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Jean Jouzel : «On apprend beaucoup sur le climat du futur en regardant le passé»

Jean Jouzel : «On apprend beaucoup sur le climat du futur en regardant le passé»

À l'occasion de la COP 27, l'ancien vice-président d'un des groupes de travail du GIEC et glaciologue Jean Jouzel revient sur sa découverte, avec Claude Lorius, du lien entre composition de l'atmosphère et réchauffement climatique dans les années 80. Il évoque également des décennies d'inaction politique et d'alerte des scientifiques sur l'urgence climatique.

Propos recueillis par Romane Sauvage et Clément Vaillant - Publié le 07.11.2022
 

Jean Jouzel est climatologue. Membre du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) à partir de 1994, il y fut vice-président du groupe de travail sur les bases physiques du changement climatique entre 2002 et 2015. En 2007, le GIEC a reçu le prix Nobel. Jean Jouzel est par ailleurs titulaire de la médaille d’or du CNRS (plus grande distinction scientifique française) et du prix Vetlesen (équivalent du prix Nobel en sciences de la Terre). Il est, en dehors du cercle pleinement scientifique, un grand vulgarisateur et lanceur d’alerte sur le réchauffement climatique.

Il revient pour l’INA sur la grande découverte qui l’a fait connaître avec son collègue glaciologue Claude Lorius. En 1987, les deux chercheurs et leurs collègues établissaient pour la première fois le lien qui existe entre l’évolution des températures et la quantité de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Ils furent publiés dans la prestigieuse revue scientifique Nature

INA. - Nous avons retrouvé votre première interview télévisée (en tête d'article). C’était en 1989, deux ans après la publication de plusieurs de vos articles dans Nature avec votre collègue glaciologue, Claude Lorius. Ils établissent pour la première fois formellement le lien entre réchauffement de la planète et concentration en CO2 dans l’atmosphère. Quel était l’état de la recherche scientifique sur le réchauffement climatique au moment où vous alliez être interrogé par France 3 ?

Jean Jouzel. - Les premières alertes sérieuses, je dirais, sont celles des modélisateurs. À la sortie de la guerre, les premiers calculateurs permettent de construire des modèles numériques qui peuvent également s'appliquer au climat. Les premières expériences simulent un climat futur et le doublement de la quantité de gaz carbonique dans l’atmosphère. Le pionnier, dans ce domaine, est Suki Manabe, prix Nobel de physique 2021. Dans les années 60, ses premières modélisations sont vraiment parlantes. D’autres suivront dans les années 1970.

Puis, en 1979, le rapport Charney fait la synthèse de ces premières modélisations. Ce rapport nous dit, et ça reste vrai, que si on double les quantités de gaz carbonique dans l'atmosphère, nous irons vers des réchauffements compris entre 1,5 °C et 4,5 °C. Ce doublement des quantités de CO2 dans l'atmosphère était envisagé pour le milieu du XXIᵉ siècle, peut-être même avant. 

En parallèle, je commence à travailler sur les glaces polaires avec Claude Lorius. Il lance des recherches françaises. Le vrai déclic a été le forage de Vostok, un forage soviétique au cœur de l'Antarctique. Des carottes de glace sont laissées sur le terrain sans trop rien en faire, alors Lorius récupère les échantillons.

Dans cette vidéo, Claude Lorius, du laboratoire de glaciologie de Grenoble, précise que les carottes de glace prélevées leur permettent aujourd'hui d'avoir des « archives » sur la composition de l'atmosphère depuis 150 000 ans. Le travail des Français à la station de Vostok y est également décrit et Lorius revient sur les découvertes majeures : « en climat glaciaire, beaucoup moins de CO2, en climat chaud, plus de gaz carbonique. »

Pour faire simple, l’idée d’un carottage, c’est : plus on va profond, plus on remonte dans le temps. Avec Vostok, c'est la première fois que l’on a un enregistrement qui couvre un cycle climatique complet, c'est-à-dire sur presque 150 000 ans. Ça, c'était déjà assez formidable. 

Puis, dans notre laboratoire de Saclay, nous analysons la glace pour reconstituer le climat tandis que mes collègues grenoblois, Claude Lorius, Dominique Raynaud et Jean - Marc Barnola reconstruisent la teneur de l’atmosphère en CO2. Et là, effectivement, cela saute aux yeux : il y a moins de gaz carbonique pendant les périodes froides, plus de gaz carbonique pendant les périodes chaudes. 

