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Que pensaient les ados de la politique en 1974 ?

Que pensaient les ados de la politique en 1974 ?

En pleine campagne pour la présidentielle, les candidats multiplient les opérations de séduction auprès des électeurs, et notamment des plus jeunes. Même si ceux-ci sont sans doute difficiles à convaincre. Qu'en était-il de leurs parents, ces adolescents dans les années 1970 ?

Par Florence Dartois - Publié le 13.12.2021
Les ados et la politique - 1974 - 04:11 - vidéo
 

Dans un ouvrage intitulé La fracture, Frédéric Dabi, directeur général opinion de l’Ifop et Stewart Chau, responsable des études politiques de l’institut Viavoice, ont présenté les résultats d'une étude sur l’évolution des aspirations et des craintes des jeunes. En analysant les résultats de six grandes enquêtes réalisées depuis les années 1950, la génération des 18-30 ans est présentée comme étant un groupe complexe, lassé par les crises à répétition, désabusé par la politique politicienne et motivé par l’action individuelle. 

Dans une interview accordée à Libération Stewart Chau expliquait plus particulièrement la perception qu'ont les jeunes de la politique : « On parle de "vanité du vote" pour dire que la jeunesse considère de plus en plus que voter ne sert plus à rien. Cela témoigne d’une crise de la représentativité particulièrement forte chez les 18-30 ans, et d’une crise du politique qui est surtout une crise du résultat. Sur tous les sujets d’urgence qu’ils identifient, ils considèrent que rien n’a été fait ou presque. De cela découle une ode à l’engagement individuel et citoyen.»

Mais qu'en était-il de leurs parents, ces adolescents des années 1970 ? Étaient-ils aussi désabusés, aussi méfiants vis-à-vis des dirigeants politiques ? En mars 1974, l'émission « Aujourd'hui madame », consacrée aux 13-16 ans, avait enquêté dans un lycée. Parmi les thèmes abordés, leur vision de la politique. Intérêt ou désintérêt, convictions personnelles, image de l'homme politique idéal... Patrice Laffont leur tendait le micro.

Un intérêt nuancé mais présent 

Garçons et filles possédaient une vision assez claire de l'intérêt de la politique pour l'équilibre de la société. Une lycéenne qui avouait ne pas avoir d'avis personnel déterminé, lui reconnaissait tout de même un rôle capital : « De la gestion de l'Etat au gouvernement du pays où l'on vit ». Pour cette jeune fille, l'échiquier politique était simple : « Il y a la gauche, la droite et tous les autres à côté ».

Un autre de ses camarades affirmait se sentir concerné et déclarait : « Quand on a des opinions, on fait de la politique, qu'on le veuille ou non. » A côté de lui, son voisin avouait ne pas encore avoir choisi son positionnement, et prendre ce qui l'intéressait dans chaque parti : « Je pique un petit peu les actions dans chaque parti, soit celles qui me concernent ou qui me plaisent. »

La politique, les jeunes en parlaient entre eux et s'informaient mutuellement, se forgeant leur opinion par leurs échanges. Une jeune fille peu concernée par la politique regrettait que ses parents ne l'informent pas assez : « Ils ne sont pas très chauds quand je pose des questions sur la politique. Je ne sais même pas très bien leur position, ni ce qu'ils pensent. A chaque fois que j'ouvre la bouche sur ça, ils ne me répondent pas très clairement », assurait-elle. Un peu plus tard dans l'entretien, un autre lycéen expliquait que lui parlait quelquefois de politique avec ses parents, essayant même de peser sur leurs positions : « Je pense que quand on fait tant soit peu de la politique, on essaye d'imposer ses idées, même à ses parents. J'essaye d'y parvenir. »

Dans les années 1970, l'information, les ados la trouvaient « à la télé, à la radio ou dans la presse », même s'ils regrettaient aussi un manque d'objectivité, un terme qui revenait beaucoup dans leurs propos.

Les qualités en politique

L'homme politique idéal n'existait pas selon eux, mais d'après cette autre lycéenne, cet homme providentiel devait posséder un certain nombre de qualités : « C'est quelqu'un qui essaye d'être objectif (...) qui essaye de se mettre au niveau de tout le monde et ne doit pas regarder d'un air un petit peu dédaigneux ». Quant à l'objectivité demandée, la jeune fille pensait que c'était un but difficilement accessible en politique, elle expliquait pourquoi : « S'il se présente, la première idée qu'il va avoir, c'est faire de la publicité pour son propre parti ou ses propres opinions, donc c'est un cercle fermé ». Pour son camarade, John Fitzgerald Kennedy aurait pu représenter ce qui se rapprochait le plus de l'homme politique idéal : "Il représente un idéal parce qu'il croyait à ce qu'il faisait, et il intéressait les gens à ce qu'il faisait. A mon avis, c'est ça. »

Avoir des convictions, de l'objectivité, du respect, de l'altruisme et de l'honnêteté, voilà ce que demandaient ces jeunes gens des années 1970 à la classe politique. Autant de critères que la jeunesse décrite dans La fracture ne retrouve pas dans l'offre actuelle, et qui a sans doute conduit à ce que les auteurs appellent « l'exil électoral » de la jeunesse. 

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