La permaculture est modèle d'agriculture naturelle inspirée dans les années 70 par le Japonais Masanobu Fukuoka (1913-2008). Cette une méthode de culture systémique et globale a été théorisée ensuite par les Australiens Bill Mollison (biologiste) et David Holmgren (essayiste). En s'inspirant de l'écologie naturelle (biomimétisme ou écomimétisme), ses principes, respectueux des écosystèmes sont simples : chaque plante, insecte ou animal interagit dans un cercle vertueux. Depuis les années 2000, elle connait un essor important en France.

Reportage à la ferme biologique du Bec Hellouin en Normandie, 2014

Charles Hervé Gruyer, le propriétaire nous explique les principes de la permaculture  : "On cherche à tirer profit des services que la nature nous rend. On appelle ça les services éco-systémiques. En favorisant la vie du sol, on a de plus en plus de bactéries, de champignons, de vers de terre etc. qui travaillent gratuitement pour nous!"
Cette méthode s’inspire des milieux naturels et recherche une production optimum dans la durée, économe en énergie et en eau, et respectueuse du vivant, des sols et de ses occupants. D'après Perrine, son épouse ce serait un jeu d'enfant :
"La culture étagée, là encore c'est du bon sens, c'est comment sur un tout petit espace gagner un maximum de place. Eh bien en faisant monter les végétaux qui peuvent supporter le fait d'être tutorés. On joue vraiment avec l'ensoleillement, le positionnement, la verticalité et tout ça c'est passionnant parce que c'est un jeu. C'est comme jouer aux légos. Ou est-ce qu'on met ça et ça ?"

L'homme auxiliaire d'une nature autonome et intelligente

Pour Xavier Mathias, agriculteur-permacuteur de Sologne, la permaculture est une symbiose entre la plante, l'animal et l'homme qui n'apporte finalement qu'un soutien logistique à une nature intelligente et autonome. 

 "Les feuilles de salades si on les met au compost c'est pas mal effectivement car on ne va pas les mettre à la poubelle. Mais si vous avez des poules et que vous donnez des feuilles de salades aux poules vous récupérez les œufs et de l'azote. Tout est logique. C'est pas moi qui l'ait inventé on est vraiment sur les bases de la permaculture. Mais il y a un côté cercle vertueux rationnel. On retombe toujours sur nos pattes"

Rien ne se perd... tout se transforme !

Tout est recyclé et aucun fertilisant ou pesticide n'est utilisé. En permaculture, il est tout à fait possible de cultiver des espèces diversifiées dans un espace restreint. On pourrait pratiquer la permaculture sur un balcon, dans des caisses ! Petite surface et rendement maximal. 

Teddy Perez, maraicher à la ferme biologique du Bec Hellouin nous explique comment!  

"Par exemple sur ce petit carré là, je vais le préparer qu'une seule fois et je vais pouvoir y implanter deux à trois cultures en même temps. Quand on désherbera, on désherbera pour trois cultures. Quand on irriguera, on irriguera pour trois cultures. C'est vraiment la recherche de cette optimisation qui nous permet d'être concurrentiels par rapport à d'autres maraîchers".

Rêve de nature...

Depuis les années 2000, cette méthode séduit de plus en plus de Français, notamment les citadins qui abandonnent le béton pour la nature. C'est le cas de Nicolas qui s'est installé dans le Morvan en 2005.

Des principes en permaculture, il y en a à la pelle, Nicolas s'inspire largement de cette science : "Là, il y a du poirier nain, des aubépines. Je plante pas mal d'aubépine sur les buttes car on peut greffer 10 fois des arbres fruitiers dessus et ça fait du nanisme, donc des poires naines. L'aubépine elle, a un enracinement très sympa. Elle ne concurrence pas les autres espèces. Elle serpente jusqu'à temps de trouver sa place. On peut la planter à côté de tous les arbres. Même des légumes. Au final, ça fait un potager où on mange des fruits, des légumes, des baies, des plantes sauvages. Avec le minimum d'entretien."

