L'Allemagne confirme l'empoisonnement d'Alexeï Navalny, principal opposant à Vladimir Poutine, pris d'un malaise à bord d'un avion en Russie, le 20 août. Ces deux dernières décennies, des cas d'empoisonnements ont défrayé la chronique, comme l'assassinat d'Alexandre Litvinenko, en 2006.

C'est une photo qui a fait le tour du monde : Alexandre Litvinenko, agonisant sur son lit d'hôpital, fixe l'objectif de l'appareil avec un regard qui semble dire qu'il est parfaitement conscient de l'origine du drame qui le frappe. Le 23 novembre 2006, cet ancien espion du KGB âgé de 44 ans rend son dernier soupir, trois semaines après avoir été empoisonné dans un bar de Londres lors d'une rencontre avec deux contacts russes. Alexandre Litvinenko, qui vient de recevoir la citoyenneté britannique, réside dans la capitale anglaise depuis le début des années 2000. Ouvertement opposant au président Vladimir Poutine, il a en effet jugé plus sage de quitter son pays natal pour mieux se concentrer sur la dénonciation des dérives mafieuses du régime russe. 

Alexandre Litvinenko comprend tout de suite qu'il a été empoisonné. Il est admis deux jours plus tard à l'University College Hospital de Londres. Le personnel de santé étudie diverses pistes de poison mais ce n'est que le dernier jour avant sa mort qu'Alexandre Litvinenko apprend qu'il a finalement ingéré du Polonium 210, un métal radioactif extrêmement puissant, et rare. 

Cette rareté et la complexité du processus de création de cette substance pointent alors directement la responsabilité de la Russie. Quelques jours avant sa mort, Alexandre Litvinenko avait justement écrit une lettre testamentaire qui se terminait par ces propos accusateurs vis-à-vis du Kremlin : 

« Je pense donc qu'il est temps de dire quelques mots aux responsables de mon état actuel. Vous pouvez me faire taire, mais ce silence a un prix. Vous vous êtes montrés aussi barbares et impitoyables que vos critiques les plus hostiles le prétendent. Vous avez montré que vous n'aviez pas de respect pour la vie, la liberté et les valeurs de la civilisation. Vous vous êtes montrés indignes de vos fonctions, de la confiance des hommes et femmes civilisés. Vous pouvez faire taire un homme mais les hurlements de protestation du monde entier retentiront à vos oreilles pendant le reste de votre vie, M. Poutine. Que Dieu vous pardonne pour ce que vous avez fait, non seulement à moi mais encore à la Russie et à son peuple. » 

En janvier 2016, après que le gouvernement britannique a pendant des années tergiversé sur les suites diplomatiques a donner à l’affaire, la justice britannique conclue sur la responsabilité russe, établissant que la mort de l’ex espion était un « crime d’Etat » qui avait été « probablement approuvée » par M. Poutine.

La mort violente d’Alexandre Litvinenko en 2006 s’ajoute à une longue liste d’empoisonnements par les services secrets russes. Dans un entretien donné ce jeudi à France Inter, l’historien Michel Eltichaninoff rappelle que le poison est même une « tradition russe », utilisé comme une arme par les plus hauts sommets de l’Etat dès les débuts de l’URSS.

Et de rappeler trois autres cas d’empoisonnement d’ennemis politiques : celui de Viktor Iouchtchenko, candidat victorieux de la « révolution orange » pro occidentale à la présidence de l’Ukraine, empoisonné à la dioxine en 2004, avec pour résultat de le défigurer ; celui de la journaliste et opposante Anna Politkoskaïa, empoisonnée en 2006 alors qu’elle reliait par avion deux villes russes. « [Elle] n’est pas morte de cette intoxication mais c’était une manière de l’intimider », explique Michel Eltichaninoff ; enfin plus récemment, Serguei Skripal, a été empoisonné à Londres alors qu'il dînait dans un restaurant avec sa fille, en 2018. Il est depuis rétabli. 

Rédaction Ina le 21/08/2020 à 10:04. Dernière mise à jour le 25/08/2020 à 10:13.
Economie et société