A l'occasion de la Journée internationale des fossiles, ina.fr part à la rencontre d'un passionné de vieilles pierres et de fossiles, Robert Broquaire, routier de son état. En 1976, cet aventurier du bitume ouvrait les portes de son musée personnel qui recelait alors des milliers de fossiles et autres trouvailles préhistoriques.

Le 17 juin 1976, l'émission Panorama hebdomadaire de France 3 Dijon s'invite chez Robert Broquaire, 40 ans, un chauffeur-routier de Marcigny en Saône-et-Loire. C'est un, passionné de minéralogie et de géologie. Ce jour-là, dans sa ferme de Sémur-en-Brionnais, ce père de six enfants est en plein travail. La famille s'affaire à l'extraction d'une vielle roue de moulin enfouie dans le sol. Une habitude pour Robert, qui se passionne pour les vieilles pierres comme le précise le commentaire : "Résultat : plus de 5000 pierres amassées par ce routier-poète, essentiellement des minéraux et des fossiles amassés, en provenance des horizons les plus divers et des temps les plus lointains".

Sa collection, l'une des plus riches de France, selon le journaliste, est entreposée chez lui. Tout en montrant un magnifique minéral à la caméra, il raconte la genèse de cette passion : "J'étais dans le Périgord, avec des copains pour visiter des carrières et je suis tombé par hasard sur cette première pierre : une pyrite sur barytine. C'est de là qu'est venue cette passion pour la recherche".

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Il poursuit : "Lorsque je roule, je vois une montagne, je m'arrête. Je cherche. Si j'arrive à trouver quelque-chose, je ramasse." Le paléontologue amateur fouille sur une profondeur allant jusqu'à un mètre. La caméra dévoile quelques-unes des plus belles pierres du collectionneur. Pour dénicher ses trésors, il se base sur un sens de l'observation très affûté avec les années : "à la surface des montagnes ça nous dit à peu près ce qu'il y a dessous".

Le géologue amateur est un autodidacte. Il s'est instruit à l'aide d'ouvrages spécialisés sur les roches ou la Préhistoire. Certaines de ses trouvailles sont authentifiées. Il présente d'ailleurs fièrement une patte arrière gauche de singe, extraite de la roche et "authentifiée par le CNRS à Paris". Elle provient d'une grotte du côté de Montignac. Elle était plantée dans la paroi : "ça a au minimum 250 millions d'années." explique-t-il fièrement. Plaçant la patte dans sa propre main, il précise : "Les cinq doigts sont là. Authentiques."

Mais d'autres surprises attendent encore le spectateur... un sarcophage dont il a pu récupérer plusieurs dalles. La pièce était encastrée dans la roche. A l'intérieur se trouvaient deux squelettes qu'il a récupérés et des cendres. Il était enterré à deux mètre de fond et se trouvait à quelques mètres du père Charles de Foucauld à El Goléa, en Algérie.

Ce passionné présente ensuite une borne qui délimitait les propriétés gallo-romaines : "elle a un emblème sculpté, c'est un livre, qui est la bonté, la charité. Ça devait être un bon roi, un bon seigneur. Elle était enterrée à 2,50 mètres, mais debout. Il a fallu piocher… mais c'était du sable, alors il n'y a eu aucun problème"

Le commentaire souligne "le ton passionné de son propos" et "l'extrême facilité avec laquelle il jongle avec l'histoire ou la Préhistoire."

Le reportage se termine dans le camion de Robert qui s'apprête à reprendre la route : "il s'agit d'avoir du goût pour quelque chose. Il y en a qui collectionne les timbres, d'autres les papillons, moi, c'est les cailloux. La nature c'est réel. C'est naturel. Il y en a qui font des dessins. C'est une création de l'homme. Les cailloux, c'est créé par la nature". Au volant, il ajoute : "je surveille ma route mais ça ne m'empêche pas de regarder à droite, à gauche. Lorsque je vois une montagne, je m'arrête... et je vais voir ce qu'il y a dans la montagne".

"L'Indiana Jones" de Marcigny repart pour de nouvelles aventures, direction l'Autriche. Un sourire en coin, il confie qu'il espère bien : "rapporter une bonne pièce…"

Et le journaliste inspiré par son esprit d'aventures conclut : "Son parcours ne sera jamais monotone. L'espoir toujours, c'est là le secret de ce sage du volant…"

Octobre 2019, Robert Broquaire se souvient...