Notre interprétation reste cependant prudente : le gaz carbonique participe au réchauffement, mais on sait aussi et les résultats le démontrent très clairement, que la première cause de changement du climat à cette échelle, c'est la position de la Terre sur son orbite qui modifie l'insolation. La composition de l'atmosphère ne joue que le rôle d'amplificateur. 

« Ces découvertes ont vraiment amplifié la prise de conscience »

Ainsi, l’alerte est donnée par les modélisateurs, puis nous arrivons en 1987 avec ces résultats qui amplifient la prise de conscience et ont beaucoup d’écho médiatique. Ces découvertes nous ont permis de montrer des courbes aux décideurs politiques, ce qui était très concret, visuel. Nous entrons alors de plain-pied dans cette idée que l'on apprend beaucoup sur le climat du futur en regardant vers le passé.

Le GIEC se serait sûrement mis en place sans les résultats de Vostok, mais ces découvertes ont vraiment amplifié la prise de conscience.

Comment a été reçue votre étude ?

Nous avons donc publié collectivement trois articles dans Nature, ce qui est très rare. C'était, pour nous, quand même assez formidable. Il y a eu beaucoup d'intérêt médiatique pour ce résultat. Nous avons eu des articles dans beaucoup de journaux comme le New York Times ou Libération… Et finalement, la télévision s'intéresse à ces résultats.

Comment se fait-il que vous ne soyez pas interrogé dès 1987 ? 

Je pense que la télé ne s'y intéressait pas. La télé est tournée vers le grand public, où il n'y avait pas encore beaucoup d'écho. La télé suit le grand public ou suit ce qu'elle pense devoir être l'intérêt du grand public. 

Que pensez-vous de cette séquence de 1989 ? 

Je remarque tout d’abord ma prudence parce que je parle surtout d'1,5°C, c’est-à-dire la fourchette basse du rapport Charney qui parlait d’1,5°C à 4,5 °C. Pourquoi ? Je me suis posé la question, je ne sais pas complètement y répondre : visiblement, je ne voulais pas effrayer.

« Je ne voulais pas effrayer »

Le premier rapport du GIEC, qui sort en 90, n'était pas publié. Celui-ci dit, par rapport à l'attribution du réchauffement climatique, que nous ne sommes pas certains qu'il est lié aux activités humaines. C’est le rapport de 1995 qui avance qu’il y a un ensemble d'éléments suggérant une influence perceptible des activités humaines sur le climat.

Donc effectivement, je crois respecter dans cette interview, et j’ai toujours essayé, ce que l'on savait à l'époque. 

Dans l’interview, d’abord, vous dites : « Nous sommes, vous et moi, et chacun d'entre nous, responsable de rejets de cinq mètres cubes par jour de CO2. C'est lié à l'industrie, à la consommation d'énergie, d’énergies fossiles, et aussi en partie à la déforestation. » Puis vous alertez sur les conséquences de ces rejets de CO2 en parlant d’un réchauffement de l’ordre donc de 1,5 °C. Vous insistez cependant sur l’importance d’un tel réchauffement, même à « seulement » 1,5 °C. Quelle est votre réaction par rapport à ce passage ?

Je dis effectivement que, et je continue à le penser, c'est important 1 °C. D'ailleurs, on le voit bien actuellement. Et j'avais raison en cela, même s’il est vrai que je suis resté plutôt sur la fourchette basse. Par ailleurs, dans cet extrait j’évoque les cyclones et ces premiers articles qui avaient tendance à montrer leur intensification, donc des cyclones plus nombreux. Ceux-ci ont depuis été plutôt remis en question. Actuellement, il y a bien des modifications des cyclones, mais plutôt dans leur intensité que dans leur fréquence. 

Est-ce que vous regrettez votre prudence aujourd’hui ?

Peut-être. Nous n’étions pas sûrs. L’idée d'un réchauffement climatique commençait tout juste à se mettre en place. J'étais persuadé de la réalité du rapport Charney mais je ne voulais pas aller au-delà.

Je crois que dans les interviews, une fois que le premier rapport du GIEC a été publié, nous avons largement parlé des 4 °C. Et par la suite, quand le GIEC a par exemple fait des scénarios émetteurs et parlait de 3 °C, 4 °C ou 5 °C, je les ai évoqués, je crois, sans hésitation. 

