Le 14 mai 2011, le directeur général du Fonds monétaire international était arrêté à New York, accusé d'agression sexuelle. Après plusieurs heures d'interrogatoire, des policiers l'escortait à la sortie d'un commissariat de Harlem, menottes aux poignets, sous le crépitement des appareils photos.

Il y a 10 ans le 14 mai 2011, le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, était arrêté à l'aéroport JFK de New York, placé en garde à vue, puis inculpé "d'agression sexuelle, de séquestration de personne et de tentative de viol" par le parquet de New York. Une femme de chambre de 32 ans, travaillant à l'hôtel Sofitel situé dans le cœur de Manhattan, l'accusait d'avoir tenté de l'agresser sexuellement quelques heures plus tôt.

A l'époque, le socialiste est un homme puissant, partagé entre Washington où il jugule les ressacs de la crise financière de 2008 et la France où les sondages le placent en bonne posture pour la présidentielle de 2012. Cette arrestation sonnera comme un coup de tonnerre, notamment dans la classe politique française. Les images de ce "séisme médiatico-politique" auront une portée internationale. Et notamment la "walk of shame" comme l'appellera la presse américaine : la "marche de la honte" lors de la sortie de DSK du commissariat de Harlem où il avait été interrogé juste après son arrestation.

Mise en scène

Philippe Boulet-Gercourt, le correspondant de L'Obs à New York, a raconté que l'ex-directeur du FMI s’était retrouvé confronté à une tradition détestable mais généralisée de la police new-yorkaise : le perp walk. "'Perp' est une abréviation de perpetrator, c’est-à-dire d’auteur d’un crime, walk ("marche", en anglais) est le fait de montrer en public la personne arrêtée, dans une position humiliante", écrivait-il quelques jours après les faits. Il poursuivait : "A New York, la police passe systématiquement les menottes à une personne arrêtée et conduite au commissariat (...). Riches ou pauvres, célèbres ou inconnus, tous sont soumis au même traitement". Le journaliste estimait surtout que cette pratique était une bonne publicité pour le procureur, tout en étant en contradiction avec la présomption d'innocence.

Les images sont effet implacables : la séquence, d'une durée de quelques dizaines de secondes, semble durer beaucoup plus. On voit donc Dominique Strauss-Kahn, le visage grave et menotté dans le dos, être escorté par cinq policiers jusqu'à un véhicule. La mise en scène est spectaculaire et elle restera dans les esprits, d'autant plus que la lumière de la nuit marquait davantage les visages.

Une autre prise de vue est disponible ci-dessous : 

Après plusieurs procédures judiciaires, les charges pesant sur Dominique Strauss-Kahn seront officiellement abandonnées le 23 août 2011. Plus d'un an plus tard, une transaction financière mettra définitivement un terme à cette affaire.

Pour aller plus loin : 

L'affaire du Carlton

Politique, sexe et pouvoir

Le sexisme en politique

Rédaction Ina le 11/05/2021 à 11:14.
Histoire et conflits