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Une visite du 5 bis rue de Verneuil en compagnie de Serge Gainsbourg

Une visite du 5 bis rue de Verneuil en compagnie de Serge Gainsbourg

C'est officiel ! Début 2022, la maison parisienne de Serge Gainsbourg va devenir le Musée de Gainsbourg. En attendant, nous vous proposons une visite en compagnie du maître des lieux en personne.

 

Par Florence Dartois - Publié le 31.08.2021 - Mis à jour le 31.08.2021

Une visite du 5 bis rue de Verneuil en compagnie de Serge Gainsbourg

C'est officiel ! Début 2022, la maison parisienne de Serge Gainsbourg va devenir le Musée de Gainsbourg. En attendant, nous vous proposons une visite en compagnie du maître des lieux en personne.

 

Par Florence Dartois - Publié le 31.08.2021 - Mis à jour le 31.08.2021
 

En mars 2021, à l'occasion des 30 ans du décès de son père, Charlotte Gainsbourg annonçait sur son compte Instagram l'ouverture d'un musée dans le légendaire hôtel particulier de l'artiste. Le projet avance et un compte Instagram dédié au futur musée vient d'annoncer la bonne nouvelle : le musée ouvrira début 2022 : "Le légendaire 5 bis rue de Verneuil, est accompagné d’un musée, d’une librairie-boutique et du Gainsbarre : un espace hybride qui accueille un café en journée et un piano-bar de nuit."

 

Recouverte de nombreux graffitis, la façade de la rue de Verneuil était l'une des plus célèbres du 7e arrondissement de Paris. Le chanteur a vécu dans cette demeure de 1968 jusqu’à sa mort en 1991. Ce refuge, il le préservait pour lui et sa famille. Pourtant, en avril 1979 pour l'émission "L'invité du jeudi", l'artiste organisait une visite privée de son hôtel particulier à destination des téléspectateurs. L'archive en tête d'article nous plonge donc dans l'intimité de Serge Gainsbourg, une visite qui débute par un passage dans son vaste salon aux murs peints en noir regorgeant d'objets hétéroclites, autant de trésors que l'on pourra sans doute retrouver dans le musée.

"Un désordre apparent où tout est organisé selon des rythmiques particulières"

"Ici c'est chez moi, je ne sais pas ce que c'est : un sitting-room ? Une salle de musique ? Un bordel ? Un musée ?" Deux pianos trônent dans la pièce, Serge Gainsbourg précise qu'il s'agit de pianos, "électrique et classique d'où sortent toutes mes chansons, celles qui m'ont données une certaine notoriété".

Sur la table basse en verre trônent des objets variés, reliquats de ses études d'architecture et de peinture, un joyeux bric-à-brac pas si désorganisé que ça : "C'est un désordre apparent mais tout est organisé selon des rythmiques particulières, des diagonales, des courbes. Jamais de parallèles, c'est impossible." L'artiste saisit un objet étrange déclarant avec emphase que "c'est un manche de parapluie de veuve, très rare". Plus loin, il y a un "Felix le chat trouvé à Los Angeles" acheté par Jane. L'environnement sombre est ponctué de lignes d'acier et de quelques "taches de sang", à l'image de ce petit automate, un "petit singe musicien" jouant du tambour après avoir été remonté. Il tourne sur lui-même et Gainsbourg amusé lui ordonne comme il le ferait avec un être de chair de faire "face caméra mon cher !"

Son havre de paix : Charlotte et les filles

Depuis 1969, l'artiste partage sa vie avec Jane Birkin, sa fille Kate, née d'un premier mariage et Charlotte, leur fille commune. Des rires fusent, toutes trois s'amusent en contemplant d'anciennes photos de famille. En commentaire off, Serge Gainsbourg précise qu'elles sont "la touche jeunesse" de sa maison. Il ajoute que Jane "est une mère très maternelle mais très copine aussi… et moi j'interviens pour gueuler", ajoutant comme pour se dédouaner : "Mais quand je suis un peu pété, je fais le clown, je les amuse beaucoup. C'est le côté secret que l'on ne connait pas de moi, le clown. Je fais des pitreries, des grimaces, je mets du rouge à lèvres, j'amuse les enfants". Tout en précisant qu'à table, il souhaite qu'elles se tiennent bien "très ancienne école comme quand j'étais petit".

Plus tard, Gainsbourg hèle un taxi dans la rue pour Jane qui part à Madrid négocier un contrat avec un producteur. "Là, elle se tire", une chose rare puisqu'il confie qu'en dix ans, ils ne se sont quittés que 10 jours. Tendrement, en l'embrassant, il lui susurre une multitude de "merde" porte-bonheurs à l'oreille.  Serge Gainsbourg s'occupera des filles en son absence, il les emmènera au restaurant où Charlotte réclamera "des trucs qui sont roses…"

La bibliothèque : lieu d'inspiration

Le reportage se poursuit au premier étage, dans la bibliothèque, où il écrit entouré de livres. Il a posé son texte manuscrit sur ses genoux et rédige quelques lignes au stylo. Puis il évoque ses livres préférés : "A rebours" de Huysmans, l'histoire du surréalisme, Daniel Defoe, Benjamin Constant et des poètes comme "Rimbaud bien-sûr, Baudelaire" et plus surprenant "des traités de pathologie médicale parce que mon héros est un malade". (Il s'agit du héros du roman "Evguénie Sokolov" qu'il qualifiera de "conte parabolique", paru chez Gallimard en 1980).

Retour dans son salon encombré et passage devant une grande statue de l'Homme à la tête de Chou, "moitié légume, moitié mec" précise-t-il en référence aux paroles de sa chanson. Il dévoile d'ailleurs que c'est cette sculpture de l'artiste Claude Lalanne (1925-2019) qui lui inspira son disque éponyme. Plus loin, près de la platine, se trouve son dernier disque à sortir, "la fameuse Marseillaise" signale-t-il (en reggae "Aux armes et cætera"). Le reportage s'achève au piano, sur "deux harmonies : do majeur, sol…", le refrain de la célèbre Marseillaise "qu'il écoutera à saturation, puis plus jamais…".

Cette ambiance quasi mystique et ces objets désormais iconiques seront à retrouver dès le début de l'année 2022. Une visite à réserver dès cet automne car les aficionados de l'artistes devraient être nombreux, après 30 ans d'attente, à vouloir réaliser leur rêve, celui de franchir le seuil de l'hôtel particulier de la rue de Verneuil et de marcher dans les traces de l'un des plus grands auteurs-compositeurs de chansons du 20e siècle et de partager avec lui, qui sait, un moment d'intimité hors du temps.

L'hôtel particulier de Serge Gainsbourg, rue de Verneuil (Crédit : Martin Bureau / AFP)

L'hôtel particulier de Serge Gainsbourg, rue de Verneuil (Crédit : Martin Bureau / AFP)

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