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Comment la radio fait sa révolution numérique avec le DAB+

Comment la radio fait sa révolution numérique avec le DAB+

Comme la télévision avec le passage à la TNT, la radio fait sa révolution. Depuis le 12 octobre, 30 % de la population française peut profiter d'une radio numérique, de haute qualité, gratuite et anonyme, via les ondes hertziennes terrestres. Pour comprendre cette révolution, Sylvie Kalinowski, responsable de formation de la filière Transmission/Diffusion de l'INA et experte du DAB+ répond à nos questions. Elle accompagne les professionnels de la radio, en particulier les diffuseurs, dans cette transition numérique.

Propos recueillis par Sylvie Lartigue - Publié le 08.11.2021
Crédits : Unsplash

Le 12 octobre 2021, Radio France annonçait sur ses antennes une révolution numérique pour la radio et ses auditeurs : le passage au DAB+. Désormais, 30 % des Français peuvent écouter leurs stations préférées en numérique, depuis leur véhicule ou leur poste de radio, gratuitement, sans interférence et avec un son de très bonne qualité. C’est l’équivalent du passage à la TNT. Cette révolution ne date pourtant pas d'hier et elle impacte toute la chaîne de diffusion.

Référente française du DAB+, Sylvie Kalinowski, responsable de la filière de formation Transmission/Diffusion de l'INA, nous explique les avantages et les transformations de cette révolution.

L'INA. - En quoi le DAB+ est une révolution numérique pour la radio et ses auditeurs ?

SYLVIE KALINOWSKI. - C'est une révolution parce que c'est la possibilité de diffuser des programmes radio en numérique, de très bonne qualité, à destination des auditeurs. C’est également la possibilité de proposer à l'auditeur qui se déplace en voiture à une certaine vitesse de pouvoir continuer à recevoir ses programmes sans être impacté par la qualité, par les défauts, par les dégradations sur le signal, comme il peut l'être quand il reçoit un programme en modulation de fréquence. Par exemple, il continue d’écouter Europe 1 quand il passe dans un tunnel ou à proximité de grandes tours comme les Mercuriales près de Paris. Aujourd'hui, grâce à la technologie DAB et maintenant DAB+, on peut gérer les échos et recevoir de manière tout à fait correcte et parfaite le signal, même dans des conditions de propagation très difficiles.

En France, en FM, il existe une disparité très importante dans la réception des radios. Certaines régions sont très bien desservies en termes de nombre de radios, comme par exemple Paris et toutes les grandes agglomérations où on y reçoit une cinquantaine de programmes. Parallèlement à cela, sur d’autres zones géographiques, le nombre de programmes reçus en radio est très faible. De plus, aujourd'hui, la bande FM est saturée dans les zones urbaines et frontalières, c'est-à-dire qu'il n'y a plus la possibilité de diffuser de nouvelles radios dans cette bande de fréquences. L’idée du DAB +, consiste à diffuser plus de radios, surtout dans les zones dans lesquelles peu de radios sont actuellement reçues, et d'homogénéiser la diffusion de la radio sur tout le territoire.

On peut également souligner une nouveauté apporté par le DAB+, l’apport de données associées aux programmes. Ces données sous forme de texte ou d’image s’affichent sur l’écran couleur du récepteur (si celui-ci en dispose) comme la pochette de l’album, le titre de la chanson, la photo de l’invité...

« L’idée du DAB +, consiste à diffuser plus de radios, surtout dans les zones dans lesquelles peu de radios sont actuellement reçues, et d'homogénéiser la diffusion de la radio sur tout le territoire. »

Les avantages du DAB+ pour les auditeurs

1. Un son de grande qualité.

2. Des informations visuelles (texte et/ou image) associées au programme sont affichées (le nom des artistes, la pochette d’un album, le logo de la radio, etc.).

3. C’est gratuit pour l’auditeur.

4. L’écoute est anonyme. Aucune donnée personnelle n'est ni reçue ni transmise.

5. Une bonne qualité en réception mobile, en voiture et dans les transports en commun, même à une vitesse élevée comme dans le TGV.

6. Pas d’interférence et de brouillage.

7. L’accès à un plus grand nombre de stations partout en France.

8. Mise en pause du programme d’écoute et reprise ultérieure de la lecture.

Quand est-ce qu’une majorité d'auditeurs pourra bénéficier de cette couverture en DAB+ ?

D'ici fin 2022, le DAB+ devrait être accessible à 50 % de la population métropolitaine. En trois ans seront couverts les grandes agglomérations et les principaux axes routiers. Et selon la zone couverte, les auditeurs pourront recevoir jusqu'à 65 radios. Tous les auditeurs qui habitent des régions frontalières, eux, pourront bénéficier de davantage de programmes puisqu'ils auront accès à ceux diffusés par les pays voisins. 

La carte du déploiement du DAB+ en France en 2023. Crédits : site dabplus.fr

Pour savoir si le DAB+ est accessible dans sa commune, il est possible de consulter ce site : https://www.annuaireradio.fr/

La carte du déploiement du DAB+ en France en 2023. Crédits : site dabplus.fr

Pour savoir si le DAB+ est accessible dans sa commune, il est possible de consulter ce site : https://www.annuaireradio.fr/

A terme, la FM sera-t-elle coupée ?

