Après avoir diffusé le film "Marcello", produit par l'INA, dans lequel Emmanuel Barnault brossait le portrait de l'acteur italien le plus séduisant de sa génération. Ciné+ Classic rend hommage à Marcello Mastroianni à travers une programmation de films jusqu'au 28 mai. Dans cette belle interview de 1971, le comédien se confiait sur sa carrière et sa vision du métier d'acteur.

Reçu dans l'émission Le journal du cinéma de Georges de Caunes, diffusée le 12 mars 1971, Marcello Mastroianni accepte de répondre à quelques questions. L'acteur italien est alors de passage en France pour le tournage du film Ça n'arrive qu'aux autres de Nadine Trintignant.  L'interview se déroule entre le tournage de deux scènes. D'emblée l'acteur confie ne pas aimer répondre aux interviews, avec la sensation de répondre toujours la même chose "car j'ai une évolution lente et limitée" ironise-t-il. Pourtant, le dialogue qui va s'établir entre le comédien à l'accent roucoulant et la journaliste perspicace va s'avérer des plus passionnants. Marcello Mastroianni explique qu'avant de faire du cinéma, il a surtout joué au théâtre pendant une dizaine d'années. "C'était lent, la carrière au cinéma pour moi, contrairement au théâtre, où tout est très bien parti, du premier jour".

Le sémillant Italien compare ensuite les acteurs à des caméléons en perpétuelle transformation : "on est des êtres disponibles, voilà ! Il poursuit, dans la tradition, les acteurs sont nomades. On dit d'ailleurs que c'est pour cela que les acteurs vivent longtemps car ils changent souvent d'air", il éclate de rire à cette pensée, en évoquant sa grand-mère qui lui disait : "changer d'air, c'est très bien !"

Toujours dans l'ironie, il poursuit à propos des motivations les poussant à choisir des films : "très souvent, les acteurs, on choisit un film car on a besoin d'argent. Ils ont toujours besoin d'argent. Je ne sais pas pourquoi, parce que pourtant on en gagne ! Peut-être que des fois, c'est un peu trop facile, c'est vrai". Reconnait-il. Lui, confirme le dépenser mais sans vouloir dire à quoi.

La préparation des rôles

La journaliste l'interroge ensuite sur sa préparation pour le rôle du maçon dans Drame de la jalousie, son précédent long métrage. L'acteur lui répond que son origine paysanne l'a aidé et puis "le maçon, je l'ai parce que j'aime les maisons. J'ai étudié pour faire architecte, alors les maçons sont des ouvriers que j'aime beaucoup." Il dénie le fait qu'il faille observer pour imiter : "Chez moi ça ne marche pas ! Si le scénario est bien écrit, si le caractère est bien développé par les auteurs, vous pouvez inventer un maçon même si vous ne l'avez jamais vu travailler, il enchaîne, une moue perplexe, "quand un acteur joue un fou, il se rend dans un hôpital pour l'observer. Moi ça me fait rire parce que, c'est pas vrai, ça doit sortir de dedans. Parce que si vous vous mettez à étudier un fou, sa folie, ses tics, ces choses (…) ce que vous faites, ça devient de l'imitation qui part de l'extérieur mais moi, je n'aime pas ce genre de truc-là. Ça me fait rire même. L'acteur n'a pas besoin d'étudier tellement, s'il a la nature d'acteur et si ce qu'on lui donne en main c'est bon, déclare-t-il doctement, en illustrant ses propos par de grands mouvements de mains justement. C'est de l'invention. Il ne faut pas imiter. C'est une tentative de se retrouver. De se trouver ! De se reconnaître. Et on le fait à travers des personnages, c'est la raison pour laquelle on cherche."

Interrogé sur sa carrière qui serait un modèle à suivre, il nie en ricanant : "non, non. J'ai fait tellement de conneries moi-même. Non, ce n'est pas un modèle, c'est la carrière normale d'un acteur."

Jouer dans le film d'une femme

Le reportage nous montre ensuite quelques images du tournage en cours de Nadine Trintignant dans lequel il tient le rôle-titre aux côtés de Catherine Deneuve. En off, l'acteur déclare que "dans ce film, il y a une histoire normale, douloureuse. Il y a l'amour, cette envie de vivre malgré tout." Il décrit ensuite sa curiosité à travailler avec une femme : "une metteuse en scène" précise-t-il en appuyant bien chaque syllabe. Une première pour lui, une expérience qu'il semble apprécier. "Ça m'a amusé (…) c'est charmant, c'est joli (…) dans le cas de Nadine Trintignant, elle ne crie jamais ! Elle est très douce. Elle est très sympathique avec un air détachée, mais charmante, vraiment ! Pleine d'humour. Toujours maternelle même. Avec un sourire enjôleur, il ajoute "c'est très confortable même."

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Incarner des personnages variés

La journaliste souligne qu'il est l'un des rares acteurs à pouvoir jouer tous les rôles, de l'intellectuel au maçon, avec toujours la même justesse. Il lui répond qu'un acteur est "comme ce papier blanc sur lequel c'est très facile de mettre une couleur, de dessiner quelque chose et d'avoir une autre physionomie, une autre nature. Ce n'est pas extraordinaire. C'est notre avantage, notre limite." Son souhait : "continuer à travailler mais sans faire de projets exacts. Moi, j'aime laisser les choses arriver comme ça (…) sans hypothéquer le futur. C'est comme en amour, vous ne pouvez pas dire : oh je vais aimer cette femme-là ! Mais on continue à dire, un jour peut-être une femme merveilleuse arrivera. Et voilà ! Je suis prêt pour la recevoir. Et puis peut-être qu'elle n’arrivera jamais."

Quid de la reconnaissance ?

Concernant les récompenses, comme le prix d'interprétation reçu à Cannes, Mastroianni s'avère fataliste dans le sens positif du terme : "Ça m'a fait plaisir mais c'est quelque chose qui arrive, c'est normal. Non ? Pourquoi pas ? J'ai travaillé tellement d'années. C'est même normal qu'un jour arrive un prix non ? C'est comme dans la carrière de quelqu'un qui est employé, et puis un jour, il devient chef de bureau. C'est normal. C'est un beau jour mais pas tellement extraordinaire (…) La légion d'honneur ? On est convaincu de la mériter. Ça, c'est peut-être la limite. Et alors, on se dit, bien, mais pourquoi pas ? Avec humour, se reprochant d'avoir beaucoup parlé, il conclut tout sourire : "arrêtons-là madame !"

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Marcello Mastroianni au journal de 13h, en janvier 1971

Pour aller plus loin

Victoire du cinéma à Marcello Mastroianni. Interview de Marcello Mastroianni, récompensé par une Victoire du cinéma en tant que meilleur acteur étranger. Un prix décerné par le public français. (22 octobre 1961)

Florence Dartois

Rédaction Ina le 30/04/2020 à 18:33. Dernière mise à jour le 06/05/2020 à 14:05.
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