Cette prudence est-elle liée à l’état de la recherche scientifique ?

Oui. Je pense qu'il y a un lien entre ce que je dis dans la première partie de cette interview, le fait qu’on ne sache pas encore si le réchauffement climatique est lié aux activités humaines et ma prudence ensuite. À partir du moment où nous sommes devenus de plus en plus sûrs, je pense que j'ai énoncé plus facilement les conséquences les plus importantes.

« Si cela était à refaire, (...) peut-être que je parlerais plutôt de 2 °C ou de 3 °C que d'1,5°C »

Quel regard portez-vous sur votre intervention ?

Je suis donc plutôt assez fier de ce que j’ai dit dans cette interview de 1989. Si cela était à refaire, je referais pareil. Peut-être que je parlerais plutôt de 2 °C ou de 3 °C que d'1,5°C. Mais, je suis assez heureux d'avoir justement fait le lien entre notre vie de tous les jours et les énergies fossiles. Et puis, parler d'adaptation, je pense que ça reste tout à fait correct. Je devais être assez content de moi, j'ai dit des choses qui me semblent essentielles. 

Réchauffement de la terre
1988 - 04:21 - vidéo

« C'est une certitude maintenant. » Voici l'un des premiers sujets qui, en 1988, traite du réchauffement climatique en mentionnant un consensus scientifique. La journaliste dit : « l'Homme bouleverse un peu tout l'équilibre écologique. Et ça, c'est très important, parce que je suppose que dans quelques années cela entraînera des décisions politiques. » Les recherches scientifiques s’attellent à savoir si ce réchauffement est dû à l'homme. Claude Lorius est interrogé sur les carottes de glace : « Nous pensons que (...) l'homme est en train de modifier le climat de la terre. » Sur l'action politique, un chercheur dit : « ce n'est pas réaliste, vous voulez revenir à l'époque des cavernes ? (...) Il faut s'y faire. »

Est-ce que vous vous sentiez écouté à l'époque ?

D'abord, j’étais heureux d'être invité à m'exprimer. J’ai toujours répondu aux médias parce que je pense que ça fait partie de notre rôle. C'est-à-dire non seulement, bien sûr, de publier des articles dans notre communauté, mais aussi de faire savoir aux décideurs politiques, aux gens, au grand public qu'effectivement il y a un problème.

Par ailleurs, je vous raconte une anecdote qui m’a vraiment plu : les résultats de Vostok sont publiés en 1987. Dans les livres de classe de mon fils en 1992 ou 1993, il y avait les courbes de Vostok. Vous vous rendez compte ? J'en ai été émerveillé. C'était seulement cinq ans après. Et, quand ma fille entre à l'université, une des premières choses dont on lui parle sont les variations climatiques rapides et des quatre cycles de Vostok, que nous avions publié en 1999. [Rires] J'étais content. Et puis je faisais les conférences. Nous avions un impact, peut-être pas suffisant, mais tout de même. 

Justement, à la fin de cette interview, vous parlez du rôle du scientifique. Dans quelle mesure les scientifiques doivent-ils se constituer en lanceurs d'alerte ? 

Je pense que ça fait partie de notre rôle de communiquer. Il y a le cœur de notre travail, qui est de faire savoir dans notre communauté, de publier des articles. Mais effectivement, sur des sujets qui intéressent le grand public ou les décideurs politiques, et c'est le cas du climat, il faut en parler.

Qu'est-ce que les médias auraient pu, auraient dû, faire mieux pour que la population prenne conscience de l'urgence plus tôt ?

Il aurait fallu justement s'appuyer sur le rapport Charney, qui était le premier rapport sérieux. Je ne crois pas qu'il y ait eu une couverture de ce sujet. 

Est-ce qu'il y a ici une question de sémantique ? Est-ce que parler de CO2, de termes techniques directement à la télévision était facile ?

Ce qui m'a toujours intéressé, c'est que la personne qui nous écoute fasse le lien entre sa vie de tous les jours et la modification de la composition de l'atmosphère, et donc la modification du climat. C'est pour ça que je parle des combustibles fossiles, j'essaye de donner l'origine de ce gaz carbonique. Mon objectif, c'est quand même à chaque fois de faire le lien avec notre vie de tous les jours. 

