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18 septembre 1982 : le monde découvre le massacre de Sabra et Chatila

18 septembre 1982 : le monde découvre le massacre de Sabra et Chatila

Il y a 40 ans, du 16 au 18 septembre 1982, des centaines de réfugiés palestiniens au moins ont été massacrés dans les camps de Sabra et Chatila, à Beyrouth. Dans les journaux télévisés français, les images dures des corps entassés sont diffusées et les journalistes recherchent les responsables.

Par la rédaction de l'INA - Publié le 16.09.2022
 

Entre le 16 et 18 septembre 1982, en pleine guerre civile libanaise (1975-1990), les milices chrétiennes des Phalangistes libanais sont entrés dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila à Beyrouth pour s'attaquer à la population. Le bilan sera lourd : au moins des centaines de civils seront tués, sous les yeux de l’armée israélienne qui occupait alors la ville.

La présence de réfugiés palestiniens à Beyrouth s’inscrit dans le long conflit israélo-arabe. En 1982, l’armée israélienne a envahi le Liban dans l’espoir d’en chasser l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), dans une opération nommée Paix en Galilée. Au cours de l'été de cette année-là, l'OLP est contrainte de quitter le Liban. Un nouveau Président est élu dans le pays le 23 août : Bachir Gemayel, chef d'une milice chrétienne. Il est assassiné quelques jours plus tard, le 14 septembre. Pour garder l’ordre, les forces israéliennes entrent alors dans Beyrouth-Ouest, avec des Phalangistes chrétiens et des soldats des forces libanaises, proches du président assassiné. L’opération dans les camps de Sabra et Chatila avait pour objectif de retrouver les derniers combattants palestiniens présents. C’est dans ces camps qu'un terrible massacre va se produire pendant trois jours.

Ce n’est que le 18 septembre que la nouvelle est annoncée dans les journaux télévisés français, par, dans un premier temps, un constat des atrocités. « Et puis cet épouvantable massacre dont l’horreur grandissait de minutes en minutes à mesure que nous recevions les dépêches il y a quelques heures, des dizaines, sans doute même des centaines d’assassinats d’hommes, de femmes et d’enfants dans deux camps de réfugiés palestiniens à Beyrouth-Ouest », entame d'un ton grave Patrick Poivre d’Arvor au cours du JT d'Antenne 2. Les événements auraient vraisemblablement eu lieu dans la nuit du vendredi 17 au samedi 18 septembre, explique alors le reportage proposé en tête de cet article. Les Français apprendront plus tard que les événements avaient en réalité débuté dès le 16 au soir.

Des images rares à la télévision

« Ils nous ont égorgés, ils ont égorgé des enfants, beaucoup d'enfants » : le reportage rapporte les témoignages glaçants des victimes qui ont échappé au massacre et montre des dizaines de corps sur le sol. Des plans rares à la télévision que le présentateur avait justifié : « Les images que nous avons reçues il y a quelques minutes sont très dures, nous en avons ôté l'insoutenable, mais il fallait que vous soyez prévenus. » Les images témoignent de l’horreur : «Les traces de balles sur les murs prouvent que ces hommes ont été délibérément fusillés».

Dans un conflit d’ampleur régionale et internationale, la question des responsabilités émerge rapidement, notamment car celle d'Israël pourrait être engagée, ses forces entourant alors les camps. « Qui a donc massacré ces gens sans défense pendant 36 heures entre jeudi soir et samedi matin », interpelle Christine Ockrent dans cette archive ci-dessous issue du journal de 20h du 20 septembre 1982. «Il semble bien en effet que les hommes du commandant Haddad, inféodés depuis des années à Israël, soient à l’origine du massacre même si le commandant s’en défend », annonce-t-on. 

Les milices
1982 - 00:57 - vidéo

En Israël, l’une des plus grandes manifestations que le pays ait connu pousse l’Etat à investiguer. Comme le montre l’archive ci-dessous, datée du 26 septembre, à Tel Aviv, des milliers de personnes ont ainsi manifesté, soit près d’un Israélien sur dix selon les organisateurs. « Le gouvernement israélien décidera probablement mardi après la trêve du Kippour de créer une commission judiciaire pour enquêter sur les massacres », annonce Christine Ockrent sur Antenne 2, en conséquence des mobilisations. Sur cette archive, Shimon Peres, chef de l'opposition en Israël, prend la parole et appelle à « rénover le processus pour la paix, chercher une solution pacifique pour le problème palestinien

Manifestation à Tel Aviv
1982 - 02:14 - vidéo

Des responsabilités libanaises et israéliennes croisées

Jusqu’à la fin du mois de septembre, le massacre continue d’être suivi par les journaux télévisés. Le 30 septembre, la journaliste Patricia Coste annonce de nouvelles découvertes, révélées par des journalistes américains : « Ce serait Bachir Gemayel lui-même, le président libanais chrétien assassiné qui aurait organisé l'entrée de ses troupes, les forces libanaises, dans les camps de Sabra et Chatila ». Elle poursuit : « Les forces libanaises donc devaient entrer dans les camps, interroger les habitants et éventuellement les arrêter et détruire leurs habitations. Mais l’opération a dérapé après la mort de Bachir Gemayel. » Une revanche, d’après la journaliste, menée par Elie Hobeika, chef des services secrets libanais.

Enquête sur massacres
1982 - 01:43 - vidéo

Dans le cadre d’une commission enquête en Israël, le général Sharon, alors ministre de la Défense, déclarera qu’il a pris seul la décision d'envoyer les milices chrétiennes sur les camps de Sabra et Chatila. D’après cette archive du 25 octobre 1982, il n’a pas informé le Premier ministre israélien des événements. 

Plusieurs enquêtes, au Liban et en Israël, ont effectivement tenté de désigner les responsables. Du côté libanais, l’enquête demandée par le nouveau président Amine Gemayel à Assad Germanos, le procureur du Tribunal militaire libanais, dès le 24 septembre, conclut à la responsabilité israélienne et déchargea les Phalangistes et les forces libanaises. Dix ans plus tard, une loi d’amnistie permit même d'écarter toute responsabilité pénale des miliciens libanais.

Du côté israélien, les Phalangistes furent reconnus coupables. La responsabilité indirecte de l’Etat fut également attestée, notamment celle de Sharon pour avoir minimisé le risque de l’opération. Ce dernier, contraint de démissionner et de s’écarter de la politique quelques années, sera élu Premier ministre en 2001.

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