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Quand Georges Brassens et Jean Ferrat débattaient de l'engagement

Quand Georges Brassens et Jean Ferrat débattaient de l'engagement

Peut-on être chanteur et engagé ? En 1969, deux vedettes de la chanson aux conceptions diamétralement opposées s'interrogeaient sur cette question à la télévision.

Par Florence Dartois - Publié le 20.10.2021
 

Un chanteur doit-il s'engager à travers ses textes pour faire avancer le débat social ? C'est la question que posait Jean-Pierre Chabrol à Georges Brassens et Jean Ferrat ce 16 mars 1969, dans l'émission "L'invité du dimanche". Les deux artistes de variétés se connaissaient bien et s'appréciaient, même si certains les qualifiaient parfois de "frères ennemis". Engagés, ils l'étaient, mais de manière différente. Plus frontale pour Jean Ferrat. Jugées trop politiques, ses chansons avaient souvent été interdites dans les années 1960 et 1970. Et de manière plus implicite pour Georges Brassens, qui avait aussi été plusieurs fois censuré depuis ses débuts. Les deux amis n'envisageaient pas l'engagement de la même façon. C'était tout l'objet de ce débat.

Dans l'extrait en tête d'article, Georges Brassens explique à Jean Ferrat son point de vue sur cette question,  après que Jean Ferrat lui ait exposé la nécessité des actions de groupe et sa vision personnelle d'un "monde extrêmement violent, atroce", où l'on "subit des pressions considérables", avant d'ajouter "je suis du côté des exploités".  Georges Brassens, se démarquant de son ami, revendiquait néanmoins sa position aux côtés des opprimés.

"Ni un philosophe, ni un sociologue"

"Je n'ai jamais cru aux solutions collectives. Ne croyant pas aux solutions collectives et étant contre, au point de vue de l'esthétique, dans le domaine de la chanson, je ne tiens pas à donner des explications, à indiquer une morale ou les voies que je pense qu'il faut suivre ou ne pas suivre. Je me borne à donner mes impressions. Même si je ne les traite pas, les problèmes, ils sont implicites, sous-jacents".  Lui s'avouait davantage en faveur d'"une espèce d'attitude individuelle", déniant une quelconque efficacité à la chanson engagée : "Je pense être plus efficace en faisant des petites chansons qui apportent 4 ou 5 minutes de bonheur, de joie, à ceux qui les aiment, et j'estime en faisant ça, à n'avoir pas trop démérité...".

Regardant Jean Ferrat droit dans les yeux, il poursuivait : "Si je croyais à l'efficacité, j'en ferais des chansons parce que, bien-sûr, je pourrais les faire." Ajoutant que "sur le plan de l'esthétique, je ne suis ni un philosophe, ni un sociologue. Je fais des chansons, je suis un poète mineur, mais un poète quand même. Un faiseur de chansons et je traduis mes émotions".

Georges Brassens considérait qu'il n'y avait pas besoin de dénonciation brutale, car il estimait qu'on pouvait "être efficace en étant indirect". Deux visions opposées donc, mais une amitié sincère : "J'aime Ferrat et s'il fait une chanson que je n'approuve pas vraiment, je le prends tout entier".

Les deux amis allaient conclure leur discussion en abordant le pouvoir des mots. Jean Ferrat se demandant si l'art "ne pourrait pas changer le monde". Georges Brassens affirmant que selon lui, "l'art explicatif" ne le pouvait pas. 

"Ferrat croit à la solution collective, alors il fait ce qu'il croit devoir faire. Il a raison" (Georges Brassens)

"L'art peut donner la conscience à chacun de la nécessité de  changer le monde" (Jean Ferrat.) 

"Seul un changement profond de l'homme changera le monde… et j'ai peur que l'homme ne soit pas prêt de changer…" (Georges Brassens)

INA

Georges Brassens et Jean Ferrat sur le plateau de l'émission "L'invité du dimanche", le 16 mars 1969.

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Georges Brassens sur le plateau de l'émission "L'invité du dimanche".

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Jean Ferrat sur le plateau de l'émission consacrée à l'écrivain et conteur cévenol Jean Pierre Chabrol.

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Georges Brassens face à l'écrivain et conteur cévenol Jean Pierre Chabrol.

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