Mais, là où on a vraiment eu beaucoup d'impact, c'est deux ans plus tard, en 1992, avec la découverte des variations climatiques rapides. On commence à parler d'arrêt du Gulf Stream et de risque de surprises climatiques, terme que j’avais proposé. Et là, il y a eu presque plus d'intérêt des médias et du grand public, parce que ça semblait un peu mystérieux.

Voici un sujet de 2005 dans lequel l'arrêt du Gulf Stream est envisagé. 

Et toutes les solutions que vous évoquez dans cette interview de 1989…

Elles restent d'actualité, oui. 

Qu'a-t-on fait depuis ?

Pas grand-chose. Nous émettions 20 milliards de tonnes de CO2 par an, nous en sommes à 40 maintenant, voire 42. Et pour tous les gaz à effet de serre, nous sommes à près de 60 milliards de tonnes. C'est décevant. 

En 1990, il y a le premier rapport du GIEC, en 1992, la convention climat qui nous dit qu'on devrait stabiliser l'effet de serre, sans objectif chiffré. Et dès 97, il y a le protocole de Kyoto. Les décideurs politiques se sont appuyés sur le rapport du GIEC pour inviter les pays développés à diminuer leurs émissions sur la période 2008-2012. 

Conséquence effet de serre
1997 - 02:25 - vidéo

Ce sujet de France 2 traite, à l'occasion des discussions à Kyoto, notamment des découvertes de Lorius et Jouzel. Ce dernier est interviewé. Au pied d'un glacier, il évoque un réchauffement climatique de 2° C attendu pour le fin du XXIe siècle et alerte sur la fonte des glaciers.

Le protocole a échoué, pour deux raisons. La première, pour moi, c'est une raison politique. Avec l'élection de George Bush, fin 2000, les États-Unis ne ratifient pas le protocole. Cela aurait été sûrement différent avec Al Gore. Et le fait que les États-Unis s'en exonèrent, ce fut une spirale décroissante, ensuite, personne ne s'y est vraiment intéressé. 

La deuxième raison est que personne n'avait vraiment envisagé l'émergence de la Chine. Les émissions de la Chine ont triplé dans les années 2000. Lors du deuxième accord, de Copenhague, il y avait l'espoir d'un accord ambitieux pour 2013-2020. Cela a également échoué. La crise économique n'a pas aidé. Et puis, personne n'avait vraiment envie de se retrousser les manches. Même si le quatrième rapport du GIEC avait été très clair sur la contribution des activités humaines. 

Puis, il y a le troisième accord, celui de Paris, avec deux changements fondamentaux. C'est vraiment la première fois où des objectifs chiffrés sont fixés : 2 °C, et bien en deçà de 2 °C si possible.

COP21 : L'accord de Paris est accepté
2015 - 02:28 - vidéo

Une victoire « historique » et une ovation de plusieurs minutes : la signature de l'accord de Paris en 2015 avait créé de l'espoir concernant l'action politique pour contenir le réchauffement climatique en dessous de 2° C. Il s'agissait même d'essayer de le limiter à 1,5° C. L'aide de 100 milliards de dollars pour les pays les plus pauvres d'ici 2020 est également évoquée. C'est encore l'un des sujets clés de la COP 27 en 2022.

Et puis, l'approche inverse est prise. C'est-à-dire, plutôt que d'essayer d'imposer aux pays des objectifs, on leur a demandé ce qu'ils voulaient faire. C'est bien. Ce qui assure la réussite de l'accord de Paris, c'est son universalité. Tous les pays l'ont ratifié, hors les États-Unis qui l'ont quitté pendant quatre ans.

Suite à l'accord de Paris, le GIEC rédige le rapport 1, 5 °C qui dit que ce serait bien plus facile de s’adapter au réchauffement climatique si celui-ci était maintenu à 1,5 °C. Pour cela, il faut la neutralité carbone en 2050.  Trois à quatre ans après, il y a 120 pays qui ont tous, d'une façon ou d'une autre, affiché comme objectif cette neutralité carbone. Il y a donc toute une dynamique qui s'est mise en place. Dans les textes, c'est presque parfait. 

Quels sont les grands moments de prise de conscience ? Est-ce qu'il y a un moment clé où vous avez vu bouger les choses dans la société ? 

