Le cinéaste est disparu le 17 mars 1986. Parmi ses plus grands films, il en est un qui bouleversa les spectateurs à sa sortie : Jeux interdits, l'histoire tragique d'une petite orpheline, interprétée par Brigitte Fossey, pendant l'exode de 1940. Retour sur un film emblématique du cinéma français qui remporta un succès international.

Le film sort au cinéma le 9 mai 1952. Il a été écrit par Pierre Bost et Jean Aurenche, adapté du roman de François Boyer intitulé Les Jeux inconnus. Dans cette interview radio diffusée le 6 juin 1952, quelques semaines après sa sortie en salle, René Clément relate la genèse du film et sa difficulté à le faire produire car les producteurs le trouvaient "trop risqué, trop osé pour être mis à l'écran". C'était pour lui la première fois qu'il tournait "avec des enfants aussi jeunes" et qui étaient les héros du film. "Paulette" jouée par Brigitte Fossey 5 ans et 3 mois et "Michel" joué par Georges Poujouly a 11 ans des enfants. Il explique qu'il n'y a, selon lui, pas de différence entre faire tourner des enfants ou des adultes : "Mettre au point une phrase, un texte, une série de mouvements demande autant de travail pour les adultes que pour les enfants !" mais pour les enfants, il ajoute : "Je joue avec eux, il ne faut pas leur donner l'impression qu'ils travaillent. Il faut oublier complètement la caméra et le micro. Nous jouons !".

"Il me fallait monter un univers... vu par les enfants"

Lorsque le journaliste lui demande comment il a fait pour leur faire jouer des scènes si profondes, il répond, "j'aime aller chercher la vérité par le fond. Et remonter du fond du puits et non m'y enfoncer". Il explique comment il est parvenu à leur faire jouer des scènes d'un scénario auquel ils ne comprenaient "rien", en tout cas pas les enjeux dramatiques, "puisque je vais chercher la vérité par le fond... il fallait montrer un univers que nous avions choisi, mais un univers vu par les enfants... Les enfants étant des objets que l'on maniait, et il m'appartenait à moi, en tant qu'auteur, d'authentifier la vérité par rapport à la leur... Et dans ce film-là, les adultes ne sont pas toujours compris et quelquefois, ils sont grotesques. Ils font des choses que les enfants désapprouvent. Les enfants en général sont très à cheval sur les questions de justice..."

"La caméra se promène littéralement à 70 cm du sol"

Ce film, il le voulait tel un "film de combat... très différent des autres". Dans ce récit, "la caméra se promène littéralement à 70 cm du sol et les grands sont vus avec leur optique et sont souvent ridicules car les personnages sérieux ce sont mes enfants, les autres ne sont pas sérieux". René Clément évoque le contexte historique de son long métrage, l'action se déroule pendant l'exode de 1940 en France. Un convoi de civils est mitraillé. Paulette, 5 ans, perd ses parents et se met à errer seule dans la campagne avec son petit chien mort dans ses bras. Elle rencontre bientôt un garçon de 10 ans prénommé Michel. Il l'emmène vivre dans la ferme de ses parents où la petite est recueillie temporairement... Il évoque l'importance de la scène de l'enterrement du petit chien "psychanalytiquement parlant, elle enfouit aussi ses parents". Un acte "de pureté et d'amour" plus grandiose qu'un enterrement réalisé par les adultes et présenté plus tard dans le film. Il dénonce ainsi une sorte de "réflexe conditionné de la société, des gens qui font des gestes qui n'ont plus le sens profond qu'on leur a attribué à leur origine. Mais ces gestes-là, les enfants les refont pour la bête qu'ils enterrent. Nous avons là un espèce de pamphlet contre la société qui s'endort sur des habitudes, sur un conformisme contre lequel nous sommes". Un conformisme jugé par les enfants.

L'année de sa sortie, ce drame remporte un succès considérable en France mais également dans le monde entier. Il reçoit une multitude de prix tels l'Oscar du meilleur film étranger et le Lion d'or à la Mostra de Venise.

Pour aller plus loin : 

Les enfants devenus grands parlent du film

Des années plus tard, en 1967, René Clément et Brigitte Fossey évoquaient leur complicité sur le tournage de Jeux interdits. René Clément expliquait la "méthode" qu'il utilisait pour faire pleurer Brigitte, alors âgée de 5 ans.

En 1968, Georges Poujouly (Michel Dollé) et Brigitte Fossey (Paulette) évoquent leurs souvenirs du tournage.

Brigitte Fossey, une enfant star

En 1967, la comédienne se souvient du casting passé à la suite d'un pari réalisé par sa tante avec sa mère.                         

Le succès du film est tel que la jeune actrice de six ans est officiellement présentée à la reine Élisabeth II en février 1953.

Sa maman évoque cette rencontre royale et la petite Brigitte raconte sa vie d'actrice. (Audio, 1953)

Périscope: Brigitte Fossey, à propos de sa carrière et le poids de ce film. (1975, audio)

Une musique inoubliable

La bande originale du film n'est pas étrangère à la charge émotionnelle ressentie par les spectateurs. Le thème principal, , Romance anonyme, joué à la guitare, est de Narciso Yepes. En 1970, l'artiste racontait cette aventure, il confiait avoir regardé le film 32 fois avant de trouver un thème musical dialoguant avec les personnages. Il interprète ensuite un air andalou à la guitare.

Dans cet extrait audio de 1953, le musicien raconte comment René Clément lui a demandé de composer la musique du film.

Quelques interprétations

En 1956, Sébastien Marotto interprète Romance anonyme, le thème musical du film Jeux interdits. Sa version est très lente.

En 1964, Luis Suelves interprète le thème principal de Jeux interdits à la guitare.

Version de Michel Dintrich , 1970

Florence Dartois

Rédaction Ina le 04/05/2017 à 15:53. Dernière mise à jour le 15/03/2021 à 20:10.
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