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Le nickel : les hauts et les bas de l'«or vert» de Nouvelle-Calédonie

Le nickel : les hauts et les bas de l'«or vert» de Nouvelle-Calédonie

Emmanuel Macron est attendu en Nouvelle-Calédonie pour lancer une mission. Les émeutes qui ont secoué l'archipel sur fond de refus de la réforme constitutionnelle dénoncée par les indépendantistes ont menacé le nickel dont plusieurs sites d'exploitation ont été bloqués. Véritable poumon économique de l'archipel depuis la fin du XIXe siècle, nos archives témoignent de l'importance de ce minerai découvert sur place en 1864.

Par Florence Dartois - Publié le 17.05.2024
Mine de nickel de Thio en Nouvelle Calédonie - 1966 - 00:00 - vidéo
 

L'ACTU.

De violentes émeutes ont eu lieu en Nouvelle-Calédonie sur fond de contestation d'une frange indépendantiste qui s'oppose à un projet de loi visant à élargir le corps électoral. Cette crise et l'occupation de certains sites stratégiques ont menacé d'amplifier la crise sociale latente. En effet, depuis plusieurs mois, la chute de l'extraction du nickel, secteur qui emploie 13 000 salariés, menaçait l'équilibre économique local. L'exploitation du nickel représente le véritable poumon économique de l'île qui compte entre 20 et 30 % de la production mondiale. Depuis plusieurs mois, la Nouvelle-Calédonie se trouve confrontée à la concurrence de l'Indonésie, premier producteur mondial. En inondant le marché de minerai bon marché, elle a fait chuter le prix de « l'or vert » néo-calédonien de moitié et sa production d'un tiers depuis 2023. Nos archives nous donnent un bon aperçu de l'ampleur de l'exploitation de nickel dans l'archipel et de l'importance de ce minerai pour l'équilibre régional.

LES ARCHIVES.

Le très beau reportage disponible en tête d'article dévoile un site d'extraction de nickel à ciel ouvert qui, en 1966, était le plus vaste du monde : Thio, situé sur un plateau à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, sur la côte est de l'île. Le minerai avait été découvert, expliquait le commentaire, en 1863 et exploitée par la Société Le Nickel (SLN) depuis 1881. Cette mine à ciel ouvert représentait alors la principale richesse de la Nouvelle-Calédonie. Selon les historiens, le silicate de nickel a été découvert en 1864 par l’ingénieur des Mines Jules Garnier (1839-1904). D'ailleurs, le minerai fut baptisé plus tard de son nom, la garniérite, en son hommage.

On trouve le nickel dans les minerais sulfurés, (20 % des réserves mondiales), ils sont exploités en mines souterraines. Il y a aussi les minerais oxydés, présents en Nouvelle-Calédonie, mais aussi en Russie, en Amérique du Sud, en République dominicaine, à Cuba, en Indonésie, aux Philippines et en Australie. Les minerais oxydés sont exploités quant à eux en carrières à ciel ouvert.

Le reportage de 1966 dévoilait un paysage lunaire subissant « les assauts des explosions et des pelles mécaniques ». Selon le commentaire, 25 camions de 45 tonnes effectuaient quotidiennement l'aller-retour entre « entre le front de taille et le centre de triage », où la roche serait débarrassée de sa croûte minérale. Il ne resterait plus alors qu'une tonne de minerai pour six tonnes de pierres. Le minerai obtenu était ensuite envoyé pour traitement dans l'usine de Doniambo, sur la côte ouest.

Dans la suite du reportage, sur des images des mines et de l'extraction du minerai, le directeur de toutes les mines de l'île évoquait son parcours et ses fonctions, avant de parler de Thio qui comportait trois centres distincts et de l'exploitation des mines de nickel (Poro, Yaté, Kouaoua) et d'autres minerais exploités en Nouvelle-Calédonie (chrome, cuivre ou fer).

Les mines et usines d'exploitation employaient alors plus de 3000 personnes localement. Ensuite, un cadre était interrogé sur le détail du traitement subi pas le minerai pour en extraire le métal dans l'usine de la côte ouest. Des minéraliers assuraient la navette entre les sites miniers et l'usine de transformation (Doniambo), trajet qui prenait près de 20 heures. Les opérations de séparation entre les métaux (fer et nickel) étaient détaillées par le biais de croquis et de séquences montrant, par exemple, l'acheminement et la coulée dans le bas fourneau. Il était aussi question de l'origine variée des nombreux ouvriers métallurgistes originaires du Pacifique, des Antilles, d'Asie, de la Réunion ou d'Europe qui travaillaient dans ces ateliers. Les 30 000 tonnes annuelles de nickel que produisait alors la Nouvelle-Calédonie assuraient à ce territoire un niveau de vie équivalent à celui des États-Unis.