En France, on n'a pas du tout envisagé d'arrêter la diffusion FM analogique contrairement à d'autres pays qui l'ont déjà fait, comme la Norvège. La Suisse devrait réaliser ce qu'on appelle le switch off en décembre 2024.

Quel équipement faut-il pour en profiter ?

Il suffit de disposer d'un récepteur DAB+. 4 millions de véhicules sont d’ores-et-déjà équipés d'autoradios DAB+ car depuis décembre 2020, la loi impose aux constructeurs d’automobiles neuves de les équiper de ces récepteurs. Le premier enjeu du DAB+ est avant tout sur la mobilité. A partir du moment où la couverture a atteint 20 % du territoire, une loi a été votée pour obliger les fabricants à intégrer la puce dans les récepteurs.

Aujourd’hui les nouveaux postes de radio devraient être équipés de systèmes de réception DAB+. Pour en être sûrs, il suffit de vérifier si le logo DAB+ est affiché sur l’emballage ou la notice. Aujourd’hui, en 2021, nous sommes à 30 % de couverture de la population française.

Le DAB+ n’est-il pas concurrencé par les applications et l’accès aux radios par internet ?

Oui il existe d’autres solutions pour écouter la radio en numérique aujourd’hui. Mais elles ne sont ni gratuites, ni anonymes comme l’est le DAB+. En effet, le DAB+, est totalement gratuit car il n'y a absolument aucune condition d'abonnement. On n'est pas obligé de souscrire une offre auprès d’applications ou d’éditeurs. C'est comme en TNT. Il suffit juste de disposer d’un récepteur et c’est tout. L'autre avantage en DAB+, c'est l’anonymat, c'est-à-dire qu'on peut écouter ce que l'on veut où on veut sans que personne ne le sache.

Quels changements technologiques ont dû être nécessaires pour arriver au déploiement du 12 octobre ?

Avec l’arrivée du DAB+ et donc le passage au numérique, la chaîne de radiodiffusion complète connaît de nombreuses modifications au niveau des équipements techniques. Les signaux audio numériques en sortie des stations sont acheminés vers une tête de réseau qui réalise tout d’abord la réduction de débit des informations sonores. Cette réduction de débit est réalisée en DAB+ à l’aide de la norme MPEG 4 HE-AAC v2. La tête de réseau va également agréger ou encore multiplexer toutes les radios. Une fois l’opération de multiplexage réalisée, à raison d'un regroupement de 13 radios par multiplex, on peut ensuite acheminer le signal jusqu'à l'émetteur. La diffusion du signal vers tous les auditeurs est réalisée à l’aide de nouveaux émetteurs numériques DAB+ utilisant une modulation numérique multiporteuse robuste et efficace vis-à-vis des échos.

La radio numérique terrestre est diffusée en France depuis 2014 sur de nombreuses grandes villes. Mais la date du 12 octobre 2021 marque un tournant. En effet, à cette date ont été lancés deux multiplex métropolitains permettant la diffusion de 25 programmes nationaux sur l’axe routier qui s’étend de Paris jusqu’à Marseille, en passant par Lyon.

Quel a été votre rôle dans cette aventure ?

Depuis de nombreuses années, je réalise des formations, de l’acculturation au perfectionnement, pour les acteurs du DAB+ comme les fournisseurs de services (Radio France, NRJ…), les diffuseurs (towerCast), et les équipementiers (Rohde & Schwarz).

J’ai suivi dès ses débuts l’aventure de la Radio Numérique Terrestre avec le projet Euréka 147 qui a donné naissance au premier système, le DAB. Et j’y suis toujours fortement impliquée depuis l’arrivée du DAB+, aujourd’hui utilisé.

Lorsque le WorldDab s’est tenu à Paris en novembre 2017, j’étais présente. C’était un moment crucial, car la France qui accueillait devait faire des annonces fortes face à ses partenaires mondiaux.

Le passage au DAB+ est un gain financier pour les radios ?

Oui, les radios réalisent une économie sur les coûts de diffusion, puisque sur une fréquence en analogique, on émet une seule radio tandis qu’en numérique DAB+, on diffuse 13 radios. Les coûts de diffusion se trouvent donc répartis entre les différentes radios se partageant la même fréquence. Mais tant que la diffusion FM analogique perdure, le gain n’est pas encore là pour les radios devant supporter les coûts de la double diffusion. A terme, il faudrait l’abandonner et pour cela atteindre un niveau d’équipement des auditeurs suffisant, ce qui n’est pas encore le cas.

La crise des semi-conducteurs a-t-elle un impact sur le déploiement ?

Effectivement, les constructeurs ont des soucis pour équiper les véhicules de récepteurs DAB+, en raison des problèmes de disponibilité des composants.

Le DAB+ est-il compatible avec l’urgence climatique ?

Les équipementiers essaient de fabriquer aujourd'hui des émetteurs et récepteurs qui consomment le moins possible d’énergie. Les fabricants se penchent sur cette question qui est cruciale et qui fait partie des débats depuis déjà plus de 5 ans. Cependant, malgré les efforts, il faut garder à l’esprit que la consommation d’électricité des émetteurs restera toujours importante car liée à la grandeur des zones de couverture à desservir.