Le déclic, un premier déclic, dans la communauté scientifique, c'est le rapport Charney. Et après la création du programme de recherche mondiale sur le climat en 1979, tout le monde s’y met. Il y a plein de réunions dans les années 1980 où la communauté scientifique se mobilise. C'est cela qui a conduit à la création du GIEC. Évidemment, ensuite, il faut une décision politique. Mais c'est bien la communauté scientifique qui a entraîné le monde politique à s'intéresser au réchauffement climatique. 

« Le déclic dans la communauté scientifique, c'est le rapport Charney. »

Je pense qu'on a prêché dans le désert dans les années 90, concernant l’augmentation de l’effet de serre. La prise de conscience au niveau du citoyen, c'est l'été 2003, avec la vague de chaleur. Nous avons été très prudents sur l'attribution, contrairement à aujourd’hui où on peut attribuer l’intensification des vagues de chaleur aux activités humaines. 

Record canicule 2003
2003 - 01:08 - vidéo

La canicule de 2003 a marqué les Français et Françaises. L'Organisation météorologique mondiale classe l'année comme la troisième la plus chaude depuis 1951. Le journaliste y évoque les phénomènes extrêmes provoqués par ce réchauffement : ouragan aux États-Unis, canicule en Europe, incendies en Australie.

Du point de vue des entreprises, c'est le rapport Stern. On est en 2006. Il a été beaucoup contesté, mais c'est quand même la réalité. Il nous dit que cela coûterait moins cher aux entreprises de faire quelque chose que de ne rien faire pour lutter contre le réchauffement climatique. Pour moi, ce sont deux tournants majeurs.

Remise du rapport Stern sur le climat
2006 - 01:56 - vidéo

« Une facture de plusieurs centaines de milliards d'euros et la récession au niveau mondiale » : le rapport Stern est un électrochoc pour la sphère économique. L'archive parle d'une facture de 5500 milliards d'euros, 200 millions de réfugiés et 40% des espèces en voie d'extinction d'ici à 2050.

Dans ce JT de 1978 ci-dessous, le réchauffement climatique est évoqué, mais le journaliste dit : « Les scientifiques ne comprennent pas bien la physiologie du grand organisme planétaire ». Qu’en pensez-vous ?

D’abord, c'est une très belle intervention, parce qu'il parle du réchauffement climatique lié à l'effet de serre qui pourrait être de 4 °C, tout en disant qu'il y a aussi des incertitudes sur les possibilités de contrecarrer ce réchauffement. Par ailleurs, ce n'est pas jeter le doute sur la communauté scientifique de dire qu'il y a des incertitudes parce que c'est la réalité.

Je pense qu'au contraire, c'est rendre hommage à la communauté scientifique que de dire qu'ils essayent de diminuer ces incertitudes parce qu'elles existent bien. 

Ce sujet de 1978 propose une explication du réchauffement climatique et parle de « prudence ». Il permet d'illustrer en partie l'état de la connaissance sur le sujet, un an avant la publication du rapport Charney.

Quelle est l’importance des chiffres et des courbes dans la prise de conscience sur le réchauffement ?

Les chiffres sont à double tranchant. Quand on parle de degrés, notamment d’un degré de réchauffement, la première réaction des gens est de nous dire qu'un degré, ce n'est rien. Justement, j’aime bien cette réaction, car c’est l’occasion d’expliquer l'importance de chiffre : on a déjà un degré depuis le début du XXe siècle, ce n’est pas rien. 

À l’époque, nous aimions bien qu’il y ait des courbes à la télévision, on avait l’impression que cela sensibilisait plus. Maintenant j’ai plutôt l’impression contraire, les gens connaissent et je pense que je suis capable de faire passer le message sans avoir de support.

Quel regard portez-vous sur la place que laissent aujourd'hui les médias aux questions climatiques, est-ce suffisant ? 

On peut penser que non. Je ne dirais pas qu'on ne parle pas du climat et des problèmes environnementaux dans les médias. Car on en parle généralement assez bien, mais ce n'est quand même pas suffisant. Je pense qu'il y a moins d'occasions pour notre communauté de s'exprimer, sauf au moment de la sortie de notre rapport du GIEC. Là, on est tous interviewés. Ou alors quand il y a des étés très chauds, mais là, il n'y a pas de fond, c’est seulement des incidents, des événements. 

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