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Le FN puis le RN : d'une attitude pro-européenne à un euroscepticisme ferme

Le FN puis le RN : d'une attitude pro-européenne à un euroscepticisme ferme

« Je ne suis pas contre l'Europe, je suis contre le fonctionnement actuel de l'UE » a affirmé Jordan Bardella, président du Rassemblement national (ex-Front national) le 23 mai 2024. Exit la sortie de la zone euro ou même de l'Union européenne, le parti d'extrême droite veut désormais la détricoter au profit d'une Europe à la carte. De pro-européen dans les années 1980 à aujourd'hui, retour en archives sur les positions du RN sur l'intégration européenne.

Par Romane Laignel Sauvage - Publié le 29.05.2024 - Mis à jour le 09.06.2024
Portrait Le Pen - 1973 - 09:11 - vidéo
 

L'ACTU.

« Je ne suis pas contre l'Europe, je suis contre le fonctionnement actuel de l'UE », a affirmé Jordan Bardella, président du Rassemblement national, parti historiquement opposé à l'intégration européenne, face au Premier ministre Gabriel Attal, le 23 mai 2024.

Le programme du Rassemblement national (ex-Front national) pour les élections du 9 juin confirme ainsi l'infléchissement du parti d'extrême droite sur la construction européenne. De ses débuts à 2019, sa critique de l'intégration européenne s'était progressivement durcie jusqu'à réclamer fermement la sortie de l'euro et promettre l'organisation d'un référendum sur la sortie de l’Union européenne.

Le programme de la liste du Rassemblement national pour les élections européennes, s'il garde les fondamentaux du parti, n'évoque plus ces deux points et Jordan Bardella se défend de vouloir un « Frexit caché ». Au profit d'une Europe à la carte.

Retour en archives sur l'évolution de la position du Rassemblement national sur la construction européenne.

LES ARCHIVES.

« Je suis de Bretagne, d'abord bien sûr, mon patriotisme est d'abord régional et provincial, je suis de France et puis, je suis d'Europe aussi. » Nous étions en janvier 1973, le Front national n'avait que quelques mois, fondé en octobre 1972 dans le sillage du mouvement politique d'extrême droite Ordre nouveau. À sa tête, Jean-Marie Le Pen. Celui-ci bénéficiait, à quelques semaines des élections législatives, d'un portrait au journal de 13h. À la toute fin de cette archive disponible en tête d'article, il affirmait son patriotisme et son attachement à la Bretagne, où il est né, et à la France. Peut-être plus étonnant, au vu de l'euroscepticisme dont fera preuve plus tard son parti, il étendait cet attachement à l'Europe.

L'année qui suivait, lors de sa première présentation à l'élection présidentielle, Jean-Marie Le Pen soutenait dans son programme « le projet d’une "Europe confédérée, étape nécessaire vers une Europe unie" exigée par les nécessités économiques et militaires ». Et, comme le précisait dans un article de recherche l'historien Jean-Étienne Dubois, « il regrette que la création de la Communauté européenne de défense n’ait pas été ratifiée en 1954 ».

« Les Français d'abord en France, les Européens d'abord en Europe »

En pleine Guerre froide, le parti d'extrême-droite voyait en une union des pays européens un rempart contre le communisme. Pour les élections européennes de 1984, Jean-Marie Le Pen développait un discours sur une « Europe des patries » qui permettrait de s'opposer à « l'hégémonie soviétique et à l'expansion démographique du Tiers monde ».

