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Jean-Marie Le Pen en 2005 : «En France, l'occupation allemande n'a pas été particulièrement inhumaine»

Jean-Marie Le Pen en 2005 : «En France, l'occupation allemande n'a pas été particulièrement inhumaine»

En 2005, dans une interview au journal d'extrême-droite «Rivarol» le président fondateur du Front national Jean-Marie Le Pen comparait les victimes de l'Occupation allemande à de simples « bavures ».

Par Romane Laignel Sauvage - Publié le 21.02.2024
Nouveau dérapage de Jean Marie Le Pen - 2005 - 02:42 - vidéo
 

L'ACTU.

Marine Le Pen, présidente du groupe Rassemblement national (RN) à l'Assemblée nationale, a confirmé sa présence à la cérémonie de panthéonisation du résistant Missak Manouchian mercredi 21 février. Dans une interview au journal L'Humanité, le Président de la République avait estimé que les forces de l’extrême droite « seraient inspirées de ne pas être présentes ». Et d'arguer : « L’esprit de décence, le rapport à l’histoire devraient les conduire à faire un choix ».

Et le président du comité pour l’entrée au Panthéon de Missak Manouchian, Jean-Pierre Sakoun, d'adresser à Marine Le Pen la question suivante tout en actant sa présence : « Êtes-vous en quoi que ce soit les héritiers d’un parti fondé par des nazis et des collaborationnistes ? La réponse ne peut pas être "peut-être". C'est oui ou non. »

Le RN, issu du Front national, a notamment été fondé par le père de Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen, lequel a été condamné à trois reprises pour négationnisme et est habitué des provocations sur l'Occupation ou la Shoah. Exemple en 2005.

LES ARCHIVES.

« Jean-Marie Le Pen persiste et signe, il assume ses propos sur la Seconde Guerre mondiale ». Janvier 2005. En plein débat sur une Constitution pour l'Europe et à quelque mois d'un référendum sur le sujet, le président du Front national donnait un interview à l'hebdomadaire d'extrême-droite Rivarol et y déclarait : « En France du moins, l'Occupation allemande n'a pas été particulièrement inhumaine même s'il y eut des bavures dans un pays de 550 000 kilomètres carrés ».

Dans ces propos que l'archive en tête d'article rapporte, il poursuivait : « Quand on la compare a l'occupation d'un certain nombre d’autres pays européen, il faut reconnaitre que nous avons (...) moins souffert que d'autres pays comme la Hollande, la Belgique ».

Et ajoutait que, sur Oradour-sur-Glane,« il y aurait beaucoup à dire ». Une référence à une thèse révisionniste affirmant que, expliquait la journaliste de France 2, « ce sont des explosifs dissimulés dans l'église par les Résistants qui auraient fait périr le 10 juin 1944 près de 650 civils et non l'armée allemande. »

Une réinterprétation de l'histoire

Le nombre de victimes de l'Occupation allemande n'a en réalité rien d'anecdotique. Selon l'historien spécialiste de la déportation de répression sous l'Occupation, Thomas Fontaine, dans une note en 2009 : « Au total, de 1940 à 1945, au moins 116 000 personnes sont mortes fusillées, massacrées ou après avoir été déportées en dehors de France à la suite des politiques de persécution et de répression menées en zone Nord et en zone Sud. »

Comme le rappelait notre archive, Jean-Marie Le Pen n'en était pas « à sa première réinterprétation de l'histoire ». En 1987, déjà, il avait déclaré : « Je ne dis pas que les chambres à gaz n'ont pas existé. (...) Mais je crois que c'est un point de détail de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale ».

Interrogé par France 2 en 2005, Dominique Reynié de l'Observatoire interrégional du politique voyait dans ces provocations une stratégie politique du partisan du « Non » au référendum sur une Constitution européenne : « C'est savamment calculé (...) pour une interview qui a été donnée à la presse écrite, ce n'est pas à la télé ni à la radio, il n'y a pas de lapsus, c'est très contrôlé, il a pu relire (...). Cela relève d'une stratégie, indiscutablement. » Une « technique qui lui a toujours rapporté des voix », concluait la journaliste.

Pour ces propos dans Rivarol, le dirigeant du Front national a été condamné pour contestation de crime contre l'humanité à trois mois de prison avec sursis et 10 000 euros d'amende.

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