Le réalisateur américain Joël Schumacher est mort en début de semaine, il avait 80 ans. En 1989, il adaptait la version américaine, et très édulcorée, du film français de Jean-Charles Tacchella, Cousin, cousine. Il expliquait ce choix.

Le 2 septembre 1989, le journal de 20h00 de France 2 consacrait un sujet au remake du long métrage français Cousin cousine tourné en 1975. Un film qui traitait de l'adultère, avec Marie-Christine Barrault, Victor Lanoux et Guy Marchand. Adulé en Amérique et nommé trois fois aux Oscars à sa sortie, il faudra attendre 14 ans pour que Joël Schumacher ne l'adapte au goût du public américain. Avec une nécessité : "édulcorer" le propos.

Pour le réalisateur, A touch of infidelity (Cousins en France), c'est un hommage de plus rendu à l'original, avec un bémol cependant "si le film français n'avait pas été diffusé et tourné, je ne pense pas que cette histoire aurait pu être écrite par un scénariste américain. Ce n'est pas le genre de film que nous produisons habituellement".

"Nous avons des principes très puritains ici"

Un film adulé mais qu'il fallait donc "assagir" et rendre "plus moral pour qu'il puisse traverser l'Atlantique et séduire le public américain", comme le souligne avec réalisme le cinéaste, "dans le film original, l'adultère fait partie chaque jour de la vie de tout le monde. A la fin, les deux amants montent au lit en présence de la famille entière, le jour de Noël ! Ça n'est pas le genre de chose que l'on peut faire aux USA !" Il fronce les sourcils et ajoute presque dépité, "je veux dire, ça serait difficile à montrer ça dans un film aux Etats-Unis parce que le public ne pourrait pas l'accepter. Nous avons des principes très puritains ici", il ajoute comme pour se justifier, "vous savez, nous avons peut-être plus d'adultère ici qu'en France, simplement nous ne considérons pas que ce soit un mode de vie acceptable. Ce qui fait que dans le film, les gens sont contraints d'y faire face comme un problème réel".

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Dans le rôle-titre, jugé périlleux, le réalisateur a choisi l'actrice Isabella Rossellini, "la seule actrice capable à ses yeux de remplacer Marie-Christine Barrault".

La fille d'Ingrid Bergman déclare, "ce qui m'a plu d'abord, c'était le scénario. Je trouvais que l'histoire était drôle, chaleureuse et puis j'éprouvais vraiment de la sympathie pour le personnage que j'avais à jouer. Elle ajoute, "en fait, j'aimais déjà beaucoup la version originale".

Pour conclure, la journaliste précisait que ces remakes américains de films à succès français ne fonctionnaient pas beaucoup en salles dans l'hexagone, à l'image de Trois hommes et un bébé (remake de Trois hommes et un couffin), ou celui des Fugitifs de Francis Veber, qui ne devait même pas sortir en France. Elle s'interrogeait sur l'accueil de ces "cousins d'Amérique"

Et en effet, en France, le film ne fera que 53 994 entrées, c'est le troisième plus mauvais score au box-office du réalisateur pour les entrées en France (avec Tigerland en 2001 (33261) et Veronica Guerin en 2003 (32 895).

Pour aller plus loin

Le Journal Provence-Alpes-Côte d'Azur-Corse : le film reçoit le prix Delluc du meilleur film français. Interview du réalisateur, Marie-Christine Barrault et de Ginette Garcin qui joue sa mère. (1976)

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Rédaction Ina le 24/06/2020 à 12:30. Dernière mise à jour le 24/06/2020 à 12:41.
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