Une grève générale est lancée ce mercredi en Pologne pour contester l’interdiction de l’IVG par le Tribunal constitutionnel. Il a délégalisé l'avortement sous la pression de l'Eglise. Une régression du droit des femmes qui avait débuté en 1993 avec le vote d'une loi anti-avortement laissant la population divisée. 

Le 20 mars 1993, dans le JT de 20h, Hervé Claude décrit ainsi la situation, "la Pologne, maintenant, la très catholique Pologne qui hésite dans ses relations avec l'Eglise. D'un côté l'Eglise perd un peu de son influence dans la vie quotidienne, mais d'un autre côté, l'Eglise pèse toujours très fortement sur la vie politique. Ainsi, l'avortement, qui était autorisé depuis 1956, est maintenant illégal depuis cette semaine. 600.000 avortements ont pourtant lieu chaque année dans ce pays".

Depuis janvier 1993, date à laquelle les députés polonais ont voté la loi anti-avortement, les femmes polonaises s'interrogent sur la manière de contourner la loi, ou pas, comme le montre ce reportage réalisé sur place.

"C'est le sixième mois de grossesse pour Danuta. Ce sera son deuxième enfant et le dernier, elle n'en aura pas d'autres. Trop cher, dit-elle. Elle l'a décidé avec son mari. Comme 90% des Polonaises, elle n'a pas confiance dans les méthodes contraceptives prescrites par les médecins. Désormais, elle sait qu'elle va vivre dans la peur d'être de nouveau enceinte", déclare le journaliste.

Danuta est inquiète car ses faibles moyens la privent irrémédiablement du choix d'avorter ou non, "je ne sais pas si je pourrais aller à l'étranger pour avorter, car j'ignore si j'aurai assez d'argent", déclare-t-elle anxieuse.

Le commentaire poursuit, "Car depuis le 15 mars 1993, l'avortement est illégal en Pologne, sauf en cas d'inceste, de risques pour la vie de la mère ou en cas de viol, et seulement si le procureur accepte l'avortement".

Le Docteur Régina Gederyko du planning familial n'est pas plus optimiste quant au sort des femmes les plus pauvres, "on sait déjà qu'il y aura une recrudescence des avortements dits "criminels", dans des conditions clandestines et qu'il y aura un développement des voyages à l'étranger dans le seul but d'avorter. En Ukraine, par exemple, mais seuls les riches y auront droit".

Le reportage se poursuit dans une université où des étudiantes francophones donnent leur opinion sur cette nouvelle loi plus restrictive. Paradoxalement, elles adhèrent au texte de loi.

"Ils ont plus de 20 ans dans cette université de Varsovie. Ils étudient le français et pour la plupart ont fait de longs séjours dans notre pays. Pour Agota, Agnès ou Eva, comme pour 95% des Polonais qui sont catholiques. Cette loi est bonne".

Agota précise d'ailleurs, "si jamais ça m'arrive, un jour, si je serais violée par quelqu'un, quand même, je veux mettre cet enfant au monde".

Eva, une autre étudiante acquiesce, "pour moi, c'est la même chose. De tuer un enfant qui a 12 mois, par exemple, qui est déjà né, c'est pareil que d'avorter".

Le seul à s'avouer choqué est un jeune homme prénommé Greg, il s'indigne ouvertement des prises de position du pape qui avait appelé les femmes bosniaques violées à ne pas avorter, "pourtant ces femmes étaient violées. Ce qui m'exaspère. Ça me choque"!

Le journaliste souligne qu'"ici, Greg est considéré comme un marginal, car la population respecte religieusement les positions prises par le très Polonais Jean-Paul II. Le clergé s'en fait l'écho. Ainsi, il n'a pas hésité à faire de l'Église du père Popieluszko, martyr des catholiques tués par les miliciens communistes en 84, un vulgaire point de vente. Dans la sacristie, on vend la propagande des mouvements anti-avortement. Difficile d'imaginer que ce sont des objets de culte".

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Objet anti-avortement vendu par l'Eglise polonaise

Selon les chiffres officiels, le nombre d’avortements légaux en Pologne est passé d'environ 130 000 dans les années 1980 à moins de 2 000 dans les années 2010.

Rédaction Ina le 27/10/2020 à 17:45. Dernière mise à jour le 28/10/2020 à 09:07.
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