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« En arrivant au Struthof, je me suis retrouvé aux portes de l’Enfer »

« En arrivant au Struthof, je me suis retrouvé aux portes de l’Enfer »

Le camp de concentration de Natzweiler-Struthof, situé en Alsace, à 60km de Strasbourg, était libéré le 25 novembre 1944 par l'armée américaine. Depuis son ouverture en 1941, 52 000 hommes ont été prisonniers dans ce camp et ses annexes. 17 000 y ont trouvé la mort.

Par Cyrille Beyer - Publié le 10.09.2021 - Mis à jour le 25.11.2021
Le Struthof - 1970 - 03:50 - vidéo
 

La France aussi abrite sur son sol un camp de la mort nazi : le Struthof. Il est situé en Alsace, sur les hauteurs de la commune de Natzwiller. A l’époque de son ouverture, le 1er mai 1941, l’Alsace se trouve incorporée au Reich allemand. Situé à 800 mètres d’altitude dans le massif des Vosges et à 60 kilomètres de Strasbourg, le camp de concentration du Struthof – appelé KL Natzweiler par les nazis –  a été conservé pour le devoir de mémoire et se visite.

Au camp du KL Natzweiler et dans ses nombreuses annexes des deux côtés du Rhin, 52 000 personnes ont été emprisonnées entre 1941 et 1944 dans des conditions inhumaines. 17 000 d'entre elles y ont trouvé la mort, dont 3 000 dans le camp principal du Struthof. « 31 nationalités, dont 8000 Français, ont été immatriculés au KL-Natzweiler. 40 % y sont morts, ce qui en fait, hors camp d’extermination, le camp le plus meurtrier avec Mauthausen », rappelle dans les pages du Figaro l’historien strasbourgeois Robert Steegmann, auteur de la thèse, Struthof. Le KL-Natzweiler et ses kommandos (La Nuée Bleue) en 2005. 

Industrie de guerre

Découvert par l'armée américaine le 25 novembre 1944, le camp est désert. Les derniers prisonniers ont quitté les lieux quelques jours plus tôt pour être transférés au camp de concentration de Dachau.

Véritable camp de la mort, le Struthof possède depuis avril 1943 un bloc crématoire destiné à l'incinération des détenus assassinés par les SS ou morts d'épuisement dans les travaux. Le camp sert en effet de lieu de travail (d'esclavage) au profit des SS et de l'industrie de guerre nazie. Il abrite aussi les expérimentations médicales effectuées par les médecins nazis de l'université de Strasbourg, dont le professeur d'anatomie August Hirt. Ce dernier, tristement célèbre pour avoir été à l'initiative du gazage de 86 juifs à Auschwitz afin de recueillir leurs squelettes pour sa collection d'anatomie, utilise au Struthof des déportés tsiganes pour expérimenter une arme chimique de combat, le phosgène.

« La peau sur les os »

Les prisonniers du camp tentent de survivre dans les conditions dictées par la barbarie nazie. Une horreur qu'évoquait en 1970, avec une émotion retenue, un ancien déporté mosellan, Roger Frey. Sur les lieux de sa captivité, il se souvient de son expérience de prisonnier pour l'émission « Alsace Panorama ». « En arrivant ici, je me suis trouvé aux portes de l’Enfer. Nous avons été conduits à la douche, démunis de nos vêtements […], puis nous avons eu le crâne rasé […] On nous a ensuite tenu un petit discours en nous disant : "Vous êtes rentrés ici par la porte, mais vous n’en sortirez que par la cheminée". C’était tellement brutal sur le coup que je n’ai pas compris tout de suite la portée de ce qui m’arrivait. Mais en côtoyant d’autres détenus […] qui n’avaient que la peau sur les os, j’ai compris où nous étions tombés. »

Le Struthof
1970 - 03:14 - vidéo

Au cours de la même émission d' « Alsace Panorama », Jacques Granier, un journaliste des Dernières nouvelles d’Alsace, évoque l’histoire de ce camp dont l’emplacement fut choisi en 1940 pour la présence d’un granit rose très rare que les Nazis convoitaient. Les baraquements furent installés par un premier convoi de 300 prisonniers de droit commun allemands, aidés par les prisonniers alsaciens du camp de Schirmeck. 

Camp de sûreté

En contrebas du camp de concentration du Struthof, dans la ville de Schirmeck, se trouvait en effet un autre camp, dont il ne reste plus rien aujourd’hui. Il ne s’agissait pas d’un camp de concentration, comme il est dit avec imprécision par Jacques Granier dans l'archive, mais d’un camp de sûreté, de redressement, pour les Alsaciens et Mosellans réfractaires au régime nazi, mais considérés par ce dernier comme assimilables, car non juifs. Dans ce camp, qui abrita environ 10 000 personnes dans des conditions très difficiles, 78 personnes trouvèrent la mort entre 1940 et 1944.

Lieu de recueillement, le camp de concentration du Struthof voit l'inauguration le 23 juillet 1960 d'un Mémorial par le général de Gaulle. Le 3 novembre 2005, pour le soixantième anniversaire de la libération du camp, le président de la République Jacques Chirac inaugure sur les lieux le Centre européen du résistant déporté (CERD).

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