10 octobre 2019, Robert Broquaire vit toujours dans sa ferme de Sémur-en-Brionnais. Il a aujourd'hui 84 ans. Joint par téléphone, il accepte d'évoquer la collection présentée dans la vidéo. S'il regrette de "ne plus très bien entendre", à l'évocation de ses fossiles, il retrouve toute la passion visible dans le reportage de 1976. Interrogé sur sa collection, l'octogénaire déclare philosophe : "Ma collection est dans des caisses bien rangées et étiquetées au grenier". Il ajoute que certaines de ses pièces : "une vasque gallo-romaine, des amphores ou du bois fossilisé et vitrifié, ont été prêtées au musée de Marcigny".

Robert Broquaire raconte que cette collection s'est constituée au fil des années, grâce à ses nombreux voyages. "J'étais routier, j'ai été partout. Il ajoute fièrement : "Comme disait le général de Gaulle : "de Dunkerque à Tamanrasset" et se lance dans une longue énumération des pays traversés : " au Niger, au Cap, en Algérie, en Hollande, en Russie… partout où je suis passé, j'ai rapporté des cailloux".

Tous ses souvenirs, il les a consignés dans un livre joliment autoédité, intitulé L'amour est pur et éternel. " J'y raconte toute ma vie là-dedans !" L'éternité, il l'a touché dans ces milliers de belles pierres et de fossiles qu'il collecta une grande partie de sa vie. L'octogénaire se souvient que sa vocation de collectionneur lui est venue dans son enfance, une période sombre qu'il l'évoque avec émotion : "les cailloux, c'est une histoire étrange. J'ai perdu mes parents dans un bombardement à 9 ans. Et puis, ma sœur et moi avons été placés en foyer, mais séparément. Je me suis retrouvé isolé dans un centre pour enfants abandonnés en Gironde. Un jour, à l'occasion d'une promenade au bord d'une rivière, j'ai ramassé un petit caillou tout rose. Magnifique ! Je l'ai mis dans ma poche et je l'ai montré à mon instituteur. Il m'a dit : "On va le garder précieusement car c'est une pierre particulière. C'est un quartz rose." Ce précieux minéral allait donner un sens à la vie de ce petit garçon esseulé.

Grâce à ses "cailloux", comme ils les appellent affectueusement, Robert Broquaire peut se targuer d'avoir parcouru "près de la moitié du globe" comme il le souligne avec des trémolos dans la voix, et d'avoir remonté le temps grâce à sa collection de 4000 roches et 1500 fossiles remontant parfois jusqu'à la préhistoire.

Pour aller plus loin

Portrait d'un passionné de fossiles. (1971)

Philippe Taquet à la découverte de l'ouranosaure (1976)

Bernard Riou, chercheur de fossiles en Ardèche. (1993)

Portrait d'un paléontologue amateur, Roger Vaquette, qui arpente les falaises du Pas-de-Calais à la recherche de fossiles. (1996)

Un paléontologue rennais a découvert des insectes fossilisés dans de l'ambre dans une carrière près de Rochefort. Ces fossiles datent de l'ère secondaire et de la période des dinosaures, ce sont les plus anciens découverts en Europe.

Semaine de la science : initiation à la paléontologie. Reportage en Ardèche où des écoliers découvrent des fossiles avec un paléontologue. (2000)

La salle des ventes Christie's a organisé à Paris une vente aux enchères exceptionnelle, puisque étaient présentés pour la première fois au public des fossiles préhistoriques, dont celui d'un mammouth de l'ère quaternaire. Certains scientifiques ont critiqué cette vente aux enchères, dont les conséquences risques d'être le pillage de sites archéologiques et la flambée des prix des fossiles. Interviews de Fleur de Nicolay, en charge de la vente pour Christie's, et de Sevket Sen, directeur de l'unité de recherche en paléontologie du muséum d'histoire naturelle. (2007)

Musée privé du dinosaure. Max Grancier est fasciné par les dinosaures. Ce retraité et paléontologue amateur les recherche en Ardèche. Il a découvert des centaines d'empreintes à Payzac. Une nouvelle espèce de dinosaure porte même son nom. Pour en faire profiter le public, Max Grancier à même construit son propre musée privé. (2008)

Florence Dartois

Rédaction Ina le 14/10/2019 à 17:36.
Sciences et techniques