Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, sept moines trappistes du Monastère Notre-Dame de l’Atlas situé près du village de Tibhirine, en Algérie, sont enlevés par un groupe armé. Retour sur cette affaire trouble.

La stupéfaction est générale, ces groupes sont très nombreux dans la montagne aux alentours de Médéa où se trouve le monastère. D’autres exactions ont déjà eu lieu et onze religieux en ont été victimes. L’inquiétude est à son comble. Le 27 mars, un frère trappiste témoigne de ce contexte tendu.

Le 31 mars 1996, quelques jours après l’enlèvement, le monastère du Mont Atlas ouvre ses portes aux journalistes. Le frère Robert, toujours présent sur place, explique sa volonté d’attendre le retour de ses amis.

Le dossier des sept moines trappistes devient rapidement une affaire diplomatique. Hervé de Charrette, le chef de la diplomatie française, fait le point sur les informations obtenues par les autorités, dans une conférence de presse le 29 mars 1996. Il réclame le respect et le retour des « hommes de prière » et confirme la conduite d’une enquête commune aux deux pays.

Le 26 avril 1996, un mois après la disparition des religieux, un communique du GIA (Groupe islamique armé) revendique l’enlèvement. Le groupement propose un échange contre certains de ses militants incarcérés en France.

Quelques jours plus tard, l’évêque d’Oran, Monseigneur Claverie, est interviewé sur la situation en Algérie. Plus le temps passe, plus les moines deviennent des otages qui risquent de perdre la vie. Selon lui, aucune preuve ne permet de savoir qui les a enlevés et si une rançon a été demandée.

Un assassinat revendiqué par le GIA

Les inquiétudes sont confirmées quelques jours plus tard. Le 23 mai 1996, le GIA annonce que les sept moines ont été tués. Dans un geste symbolique, le cardinal Lustiger éteint les sept cierges qui symbolisaient les religieux à Notre-Dame-de-Paris.

Le 2 juin, les frères de Tibhirine, comme on les appelle désormais, sont enterrés sous haute surveillance à Alger. Le premier ministre algérien ainsi que plusieurs membres de la classe politique algérienne sont présents. L’émotion est perceptible à l’intérieur de la Basilique d’Alger. A l’époque, l’affaire semble limpide : des Chrétiens ont été assassinés et décapités par des islamistes du GIA. Leur Leader Djamel Zitouni a revendiqué l’exécution. Cinq ans après, en 2001, l'émir Ali Benhadjar, de la Ligue islamique Dapua et Djihad, un ancien leader islamique confirme cette version.

Un rebondissement inattendu !

Mais en décembre 2003, un incroyable rebondissement se déroule. Un ancien lieutenant de la sécurité militaire algérienne prétend que les moines ont été enlevés par les services secrets algériens. Dans ce scénario, Zitouni a été manipulé par les militaires. Les proches des religieux déposent alors une plainte contre X à Paris.

Selon les témoins, l’enlèvement visait un triple objectif : contraindre les moines, qui soignaient les insurgés, à quitter la région, discréditer les islamistes, et obtenir la reconnaissance de la France en faisant libérer les otages par l'armée. Mais l’affaire aurait mal tourné.

Le juge Trévidic en Algérie

En octobre 2014, le juge Trévidic se rend en Algérie pour percer le mystère de la morts des moines. Il accède au monastère, déterrent les dépouilles et procède à des prélèvements. Mais aAvant son retour en France les autorités algériennes lui confisquent ces pièces primordiales. Les familles des victimes sont déçues. 18 ans après les faits, sans ces preuves, la vérité s'éloigne à nouveau.  Le 24 octobre 2012, après son retour bredouille d'Algérie, le juge Trévidic fait une déclaration. 

En mars 2018, de nouvelles expertises concernant la mort des moines de Tibhirine dévoilaient que les religieux avaient été décapités bien après leur mort, ce qui ne coïncide pas avec la thèse officielle d'un assassinat orchestré par le GIA. Le 8 décembre 2018, les 7 moines français du monastère trappiste de Tibhirine enlevés et assassinés en mars 1996 ont été béatifiés à Oran, en Algérie : "Nous n'atteindrons la vérité que si la France et l'Algérie la veulent..."

Pour aller plus loin : 

"Sept morts sur ordonnances", une enquête qui dérange dans le 13h15 de France 2, du 12 octobre 2015.

En 2010, Xavier Beauvois revient sur ce drame dans le film "Des hommes et des dieux". Primé à Cannes en 2010, il obtient un succès retentissant à sa sortie en salle.

Plus de documents sur le drame de Tibhirine.

En français dans le texte : pour la première fois une caméra. Arnaud Desjardins a pu suivre des moines trappistes dans leur vie monastique. (7 avril 1960)

Florence Dartois

Rédaction Ina le 07/09/2010 à 17:49. Dernière mise à jour le 19/03/2021 à 16:12.
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