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Pédophilie dans l’Eglise : trois témoignages de vies brisées

Pédophilie dans l’Eglise : trois témoignages de vies brisées

Mardi 5 octobre, après deux ans et demi de travaux, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise (Ciase) a rendu ses conclusions. Ce rapport met en lumière les « abus sexuels sur mineurs et personnes vulnérables dans l’Eglise catholique depuis 1950 ». Nous avons retrouvé dans nos archives trois témoignages d’anciennes victimes de pédophilie dans l’Eglise.

Par la rédaction de l'INA - Publié le 04.10.2021
 

Mardi 5 octobre, après deux ans et demi de travaux, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise (Ciase) présidée par Jean-Marc Sauvé a rendu ses conclusions. Au fil d’un rapport long de 2500 pages sont mis en lumière les « abus sexuels sur mineurs et personnes vulnérables dans l’Eglise catholique depuis 1950 ». Des chiffres effroyables : entre « 2900 et 3200 pédocriminels » hommes, prêtres ou religieux, ont sévi au sein de l’Eglise catholique en France depuis 1950. La Commission estime à 216 000 le nombre de mineurs victimes de violences sexuelles de la part de prêtres ou de religieux , un chiffre qui atteint « au moins 330 000 mineurs si on ajoute celles de "laïcs en mission d'Eglise" (dans l'enseignement catholique et les organisations de jeunesse notamment).

Depuis l’automne 2018, la Ciase, créée par la Conférence des évêques de France (CEF) et la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref), poursuit un triple travail. Selon France Info, la première vocation de cette commission composée de 12 hommes et 10 femmes d’horizons professionnels variés (compétences juridiques, médicales, psychologiques et psychiatriques, sociales, éducatives, métiers issus de la protection de l'enfance, de l'histoire et des sciences socialesa) a été de « recenser et établir les faits », notamment en écoutant les victimes. Ensuite, celle d’étudier les « mécanismes, notamment institutionnels et culturels, ayant permis des abus sexuels ». Enfin, la Ciase a pu « faire des préconisations, notamment en évaluant les mesures prises depuis les années 2000 par l'Eglise ». En revanche, « elle n'a pas eu pour mission d'établir des responsabilités personnelles », précise la Commission sur son site.

A l’occasion de la publication de ce rapport qui devrait « marquer l’histoire de l’Eglise », selon les termes de François Devaux, cofondateur de l'association de victimes "La parole libérée", nous avons retrouvé dans nos archives trois témoignages d’anciennes victimes de pédophilie dans l’Eglise.

Horreur

Le premier témoignage, dans l’archive en tête de cet article, est issu du journal télévisé du 20h de France 2 du 16 février 2001. Deux sœurs jumelles, Sandrine et Béatrice Forest, avaient douze ans lorsque le prêtre de leur paroisse, 62 ans, peu à peu devenu l’ami de leur famille, a commencé à leur faire subir des attouchements sexuels et des viols. Une quinzaine entre 1987 et 1989, perpétrés alors que le prêtre était en convalescence à la maison de repos des Recollets, et que les jeunes sœurs lui rendaient visite une à deux fois par semaine : « Il nous a violées. Il nous a détruites, il a détruit notre vie de jeunes filles, notre vie de famille ». Le prêtre, qui prétendait leur prodiguer une éducation religieuse et morale, disait aux petites filles que [leurs] « parents étaient au courant » de ces sévices : « Vous vous rendez compte quand on allait dans la cuisine ? Quand on mangeait en famille ? Ce qu’on pensait de nos parents ? C’était une horreur. Il a détruit notre vie de jeunes filles ! » témoignaient avec émotion les deux sœurs.

En 1989, prenant leur courage à deux mains, elles ont décidé de tout raconter à leurs parents. Le prêtre écrit alors à la famille une lettre dans laquelle il confessait son crime à demi-mots : « Vous avez été tellement merveilleux pour moi que je ressens profondément le mal que je vous ai fait, ce mal je ne le voulais pas », tout en leur demandant de « détruire » cet aveu. Bouleversés, les parents, très pratiquants, se tournent vers le représentant de leur Eglise, un ancien évêque d’Angers, qui les reçoit mal : « C’était un prélat derrière son bureau, qui est venu prétentieusement nous dire que [le prêtre] avait eu quelques problèmes de santé, et qu’il ne fallait plus en parler », se souvient le père des deux victimes. Outré, il se rappelle même que le dignitaire ecclésiastique avait même eu l’indécence de s’exclamer : « C’est fini, on en parle plus ! Tout va bien ! Qu’est ce que vous voulez ? Je ne veux plus entendre parler de cette affaire ! »

Victime du père Preynat

Le 3 avril 2016, France 2 donnait la parole à Paul, une ancienne victime du père Preynat, condamné le 16 mars 2020 à cinq ans ferme pour agressions sexuelles sur de jeunes scouts. Paul se rappelait justement de ces camps scouts où chaque année le père Preynat partait avec 400 enfants, une véritable « usine à marchandises » à son service : « A chaque fois il y avait un prétexte, il se débrouillait toujours pour que tout le monde parte en excursion, sur une activité, et il y en avait toujours un qui était pris à part. » Pour Paul, les attouchements ont duré neuf ans : « Je dirais que c’était un gourou, dans tous les sens du terme. » Une personne intouchable, admirée et respectée de son entourage : « Nous, en tant que gamins, quelle était la valeur de notre parole, si quelque chose arrivait, étant donné que tous les parents, toutes les personnes adultes et même tous les autres gamins, au fond, admiraient ce prêtre ? »

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