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Des vétérans du commando Kieffer racontent leur débarquement en Normandie

Des vétérans du commando Kieffer racontent leur débarquement en Normandie

Le 6 juin 1944, un commando composé de 177 Français débarquait en Normandie aux côtés des Anglo-Saxons. En 1964, Léon Zitrone interrogeait des survivants sur ces heures historiques.

Par Florence Dartois - Publié le 05.06.2019 - Mis à jour le 06.06.2022
 

En 1964, on célébrait les vingt ans du débarquement en Normandie, sur les plages du Calvados et du Cotentin. En 1944, les troupes engagées étaient majoritairement anglo-américaines mais quelques Français, placés sous les ordres du commandant Philippe Kieffer (1899-1962), avaient également débarqués en Normandie.

A l'occasion des commémorations des 20 ans du débarquement, Léon Zitrone s'était rendu sur place pour interviewer des vétérans du commando. Entourés d'une foule compacte d'admirateurs, en uniformes, ils évoquaient leurs souvenirs, tout en rendant hommage à leurs compagnons morts pour la France. Le reportage présenté en tête d'article débute par l'interview du second du commandant Kieffer, le capitaine Alexandre Lofi (à l'époque il était lieutenant), l'un des deux seuls gradés rescapés. Il acceptait de revenir sur les premiers instants du débarquement sur les plages normandes, « exactement à 7h21, ici même à Colleville », précisant que cela avait été « plus dur que nous ne le pensions ».

Ils ne s'attendaient pas, en effet, à un tel accueil sous le feu nourri des balles et des tirs ennemis, car ils pensaient que l'ennemi avait été affaibli par les bombardements des heures précédentes. « Je dois dire que tout ceux qui sont là aujourd'hui, eh bien, ils ont eu de la chance », expliquait-il. Il préciserait plus tard que 75% des hommes du commando avaient perdu la vie sur le sable normand.

Des Français sous les couleurs anglaises

Le commando Kieffer était composé des hommes du 1er bataillon de Fusiliers Marins Commandos (1er BFMC) créé au printemps 1942 en Grande-Bretagne par la France Libre. Il tenait son nom de son capitaine de corvette, Philippe Kieffer. Le 1er BFMC était fort de deux troupes (Troops) de combat (1 et 8) et d’une demie Troupe d’appui (K-Guns).

Le commando avait été intégré à la Special Service Brigade britannique au sein du Commando Interalliés numéro 10. Détachés au sein du commando britannique numéro 4 avant le D-Day, 177 des hommes du bataillon allaient s'illustrer en participant au Débarquement de Normandie. Leur participation est d'autant plus importante qu'ils seraient les seuls soldats de la France à débarquer sur les plages normandes.

Leur bravoure avait coûté le prix de nombreuses vies, notamment celle des officiers. Lors de l'interview, le second officier rescapé soulignait : « nous étions 12 officiers, le lendemain nous n'étions plus que 2 ». Puis au nom de tous les commandos français, il remerciait l'Angleterre pour tout ce qu'elle avait fait pour libérer la France.

Léon Zitrone interrogeait ensuite d'autres membres du commando sur leurs « souvenirs les plus durs », l'un d'eux évoquait un champ de mines qui avait causé une hécatombe. Le journaliste demandait ensuite ce que les survivants présents ressentaient face à leur héroïsme : « Vous êtes entrés dans l'histoire. Qu'est-ce que ça vous fait ? ». Le second officier était catégorique : « Si c'était à refaire nous le referions immédiatement ! »

«Il fallait se battre coûte que coûte»

Dix ans plus tôt, en 1954, le commandant Philippe Kieffer avait personnellement témoigné de son expérience du débarquement. Dans l'archive ci-dessous, il relate les différentes étapes de la première journée de cette opération.

Il décrit le départ d'Angleterre à bord des navires de guerre, la première bataille violente à Ouistreham qui dura toute la matinée, la mission de Bénouville, où ils devaient « faire jonction avec les parachutistes de la 6e division aéroportée », puis Amfreville, « qui était tenue par un bataillon cycliste allemand », qui fut leur « première nuit en terre de France ».

Sur les 177 commandos qui débarquèrent le 6 juin 1944, 10 furent tués le jour-même, puis 10 autres des jours suivants. Seuls 24 hommes terminèrent la campagne de Normandie. Ils auront combattu 78 jours alors qu'ils ne devaient initialement combattre que 3 ou 4 jours.

Philippe Kieffer au cinéma

La bravoure du commando Kieffer aa été racontée dans le film de Darry Zanuck, Le jour le plus long . A l'occasion du tournage du film, en 1961, le commandant Philippe Kieffer évoquait son personnage - son rôle était tenu par l'acteur Christian Marquant - et sa satisfaction de la reconstitution de la bataille à la baïonnette, où il avait personnellement reçu trois blessures. Il racontait ensuite une anecdote sur le fait qu'à l'époque, des locaux les avait pris pour un bataillon anglais qui parlait très bien Français. Il concluait en espérant que ce film, en montrant les atrocités d'un conflit, permettrait d'éviter une nouvelle guerre à l'avenir : « Il y en a eu trois, il est temps que ça se termine. ».

Pour aller plus loin :

Sur le tournage du film Le jour le plus long

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