Le RER A fête ses 50 ans. Le 12 décembre 1969, le premier tronçon Est de la ligne était inauguré, entre Paris Nation et Boissy-Saint-Léger. La concrétisation d'une nouvelle façon d'envisager la liaison entre Paris et sa banlieue, entreprise au milieu des années 1960, lorsque l'aménagement du territoire rendit nécessaire de donner aux Franciliens l'équivalent d'un métro. Retour sur une histoire qui trouve son origine à la fin du XIXe siècle...

Le 12 décembre 1969, le premier tronçon du RER est inauguré. Il est alors appelé « métro régional ». Il relie la gare de Nation, à Paris, à la ville de Boissy-Saint-Léger, dans le Val-de-Marne.

Le lendemain, la 2e chaîne de l’ORTF diffuse un reportage sur cette révolution des transports en Ile-de-France qui va « bouleverser la vie de milliers de gens ». Comme celle de Paula. Cette jeune Francilienne, habitant Boissy-Saint-Léger, se prête au jeu en effectuant pour les caméras de la télévision son voyage quotidien vers Paris dans le nouveau train flambant neuf du « métro régional ».

Un trajet qui lui fait économiser « plus d’une heure par jour », dans un confort apprécié, l’aménagement de la rame étant à son goût, « pas mal, clair, aéré ». Seul bémol à cette modernité, « les banquettes, un peu dures ».

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En 1970, l'intérieur d'un train du « métro régional »

Les nouvelles stations, tout aussi modernes que les trains, sont équipées en services : « Maintenant c’est ici qu’il fait bon flâner », commente le journaliste à propos des aménagements en gare de Nation. Plus remarquable encore, l’installation systématique de portillons automatiques avec billets magnétiques, gage d’une meilleure fluidité.

L’inauguration de ce premier tronçon Est du « métro régional » est suivie par l’ouverture du tronçon Ouest reliant La Défense à Etoile, en février 1970, puis jusqu’à la station Auber, dans le quartier parisien de la gare Saint-Lazare, en novembre 1971. 

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Photographie prise en 1972 de la nouvelle station Auber, à l'époque le terminus du tronçon Ouest

L'arrivée du RER est une véritable révolution pour les habitants de la banlieue parisienne. Pour mieux comprendre l’importance d’une telle évolution, il nous faut remonter le temps.

Au XIXe siècle, Paris défend le métro et l'Etat le train

Durant la deuxième moitié du XIXe siècle, avec le développement économique et démographique de la capitale et de sa banlieue, l’Etat et la ville de Paris se disputent sur les choix stratégiques à mettre en œuvre pour améliorer les transports.

L’Etat souhaite favoriser l’interconnexion avec les lignes de province et le réseau ferré, à l’aide de souterrains à grand gabarit. Paris, au contraire, souhaite un réseau plus dense limité à sa périphérie, avec des stations et des trains plus petits. D’autres villes modernes, comme Londres ou New York, doivent trancher la même question.

C’est le choix parisien défendu par les élus de la capitale, contre les députés de l’Assemblée nationale et du lobby du chemin de fer, qui emportent la partie et décident en 1898 de la construction du métropolitain. Dès lors, les Parisiens bénéficient d’un système de locomotion dense et rapide.

Par contre, les habitants de la banlieue qui se rendent tous les jours dans la capitale pour travailler doivent s’y rendre en train jusqu’aux nombreuses gares parisiennes. De là, ils doivent descendre en sous-sol afin d’emprunter le réseau du métropolitain. Il s’agit donc d’un système avec rupture de charge, c’est-à-dire que les voyageurs doivent changer de moyen de transport, ce qui entraîne une importante perte de temps. 

Années 1960, la mise en chantier du RER

En 1965, le schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne décide de la construction d’une nouvelle ligne qui reprend l’idée portée par l’Etat au XIXe siècle, à savoir une liaison entre Paris et sa périphérie sur une ligne de train sans rupture de charge.

C’est donc une évolution radicale dans la façon d’envisager les transports franciliens : la banlieue est enfin reliée à Paris par un métro. 

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Photographie prise en 1970 de la station Etoile

« Le plus grand chantier du XXe siècle »

Après une décennie de travaux nécessitant d'immenses efforts d'ingénierie, la ligne complète est inaugurée le 8 décembre 1977, prenant le nom officiel de RER A. Les tronçons Est et Ouest sont réunis avec la construction des gares RER de Châtelet-les-Halles et de la gare de Lyon.

En plus, une nouvelle ligne dessert à l'Est les villes situées au Nord du Val-de-Marne, jusqu'à Noisy-le-Grand Mont-d'Est (il faudra attendre 1992 pour que la ville de Marne-la-Vallée et son parc de Disneyland soit reliée). 

Pour témoigner de ce gigantesque chantier encore en cours (de nouvelles lignes de RER sont prévues), pour Paris et sa région, « le plus grand du XXe siècle », le journaliste de TF1 Michel Chevalet prend place à bord du RER A, et parcourt les 30 km qui séparent La Défense de la gare de Noisy-le-Grand en « seulement 31 minutes », un « temps record pour traverser Paris ».

Le RER est inauguré en grande pompe par le maire de Paris Jacques Chirac et le président de la République Valéry Giscard d’Estaing, qui milite dans son discours pour le développement des transports en commun dans la région capitale en déclarant : « Tout justifie que, loin de permettre dans les villes un usage immodéré de la voiture individuelle, nous donnions la priorité aux transports collectifs : les besoins du public, la rareté de l’espace, la nécessité de protéger l’environnement, celle d’économiser l’énergie ».

Aujourd’hui, la ligne A du RER, avec ses 308 millions de voyageurs par an, est la ligne la plus fréquentée d’Europe. Chaque jour, ses trains parcourent 40 000 km, soit l’équivalent d’un tour complet de la terre, emmenant près de 640 000 voyageurs aux heures de pointe.

Autant dire que pour les Parisiens et les Franciliens, le RER A est une ligne incontournable, qui souffre cependant, comme les autres lignes, de saturation et d'un vieillissement des matériels.

A l'heure où la capitale réfléchit au futur Grand Paris et au développement des transports en commun, la préoccupation des Franciliens pour plus de mobilité et un réseau de qualité reste plus que jamais d'actualité.

 

Cyrille Beyer

Rédaction Ina le 08/12/2009 à 16:58. Dernière mise à jour le 10/12/2019 à 15:49.
Economie et société