documentaires donnant voix aux communautés amérindiennes photographiées enrichissent le parcours en soulignant le rôle positif que ces peuples tiennent dans la préservation de ce fragile écosystème.

Depuis des décennies, le travail de Sebastião Salgado est loué dans le monde de la photographie, et tout particulièrement en France. Un pays que ce Brésilien, né en 1944 dans l’état du Minas Gerais, seul garçon d’une fratrie de huit enfants, connaît depuis longtemps. En 1969, après une maîtrise d'économie et d'économétrie à l'université de São Paulo, le jeune Salgado, chassé de son pays pour ses idées marxistes, trouve refuge à Paris où il suit des cours à l'École nationale de la statistique et de l'administration économique (Ensae). Spécialisé dans les problématiques internationales, il s’installe à Londres en 1971 où il travaille à l’Organisation internationale du café.

Tragédies de l'humanité

Mais brutalement, en 1973, Sebastião Salgado décide de tout arrêter, de changer radicalement de carrière et de vie, pour devenir photographe professionnel. Il parcourt alors les continents, tout particulièrement l’Afrique et l’Amérique du Sud, et notamment le Brésil, où il peut à nouveau se rendre à partir de 1979. Ses photographies en noir et blanc témoignent avec force des tragédies de l’humanité : les guerres, les famines, les migrations, les camps de réfugiés…

En 1993, son projet La main de l’homme reçoit un accueil enthousiaste de la critique. Le 22 juin 1993, le photographe est l’invité de Michel Field sur le plateau du "Cercle de minuit" pour évoquer ce travail de six ans, issu de voyages réalisés dans une vingtaine de pays. Une enquête visuelle sur le rapport qu’entretiennent les humains avec leur travail, et la façon dont ce dernier les façonne : « J’ai pu constater une chose incroyable, c'est que l’homme qui passe sa vie à travailler, à produire quelque chose, finit par ressembler énormément à son produit ». « L’homme qui produit de la canne à sucre à Cuba ressemble plus au travailleur de la canne à sucre du Brésil, malgré les 10 000 km qui les séparent, qu’à l’homme qui produit du tabac à Cuba, alors que 50 km seulement les séparent l’un de l’autre ».

Même surprise en photographiant les ouvriers sidérurgistes dans l’Ukraine soviétique de 1987 : « Malgré la fracture idéologique très importante qui régnait alors [entre eux et nous, les Occidentaux NDLR], les hommes d’acier de là-bas et d’ici se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. Ils faisaient partie de la même colonne vertébrale du système productif mondial où l’acier occupe une position privilégiée. Ces hommes de peu évoluaient au sein d'une cathédrale de feu : des hauts-fourneaux, des aciéries incroyables. Ils avaient les mêmes comportements, les mêmes envies, face aux autres et face à la vie ».

Un témoignage anthropologique

Tout ce travail entrepris depuis qu'il a décidé de photographier le monde et ses habitants, Salgado le doit beaucoup à son éducation, à son héritage, aux interrogations qu'il a pu développer au cours de sa formation universitaire : « Avant d’être économiste, j’étais comme tout le monde : étudiant, très militant, je venais d’un pays du Tiers monde plein de problèmes économiques et sociaux. En tant qu’économiste, j’ai continué à m'occuper de ces sujets. Puis avec la photo, j'ai continué aussi, en [m'intéressant] à l'Afrique, aux guerres... Ma photographie a toujours été très proche de ce que je faisais avant ». 

Et c'est bien une réflexion d'économiste qui le pousse à réfléchir aux changements du monde du travail, notamment dans les grandes usines qui avaient façonné le XXe siècle : « En 1982, j'ai commencé à voir que beaucoup de choses changeaient dans le monde, que des pans entiers de l’industrie disparaissaient : peut-être que cette révolution industrielle amorcée il y a 150 ans commençait à s'éteindre, ou du moins prenait un nouveau visage. J’ai pris la résolution de faire un portrait de ces hommes ». 

Son travail place alors la problématique humaine au centre de tout : « Dans ce livre, on nous voit nous-même, nous l'espèce humaine, l'espèce productive, on est capable de construire tellement de choses... » Mais à force de côtoyer la mort et la misère au fil de ses nombreux reportages sur les scènes de conflit les plus tragiques de la planète (notamment avec son projet Exodus, de 1993 à 1999), Sebastião Salgado tombe malade. Où plutôt, c'est son âme qui s'éteint, comme il l'explique à la caméra de Wim Wenders, réalisateur en 2014 du documentaire Le sel de la Terre, consacré à l'oeuvre du photographe brésilien. De cette nécessité de se détacher du monde des hommes pour renaître à la vie, jaillira le projet Genesis, entre 2004 et 2013.

Ces centaines de photographies célébrant la nature et sa majestueuse beauté vont faire le tour du monde, répondant parfaitement au souhait qu'exprimait le photographe en 1993 sur le plateau du "Cercle de Minuit" : « Je crois que ce qui est fabuleux, c'est d'arriver à faire en sorte que les gens parviennent à s’identifier à ce point aux images ».

Pour aller plus loin : 

Sebastião Salgado à propos du métier de photographe, un extrait du "Cercle de Minuit" du 22 juin 1993, sur France 2.

Sebastião Salgado invité des Cinq dernières minutes le 27 septembre 2013, sur France 2.

 

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