Aller au contenu principal
Pentecôte : férié ou solidaire?

Pentecôte : férié ou solidaire?

Depuis 2005, le lundi de Pentecôte est un jour travaillé gratuit, destiné à financer le plan de solidarité aux personnes âgées. Dès son instauration, il a suscité l'incompréhension et la pagaille. Qui travaille? Qui bulle? Zoom sur un casse-tête solidaire.


Par la rédaction de l'INA - Publié le 04.06.2014 - Mis à jour le 24.05.2021

Pentecôte : férié ou solidaire?

Depuis 2005, le lundi de Pentecôte est un jour travaillé gratuit, destiné à financer le plan de solidarité aux personnes âgées. Dès son instauration, il a suscité l'incompréhension et la pagaille. Qui travaille? Qui bulle? Zoom sur un casse-tête solidaire.


Par la rédaction de l'INA - Publié le 04.06.2014 - Mis à jour le 24.05.2021
 

Août 2003. Une canicule hors du commun s'abat sur la France. En trois semaines, les autorités constatent une augmentation des décès : au total, 15 000 personnes vont périr des suites de ce pic caniculaire, principalement des personnes âgées souvent fragiles et isolées. En août, Jacques Chirac s'exprime sur cette crise sanitaire sans précédent, nécessitant des mesures exceptionnelles. Le pays découvre l'isolement des seniors et les besoins criants d'infrastructures d'accueil et de soin. Face à ce constat dramatique, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin lance un projet solidaire : supprimer un jour férié pour financer un "grand plan dépendance" grâce au surcroît de cotisations sociales. Le projet est présenté le 27 août 2003.

Sur les onze jours fériés et chômés de l'année, lequel supprimer? Commémorations historiques ou fêtes religieuses ? En septembre, le Premier ministre se prononce pour le lundi de Pentecôte. L'église et les Français ne semblent pas hostiles. Néanmoins, les avis sont très partagés et la grogne enfle, notamment parmi les commerçants.

En octobre 2003, Jean-Pierre Raffarin présente son plan "personnes dépendantes". Cette journée de travail gratuite pour les salariés doit entrer en vigueur en 2005. L'État espère récupérer 1,7 milliards sur 4 ans pour financer :

- Le recrutement de 15 000 personnels soignants

- La construction de 200 nouvelles maisons de retraite

- L'offre de 10 000 places supplémentaires.

Le projet prévoit également la création d'une :

- Nouvelle branche de la sécurité sociale pour gérer les personnes dépendantes et la

- Pérennisation de l'allocation personnalisée d'autonomie.

Face aux contestations, la loi prévoit de laisser une marge de liberté aux entreprises et aux administrations dans le choix du jour travaillé. L'augmentation de la productivité induite par cette journée de solidarité permet à chaque entreprise de verser 0,3% de cotisations supplémentaires à l'état. La loi entre est votée en octobre 2004. Désormais, les entreprises, les administrations resteront ouvertes, les enfants iront en classe le lundi de Pentecôte. Les parents y voient surtout des problèmes de logistique, quant aux syndicats d'enseignants, ils espèrent que le reste de la société s'alignera sur cette décision…C'est le tollé.

De la pagaille au revirement

Juin 2005. A quelques jours de la Pentecôte, la grogne s'intensifie et les préavis de grève fleurissent. A Rennes, les crèches et les écoles maternelles s'apprêtent à fermer pour des raisons de sécurité tandis que les collèges prévoient l'ouverture des portes. Les parents sont désemparés!

Le jour J, pour la première journée solidaire, les Français sont nombreux à traîner les pieds pour aller travailler. C'est la cacophonie : grèves, RTT, congés choisis ou offerts par l'entreprise, transports réduits… D'accord pour être solidaires, mais beaucoup se demandent néanmoins où va l'argent? Micro-trottoir grognon.

inavideo

Deux ans plus tard, pour le gouvernement qui refuse de remettre en cause cette journée : "la cacophonie, c'est de l'histoire ancienne". Dans les faits, le casse-tête et la confusion perdurent. Qui travaille ? Qui va à l'école ? Qui bulle tranquillement ? C'est toujours la confusion la plus totale… Comment survivre en ce jour de Pentecôte ? Mode d'emploi.

En janvier 2008, face à la difficile mise en œuvre de la mesure, le gouvernement change de braquet : la Pentecôte redevient un jour férié… mais la journée de solidarité continue "à la carte". Explications ! En juin 2010, malgré des aménagements, la journée de solidarité c'est toujours… compliqué.

Où va l'argent récolté ?

Que deviennent les sommes versées à l’État? La députée socialiste Laurence Dumont alimente la polémique en déclarant qu'une partie des sommes collectées sert à colmater le trou de la sécurité sociale. Le gouvernement dément. État des lieux. En 2011, un employé d'une filiale du groupe Carrefour de Cholet qui refuse de travailler le lundi de Pentecôte dépose une plainte devant les Prud’hommes pour inégalité de traitement face à d'autres professions… Il remporte une victoire. En 2013, huit ans après sa mise en application, le flou persistait toujours : 80 % des personnes ne travaillent pas à la Pentecôte, l'ensemble des fonds ne parvient pas toujours aux personnes âgées. Le bilan était mitigé.

En 2019, sur les trois milliards récoltés, 60% allaient aux personnes âgées (modernisation des établissements et services médico-sociaux qui accueillent les personnes en perte d’autonomie. Versement de l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA), 0,22% du total était alors consacré au renforcement de l’accompagnement des proches aidants.


S'orienter dans la galaxie INA

Vous êtes particulier, professionnel des médias, enseignant, journaliste... ? Découvrez les sites de l'INA conçus pour vous, suivez-nous sur les réseaux sociaux, inscrivez-vous à nos newsletters.

Suivre l'INA éclaire actu

Chaque jour, la rédaction vous propose une sélection de vidéos et des articles éditorialisés en résonance avec l'actualité sous toutes ses formes.