Dans l'archive ci-dessous, diffusée le jour du deuxième scrutin européen, il affirmait : « La force est une vertu. Je souhaite que la France soit forte. Il me parait même que c'était le slogan de nos concurrents. Et, ils tiraient la conclusion que quand la France est forte, l'Europe aussi. C'est un point sur lequel je suis en accord avec ces concurrents. » Et de remanier son slogan : « Le slogan du Front national, c'est "Les Français d'abord". Les Français d'abord en France, les Européens d'abord en Europe. »

Avec près de 11 % des suffrages, le Front national entrait au Parlement européen. C'est ce scrutin, suivi de celui de 1989, qui permettra à ce petit parti d'extrême-droite de gagner en ampleur et en organisation interne. Dans la foulée de son élection en 1984, Jean-Marie Le Pen disait son ambition de créer, comme on l'entend dans l'archive ci-dessous, un groupe nationaliste au parlement européen, « en faveur de l'antimarxisme, pour la libération de l'Europe, de toute l'Europe, y compris de l'Europe de derrière le rideau de fer. »

Le Pen à Strasbourg
1984 - 00:59 - vidéo

Souveraineté

Au début des années 1990, le contexte politique européen changeait radicalement. D'abord, l'URSS s'effondrait, puis les Européens s'engageaient dans une Union européenne avec le traité de Maastricht. En parallèle, comme le notait TF1, les partis d'extrême-droite effectuaient une percée en Europe. C'est à cette période que Jean-Marie Le Pen, et le Front national avec lui, embrassait un discours eurosceptique.

Dans l'archive ci-dessous, il expliquait son rejet de Maastricht : « Ce traité signifie la fin de la France, la fin de l'histoire de France, la fin de la souveraineté de la France (...) ça signifie l'entrée massive de l'immigration incontrôlée, ainsi que de la drogue, du banditisme et le reste, c'est la mort programmée de l'agriculture et probablement plus de chômage, plus de fiscalisme. Je suis un partisan de l'Europe des patries, je suis un partisan de la construction européenne, pas de la construction d'une Europe fédérale aux ordres de la bureaucratie bruxelloise et de la Banque internationale. »

Extrait Le Pen
1992 - 00:00 - vidéo

Dans les années suivantes, le frontiste maintenait ce discours associant ce nouvel euroscepticisme à la xénophobie et au populisme habituels du FN (exemples en 1994, en 1999 ou encore en 2002). Désormais, le parti s'opposait à Bruxelles.

Avec Marine Le Pen, le durcissement de ton

À la reprise du Front national en 2011 par la fille de Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen, l'opposition à l'Union européenne se radicalise. Aux propos provocateurs de son père, celle-ci préférait un propos plus froid et populiste sur une « Union européenne totalitaire ». Dans l'archive suivante, elle opposait le Front national à un « front mondialiste », caractérisé notamment par les partisans de l'Union européenne. Et d'ajouter que celle-ci participait à « l'appauvrissement des peuples ».

Aussi, celle qui devait bientôt prendre la tête du parti d'extrême-droite, affirmait-elle sa volonté de sortir de l'euro. Sans toutefois savoir comment s'y prendre, comme en témoignaient ses réponses apportées à Alain Duhamel dans cette interview. Au cours des années 2010, elle prônait par ailleurs la nécessité d'un référendum sur la sortie de l'Union européenne.

Candidate à l'élection présidentielle de 2017, elle poursuivait donc dans cette lignée, affirmant la possibilité d'un Frexit pour que la France récupère sa « souveraineté monétaire, économique, législative et territoriale ». Dans l'archive ci-dessous, elle insistait sur sa volonté « de se démettre de ce cauchemar et redevenir libre ».

Quelques semaines plus tard, en plein entre-deux-tours et après une alliance avec Nicolas Dupont-Aignan, l'impératif de sortir de l'euro disparaissait. Se placer au premier plan des discours sur le souverainisme monétaire ne semblait pas avoir porté ses fruits.

Pour les élections européennes de 2017, le programme du Rassemblement national ne mentionnait plus la sortie de l'Union européenne et de la zone euro. Et à présidentielle de 2022, Marine Le Pen affirmait sa volonté de rétablir la supériorité du droit français sur le droit européen, sans toutefois appeler à quitter l'UE. Exit le Frexit, le Rassemblement national souhaite désormais la réforme en profondeur des institutions européennes pour atteindre une Europe à la carte.

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