Le 22 août 1962, le général de Gaulle et son escorte échappent à un attentat en région parisienne. Retour sur un événement intimement lié aux soubresauts de l'Algérie française...

En France, Paul Doumer, éphémère président de la République, assassiné le 7 mai 1932, fut le dernier chef d’Etat à mourir en fonction. Il s’en est cependant fallu de peu pour que la mort ne frappe aussi le plus illustre des présidents de la Ve République, le général de Gaulle…

De Gaulle, l’ennemi numéro 1 des partisans de l’Algérie française

Nous sommes en août 1962. L’Algérie est indépendante depuis le 5 juillet. Depuis des années, ce nom cristallise les tensions entre Français favorables au maintien de ce vaste territoire sous souveraineté française et ceux qui réclament son indépendance. Pire, depuis le début de 1961, l’Organisation de l’Armée secrète (OAS) pose des bombes en Algérie et en métropole pour signifier à l’Etat français son refus de l'indépendance.

Le général de Gaulle, appelé au pouvoir en 1958 en raison de cette même crise algérienne, est vu comme le dernier espoir des partisans de l’Algérie française. Mais rapidement, dès 1959, il prend conscience de l’impossibilité du maintien de la présence française. Pour vivre la destinée mondiale chère à ses yeux, la France doit se débarrasser de cette guerre d’un autre âge, ingagnable politiquement, et se recentrer sur une modernité européenne, qui se matérialisera en 1963 par la réconciliation avec l'Allemagne.

Pour l’OAS, le général de Gaulle, surnommé par dérision « le guide », devient l’ennemi numéro 1. Le 8 septembre 1961, le convoi du président, en route vers Colombey-les-Deux-Églises, est victime d’un attentat à la bombe à Pont-sur-Seine, dans l’Aube. Le convoi est indemne, et les auteurs de l’attentat, qui se réclament de l’OAS, sont arrêtés. Tous, à l’exception du « cerveau », qui reste non identifié…

22 août 1962 : l’attentat du Petit-Clamart, une attaque sur la route de l'aéroport

C’est donc dans ce contexte de violence contre la personne du chef de l'Etat qu’a lieu l’attentat du Petit-Clamart, le 22 août 1962. Après celui du Pont-de-Seine, les services de sécurité de l’Elysée ont obtenu du président qu’il se rende en avion dans sa résidence champenoise de Colombey, pour éviter la longue route en voiture. Pour ce faire, le cortège doit se rendre à l’aéroport de Villacoublay, dans les Yvelines.

En début de soirée, ce 22 août, à 19h45, la voiture présidentielle, une DS-19, quitte l’Elysée en compagnie d’une voiture de sécurité et de deux motards. A l’arrière de la voiture présidentielle se trouvent de Gaulle et son épouse. La voiture est conduite par son chauffeur attitré, le gendarme Francis Marroux. A ses côtés, son gendre, le général de Boissieu.

A 20 h 20, le convoi approche du carrefour du Petit-Clamart. La route est dégagée, à l’exception d’une estafette jaune garée sur le bas-côté. Alors que la voiture arrive à sa hauteur, plusieurs armes automatiques se mettent à tirer. 
La DS est touchée à plusieurs endroits. Le chauffeur accélère mais une seconde voiture, une Citroën ID-19 bleue, la prend en chasse. Les occupants ouvrent le feu à plusieurs reprises, avant de prendre la fuite.
Malgré le choc de l’attentat, le chauffeur parvient à Villacoublay. Le président et tous les passagers de l’escorte sont indemnes.

Qui sont les membres du commando ?

Une gigantesque chasse à l'homme est lancée le soir même pour retrouver les auteurs de l'attentat. L’enquête aboutit au bout de seulement quinze jours, bénéficiant de hasards et d’étonnantes imprudences des membres du commando. Les suspects sont interpellés et avec eux sont retrouvées leurs armes. Certains d'entre eux préparaient une nouvelle opération visant à nouveau le président. Mais qui sont-ils, et qu’elles ont été leurs motivations ?

Le commando se compose de douze hommes : Jean Bastien-Thiry en est l’énigmatique leader : un homme de 34 ans, brillant polytechnicien, lieutenant-colonel de l’armée française, fervent catholique et patriote, qui voit en de Gaulle un « tyran » abandonnant l’Algérie française. Son second, Alain de La Tocnaye, considère de Gaulle comme un « cryptocommuniste », tout comme les Hongrois Lazlo Varga, Lajos Marton et Gyula Sari. Le reste du commando est composé de métropolitains et de Pieds-noirs.

Bastien-Thiry, le dernier fusillé de l’Histoire

Après les premières arrestations des membres du commando, Bastien-Thiry est à son tour arrêté le 17 septembre 1962.

Le procès débute au fort de Vincennes le 28 janvier 1963. Neuf accusés sur les douze qui constituaient le commando comparaissent devant la Cour militaire de justice. 
Le 4 mars 1963, Bastien-Thiry est jugé coupable de la planification de l’attentat et condamné à mort. Il est fusillé le 11 mars 1963 au fort d’Ivry. Il restera dans l’Histoire comme le dernier condamné à mort fusillé en France. On estime aujourd'hui que l'ingénieur fut également responsable de l'attentat de Pont-sur-Seine.

Alain de la Tocnaye et Jacques Prévost, eux aussi condamnés à mort, seront graciés en 1968, ainsi que les tireurs condamnés à différentes peines de réclusion. Pendant le procès, l’avocat de Bastien-Thiry, Maître Jean-Louis Tixier-Vignancourt, évoquera pour sa défense la thèse de l’enlèvement du président au lieu de la volonté d’assassinat. Une thèse très largement contestée, et notamment par l’un des conjurés, Lajos Marton, sur le plateau de Tout le monde en parle, en 2005.

En conclusion de cette page troublée de notre histoire contemporaine, il reste bien sûr la question des éventuelles complicités dont aurait bénéficié Bastien-Thiry. Dès l’époque du procès, on soupçonne une « taupe » dans l’entourage direct du chef de l’Etat, proche de l’OAS. Mais à ce jour, il n’existe aucune preuve matérielle menant à un proche du général de Gaulle au palais de l'Elysée.

Cyrille Beyer

Rédaction Ina le 18/07/2012 à 14:52. Dernière mise à jour le 25/07/2019 à 17:34.
Histoire et conflits