Interview Philippe Sollers sur le cinéma érotique - Vidéo Ina.fr

Interview Philippe Sollers sur le cinéma érotique

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Interview Philippe Sollers sur le cinéma érotique

video 05 avril 1990 2222 vues 11min 06s

andré Halimi : "Philippe Sollers, quelle est votre définition de l'érotisme au cinéma ?" je parlais d'érotisme au cinéma, parce qu'il me semble que l'érotisme est DEJA du cinéma; quand deux personnes s'engagent dans une relation érotique c'est comme s'ils étaient en train de tourner un film.......l'érotisme est toujours lié à une représentation préalable, à une sorte de ritualisation des rapports, qui est que c'est déjà un théatre, c'est déjà du cinéma, alors quand ça se produit dans les films, en général c'est assez médiocre, parce que soit il y a une censure qui intervient assez vite, à quelques rares exceptions près, l'empire des sens par exemple est un film sublime, soit y'a une censure ...et on sent bien que le film ne va pas montrer tout et va se dérober au moment où on va montrer l'acte sexuel par exemple......ou alors ça devient trop pornographique, c'est à dire les organes envahissent l'écran .....et le texte qui intervient là est toujours bête et stéréotypé, il n'y a pas de contact entre la parole et l'image; or l'érotisme justement, c'est tout ce qui se passe entre ce qui est dit, ce qui est fait, ce qui est exhibé, et ce qui peut provoquer une invention de langage....... l'érotimse vous le trouverez davantage dans ce qui permet de la subjectivité, de la charge émotive.... dans la situation du marché mondial, où on est arrivé à cet espèce de pseudo liberalisme, de pseudo exhibition, où il serait permis de tout montrer mais où en réalité la censure progresse par ailleurs, l'érotisme sera obligé d'être de plus en plus clandestin, .... de se refuser même à se montrer; c'est paradoxal, il faut pratiquement se refuser à des mises en scène érotiques pour continuer l'érotisme; l'érotisme c'est le cinéma intérieur des être humains, le plus caché, et celui probablement qui touche le plus leur vérité profonde......""je crois que les films érotiques sont faits contre l'érotisme; c'est une accroche, une utilisation soit industrielle, soit stereotypée, de ce qui se passe de trouble, d'inavouable, de dégoutant mais de délicieux, dans une relation réellement érotique... qu'il est très difficile de montrer, de filmer, puisqu'elle touche au trouble intérieur intense, à la jouissance même de l'individu; donc l'introduction d'une camera dans une relation érotique, sauf des gens qui ont des systèmes nerveux extremement évolués, et encore, on sait bien que ce n'est pas possible; l'érotisme se joue dans la vie, il peut très difficilement se jouer au théatre ou au cinéma......" Question : "si vous deviez faire un film érotique, qu'est-ce qu'on verrait à l'image ?"" on verrait probablement peu de scènes organiques, on entendrait beaucoup d choses, je passerais par la bande-son, par la verbalisation; je ferais exactement le contraire d'un film pornographique habituel, où vous avez une présentation massive d'organe....etc .....avec le texte qui est toujours stéréotypé.....la bande-son est misérable, la petite histoire est d'une connerie en générale totale......j'essaierais de montrer des gens qui sont en train de jouir, peut-être en faisant pas grand chose, en se parlant......ça pourrait être d'un vice consommé...."question : "comme dans le film quand harry rencontre sally, où elle simule un orgasme à table ?"vous savez, l'érotisme lui-même est simulation; on peut se demander si la sexualité, dans son ensemble, n'est pas une vaste affaire de simulation ...les femmes en savent beaucoup plus que les hommes dans ce domaine, elles savent très bien que la simulation est le fond des choses..dans cette affaire..la plupart du temps....la croyance à la vérité des femmes dans l'érotisme est une niaiserie complète... en vérité, il faudrait montrer de la simulation simulée, c'est à dire montrer comment on simule...là, ça deviendrait probablement intéressant...(sourires) "question :" cette séparation qu'on fait entre érotisme et pornographie, ça vous parait de bonne foi ?"Sollers : "ça me parait évidemment de mauvaise foi, car tout peut être traité de pornographique à partir du moment où le censeur montre ses exigences.....ainsi les liaisons dangereuses, qui n'a pas une grande pornographique, paraitra pornographique à téhéran ou à Pékin; c'est une distinction qu'il faut évacuer parce que la pornographie se fait sous le label d'une très mauvaise qualité de discours . .....de dialogue, d'histoire ... tout dépends de la façon dont c'est raconté.... l'introduction de la pornographie dans un discours élaboré pourrait là être vraiment subversif; l'éthique de Spinoza montée avec de la pornographie serait probabement impossible à voir....."

Production

producteur ou co-producteur

Editing Productions

Générique

réalisateur

André Halimi

participant

Philippe Sollers

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