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Dans les ruines d'Oradour-sur-Glane

Dans les ruines d'Oradour-sur-Glane

Le 10 juin 1944, une compagnie de la Waffen SS a investi le village d’Oradour-sur-Glane. En quelques heures, les nazis ont massacré la population, pillé et incendié le village et l'église. Le bilan est terrible : 643 morts, 6 rescapés. Quelques mois plus tard, un rescapé faisait visiter le village à la télévision.

Par Florence Dartois - Publié le 08.06.2022
Oradour sur Glane - 1944 - 01:45 - vidéo
 

Le 10 juin 1944, quelques jours après le débarquement en Normandie, le village d’Oradour-sur-Glane, situé à 22 kilomètres au nord-ouest de Limoges, est investi par la 3e compagnie de Waffen SS de la division « Das Reich » qui remonte vers le front. En quelques heures, les 200 soldats éliminent la population, pillent et incendient le village, faisant 643 morts (une femme de nationalité Espagnole a été reconnue victime en 2020). Seules 6 personnes réussissent à échapper aux soldats allemands, devenant les seuls rescapés du plus important massacre de civils français de la Seconde Guerre mondiale.

Filmé dans les ruines du village martyr, le reportage en tête d'article a été réalisé par le journal de «France Libre Actualités» sur les lieux du drame, en septembre 1944. Les stigmates sont partout visibles et la désolation surgit devant les objectifs des caméras. Sur une musique dramatique, le speaker commente des plans larges du village en ruines dont le nom résonne désormais « comme un glas », précise-t-il. Oradour-sur-Glane est devenu le symbole de la « cruauté hitlérienne », une cruauté impitoyable et aveugle.

Les pans des murs chancelants, encore noirs de suie, illustrent le drame qui s'est joué là quelques semaines plus tôt. Le village «torturé» est mort. Les images dévoilent l'ampleur du « cataclysme », une seule maison tient encore debout, les voitures sont calcinées, un vélo gît enchevêtré dans une masse de débris.

Le reportage se poursuit au cimetière où les nombreuses couronnes, gerbes de fleurs et croix de bois gravées témoignent de l'ampleur du massacre.  Le ton du speaker se fait encore plus lugubre, et la musique inquiétante, lorsqu'il décrit la place du village et retrace les faits : « Il était 2 heures de l'après-midi lorsque les SS sont venus, ils ont rassemblé toute la population sur cette place. D'un côté, les hommes, de l'autre, les femmes et les enfants ». Les hommes ont été emmenés dans des granges, abattus et brûlés. Les femmes et les enfants ont été enfermés dans l'église du village, avant d'être « mitraillés et brûlés vifs ». L'un des rescapés, le visage sombre, guide silencieusement l'équipe de télévision dans les décombres de l'édifice religieux où les murs sont encore criblés de trous de balles. 

En fin de reportage, un homme pointe du doigt un vitrail brisé. C'est par ce minuscule orifice que la seule femme survivante a pu s'échapper.

Marguerite Rouffanche, la seule femme survivante

Cette femme mentionnée dans le reportage de 1944, c'est Marguerite Rouffanche. Dans l'archive ci-dessous, extraite d'un magazine d'actualités de FR3 Limoges de juin 1969, elle témoigne de l'arrivée des nazis à Oradour, du rassemblement des habitants sur la place du marché, appelé le « champ de foire ». Elle évoque avec beaucoup d'émotion la séparation d'avec son mari et son fils qui ne voulait pas la lâcher. Elle raconte notamment comment son mari avait tenté de l'alerter et de lui faire quitter le village avant que les soldats ne l'encerclent.

Dans cet autre passage, Marguerite Rouffanche décrit comment elle réussit à s'échapper de l'église, par une fenêtre de la sacristie, laissant ses filles mortes derrière elle. Blessée aux jambes par une mitraillette, elle restera allongée sur le sol du jardin, jusqu'à ce qu'elle soit secourue le lendemain.

Malgré le drame, le village allait se reconstruire. En 1947, date du reportage des Actualités Françaises ci-dessous, 42 personnes y vivaient à nouveau. Du mécanicien au cordonnier - qui ne réparait plus de souliers d'enfants - au boulanger, la population reprenait peu à peu goût à la vie, et le reportage s'achevait sur les visages des 11 jeunes garçons qui composaient désormais la toute nouvelle équipe de football d'Oradour.

Un procès compliqué

Le 12 janvier 1953, le procès d’Oradour-sur-Glane débutait à Bordeaux. Ce procès allait soulever un malaise dans l'opinion publique, du fait de la participation d'Alsaciens enrôlés de force dans la Waffen SS, « les Malgré-Nous », à ce massacre. En effet, parmi les 19 accusés présents dans le box comparaissaient 7 soldats allemands - dont l’adjudant Karl Lenz - le plus haut gradé, et 14 Alsaciens. Le verdict tombait le 12 février 1953. Côté allemand: Karl Lenz était condamné à mort, des peines de prisons et travaux forcés de 10 à 12 ans pour les autres et 44 condamnations capitales par contumace. Côté français : Georges René Boss était également condamné à mort. Quant aux autres, malgré leur jeune âge et une faible implication, ils étaient reconnus coupables à l’unanimité et condamnés à des travaux forcés et des peines d’emprisonnement de 5 à 8 ans. Un verdict qui allait provoquer la stupeur dans le prétoire et en Alsace.

Quelques temps forts du procès en archives :

Le début des audiences relayé par les Actualités françaises à la télévision.

Trois chroniques judiciaires radio de Frédéric Pottecher : l'audience consacrée à Georges René Boos. (14 janvier 1953); L'interrogatoire des accusés alsaciens. (17 janvier 1953); les délibérations. (12 février 1953)

Pour les créateurs de contenus

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