C'est aussi un amoureux des vers de terre, ces précieux auxiliaires qui garantissent une terre en bonne santé...
"C'est rempli de vers. Un ver qui ne vit pas dans la terre mais que dans les matières organiques, ça grouille. C'est une espèce qui peut vivre en très haute densité qui mange son propre poids par jour. Du coup, ils font une espèce de poudre qui retient trois fois plus d'eau que la tourbe, la meilleure terre qui soit."

Sans engrais mais avec du compost...

Une nature renforcée par l'homme, autonome et généreuse, sans la plus petite once d'engrais chimique ou de pesticide.
Voici l'initiative d'une famille hollandaise qui s'est installée au château de Padiès dans le Tarn. Leur jardin est cultivé dans les principes de la permaculture. Un système où l'homme laisse une nature intelligente travailler seule, dans un cycle autosuffisant. Olivier, le fils de la famille fait la visite du jardin.

"On utilise le système de permaculture, c’est-à-dire qu'on travaille très peu la terre. On n'utilise pas de pesticide, d'engrais, d'herbicide. On laisse faire, quoi. On couvre, puis c'est les couches qui font l'humus comme dans les bois et c'est une terre qui est super riche, noire, légère".

Ces jardins aux allures de friches fournissent pourtant un rendement régulier, à condition de ne pas oublier le paillage du sol, un autre incontournable de la permaculture, dont Linda Bedouet, maraîchère à Bouquetot dans l'Eure nous explique l'utilité.

"C'est l'agriculture permanente. C'est une notion d'agriculture qui dure dans le temps et notamment avec cette importance d'avoir toujours un sol paillé. La couverture, c'est la protection pour la terre et pour la culture qui permet de réduire l'érosion du vent par exemple, que l'eau ruisselle moins vite aussi".

Un engouement en plein boum !

La permaculture connait un véritable boum et de nombreux stages accueillent les amoureux de la nature partout en France. Comme ici, à la ferme du Bouchote dans le Loir-et-Cher. Ce jour-là des jeunes femmes de banlieue se réappropriaient la terre avec étonnement et facilité. Parmi elles, Laura qui s'avoue bluffée…

"Qu'est-ce qui t'a le plus impressionné pendant ces 4 jours ? (Laura :) Heuuuuu… Comment ils font avec aussi peu ! Ils font pleins de choses avec peu de choses. En fait, j'ai appris pleins de trucs mais avec rien" ! Des expériences simples qu'elles pourront appliquer en ville.
Parmi les stagiaires, ils sont nombreux à retrouver ou à se découvrir une âme de paysan... A la Micro-ferme au château de la Bourdaisière à Montlouis-sur-Loire, même engouement.

 "Il se trouve que j'ai la possibilité d'avoir 300m2 de jardin à Aubervilliers. Il y avait ça, j'avais envie de savoir comment ça fonctionnait. J'ai commencé à lire des choses mais tout ça est très nouveau en fait. C'est vraiment une découverte, une initiation".
Les grands gagnants du développement seront sans doute les consommateurs. De grands chefs offrent déjà la possibilité de savourer ces fruits et légumes aux saveurs incomparables. Pour Antonin Bonnet, ce chef parisien, c'est une évidence : la qualité de l'aliment dépend de la qualité du sol.

Pour aller plus loin

Le site de Marjolaine

L'agriculture biologique, émission de 1977.

Notre poison quotidien de Marie Monique Robin, 2011

Demain la Terre. Série de 6 émissions radio présentées par Mira Robin sur l'écologie et le développement. Dans chacune des émissions est mis en avant un thème sur lequel des spécialistes interviennent : la croissance, la croissance de la population, l'énergie nucléaire, l'agriculture et l'utopie... 1974.

Mettons-nous au vert (article)

Le bien-être : bien manger (article)

Les graines de la discorde (article)

Jardiner autrement (article)

Vivre bio (article)

Rédaction Ina le 08/03/2018 à 18:25. Dernière mise à jour le 08/03/2018 à 18:43.
Economie et société