Le lancement du nucléaire civil en France en 1974

Redaction Ina le 27/02/2014 à 18:30. Dernière mise à jour le 22/09/2017 à 12:11.
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Politique nucléaire

Cet hiver, pour cause de maintenance de plusieurs réacteurs nucléaires, la France risque de se trouver privée d'électricité au moment des pics de froid. En 1974, la France, entièrement tributaire de l’or noir au niveau énergétique décidait de se doter d’une industrie nucléaire civile. Retour sur ce choix du "tout nucléaire", présenté à l'époque comme propre et économique en matière d'énergie.

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En 1974, le choc pétrolier provoqué par la guerre du Kippour de fin 1973 ébranlait les économies mondiales. La France, entièrement tributaire de l’or noir au niveau énergétique décidait de se doter d’une industrie nucléaire civile. Retour sur ce choix du "tout nucléaire", présenté à l'époque comme propre et économique en matière d'énergie.

La France nucléaire

La peur d’une pénurie de pétrole relance la course à l’atome timidement engagée au début des années 50 par le Général de Gaulle : création du centre de retraitement du plutonium de Marcoule,  du Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) à Saclay, construction de six centrales (sites du Buget, de Saint Laurent et de Chinon).

Début de l’ère atomique

En 1958, le général de Gaulle découvre les installations de Marcoule et s’extasie devant la pile G2.

Visite de de Gaulle à Marcoule

« Avoine EDF1 », près de Chinon, est la première centrale à sortir de terre et à prendre le relais des usines hydroélectriques.

Avoine, 1961

En 1966, le petit bourg de Pierrelatte se transforme en une ville de 20 000 habitants, dynamisée par le premier centre d’Europe de séparation des isotopes de l’uranium. Elle fournira de l’uranium 235 presque pur. Georges Pompidou visite les installations en 1966.

Georges Pompidou visite Cadarrache et Pierrelatte

Étonnamment, l’atome devient un concurrent potentiel du pétrole et fait chuter ses prix de moitié. Le nucléaire moins compétitif est mis de côté pour quelques temps.

L’état du nucléaire en 1973

Le choix du tout nucléaire

Le choc pétrolier qui suit la guerre du Kippour d’octobre 1973 change la donne, il met en évidence la dépendance énergétique de la France à l’égard des pays producteurs de pétrole.

Pierre Messmer à propos de la crise pétrolière, novembre 1973

Fin 73, le gouvernement lance une grande politique énergétique basée sur trois axes : les économies d’énergies, la question des transports et l’indépendance énergétique.

Le pari est d’importance : assurer l’approvisionnement national par un programme nucléaire à grande échelle. Pierre Messmer, le nouveau chef du gouvernement présente ce projet.

La question énergétique, mars 1974

Treize centrales nucléaires doivent être construites dans les deux années qui suivent et achevées au début des années 80. Braud-Saint Louis est la première du plan à sortir de terre.

Braud Saint Louis, juin 1974

Le coût total de ce plan : 13 milliards de Francs.

La liste des centrales à construire, mars 1974

Une usine de retraitement de l’Uranium dont la France gère 10% des gisements mondiaux est également lancée : Eurodif  

 Eurodiff, usine pour le retraitement de l’uranium, novembre 1973 

On compte aussi sur la technique des supers générateurs qui théoriquement résoudraient tous les problèmes de rendements et d’approvisionnement.

Super-générateur de Marcoule, 1977

Outre le financement conséquent (un milliard par centrale), l’effort demandé est à la limite des possibilités de l’industrie nucléaire.

Les centrales lancées en 1974

Playlist des 13 nouvelles centrales

L'opposition s'organise

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Le débat s’installe immédiatement : la nécessité du développement énergétique et industriel s’oppose au spectre de l’atome. En juin 1977, Valéry Giscard d'Estaing se rend à Pierrelatte pour rappeler pourquoi le pays fait ce choix du tout nucléaire. Son slogan « indépendance, sécurité et responsabilité ». Il répond également à la demande de François Mitterrand de consulter le peuple par référendum et minimise le « danger relatif » de cette technique nouvelle.

Valéry Giscard d'Estaing à Pierrelatte, 1977

Les mécontents se recrutent dans les territoires ruraux choisis pour l’implantation des centrales et chez les agriculteurs spoliés de leurs terres.

La population s’interroge à Port la Nouvelle, 1974

A Fessenheim, les opposants envisagent des formes d’actions non violentes contre la démence du programme nucléaire

Fessenheim, mai 1975

Les populations locales craignent pour leur santé. René Dumont est l’un des premiers à dénoncer les dangers du nucléaire et de la toxicité des déchets radioactifs.

René Dumont, mars 1974

Des comités anti-nucléaires s’organisent et manifestent leur désaccord.

Manifestation de Braud, mai 1975

En 1977, les opposants se regroupent à Creys-Malville, les débordements font une victime.

Heurts de Creys-Malville, 1977

Cette levée de boucliers n’infléchit pas pour autant le discours officiel : l’atome est le sésame de l’indépendance énergétique française, les retombées économiques seront bénéfiques localement, enfin, les emplois seront pérennes.  Jacques Monod, délégué à l'aménagement du territoire s’y engage en mars 1975 en visitant les sites de Tricastin et de Pierrelatte.  

Jacques Monod, 1975

En 1979, la centrale Bugey est opérationnelle, un Français sur dix s’éclaire et se chauffe grâce à Bugey. Plus rien n’arrêtera le développement des centrales nucléaires en France.

Bugey mise en service, décembre 1979

Pour aller plus loin

1974 : lancement du nucléaire civil, 1974. Le choc pétrolier provoqué par la guerre du Kippour de fin 1973 ébranle les économies mondiales. La France, entièrement tributaire de l’or noir au niveau énergétique décide de se doter d’une industrie nucléaire civile. Retour sur ce tournant politique d’envergure.

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Le site d’enfouissement de déchets radioactifs de Bure (article)