Un peu d'histoire

À la fin du XIXe siècle, l’exploitation des premiers filons se fit au moyen d'outils rustiques : au pic ou à la pince. Les ouvriers brisaient les roches au marteau avant de récupérer les parties nobles. Après un tri manuel, les roches étaient transportées à dos d’homme ou à cheval. Plus tard, les outils mécaniques remplacèrent les hommes et les bêtes : les premières locomotives à vapeur du pays servirent d’ailleurs à l’exploitation du minerai.

Dans l'archive en tête d'article, il est question des origines variées des ouvriers. Ce fut le cas dès le début de l'exploitation minière, car les colons se refusaient à exercer un métier si difficile, quant aux kanaks, outrés de l'exploitation de leurs terres sacrées, ils se détournaient également de l'exploitation de ce qu'ils qualifiaient d'« or du diable ». Le développement minier se fit grâce à l'emploi de milliers d’ouvriers venus d’Asie, d’Europe et de Polynésie, mais aussi de forçats, puis d'engagés volontaires d’Asie. Après la Seconde Guerre mondiale, la mécanisation a permis de diminuer la main d’œuvre tout en augmentant la production.

Dans les années 60-70, la croissance économique des pays industrialisés a procuré un regain de prospérité à la Nouvelle-Calédonie. Mais la crise pétrolière, la dévaluation du dollar, puis la crise économique des années 70-74, ajoutée à la concurrence des Philippines et de l’Indonésie, mirent un terme à l'âge d'or de l'exploitation du Nickel qui, désormais, subirait les variations du marché.

L'exploitation de l'or vert en images

Nous vous proposons de découvrir quelques aspects de l'exploitation minière en archives. Avec, ci-dessous, la découverte d'un métier typique : les « rouleurs », ces conducteurs de camions prenant tous les risques pour conduire leur cargaison du site d'extraction à celui du traitement de la côte ouest.

À quoi ça sert le nickel ?

L’essentiel de la production mondiale de nickel (60 %) est utilisée dans la fabrication d’aciers inoxydables pour les appareils ménagers (résistances électriques chauffantes), l’automobile ou bien encore le bâtiment et les alliages pour l’aéronautique. Les nouvelles technologies, mais surtout le développement des voitures électriques, qui se rechargent au moyen de batteries nickel-cadmium, devraient relancer sa production, laissant miroiter de juteux profits à l'avenir.

« Ici, il suffit de rogner la montagne pour extraire le minerai indispensable à l'économie du XXe siècle... » L'archive ci-dessous date de 1975 et il était question de l'intérêt du nickel. Les investissements étaient considérables. Nous sommes à Népoui, dans la plus grande mine à ciel ouvert de nickel. À l'époque la moitié de la population vivait directement ou indirectement du nickel.

De Kouaoua à Doniambo

À 180 km au nord de Nouméa se trouve le site de Kouaoua, un autre grand gisement. Il faisait l'objet d'un reportage en 1988. Quatorze ans après son ouverture, il produisait un million de tonnes de nickel par an. Malgré la chute du prix et les fluctuations du dollar ou la concurrence indonésienne, le nickel restait rentable. Le nickel générait encore 12% du produit intérieur brut de l'archipel, apprend-on dans ce reportage. L'occasion de découvrir les conditions de travail particulièrement difficiles et des métiers comme conducteur d'engins de chantiers. Il était aussi question de la « serpentine de 11 km », un long conduit qui convoyait le minerai jusqu'à l'usine de transformation de l’usine de Doniambo, qui était alors le fleuron de la SLN. Elle restait le premier employeur privé de l'île, détenant 75 % de l’ensemble des réserves minières du territoire.

Dans la fonderie, si les emplois avaient diminué en nombre, ils s'étaient spécialisés. Dans trois grands fours électriques, le minerai était porté à 1500 degrés. Le mélange de fer et de nickel était ensuite utilisé pour la fabrication de superalliages, mais aussi pour frapper de la monnaie. Aujourd'hui encore, le nickel permet de renforcer la sécurité des pièces de monnaie. Il est utilisé à de très faibles quantités dans les pièces d'un et deux euros.

Le Nickel à la mine de Kouaoua
1988 - 00:00 - vidéo

Le partage de la richesse

Le nickel, principale richesse de l'île, fut, avant d'être un enjeu économique, un enjeu politique, notamment lors des accords de Nouméa en 1998. C'était le temps d'un nouvel âge d'or, avec l'essor des nouvelles technologies. L'accord décidait de partager les richesses générées par le nickel entre Eramet, la seule exploitation de l'île à l'époque et les indépendantistes. L'usine de Doniambo, évoquée dans l'archive précédente, se trouvait dans le sud de l'île, alors que les principaux gisements se trouvaient, eux, en province nord, gouvernée par les indépendantistes. Ces derniers réclamaient « une part de gâteau ». Pour éviter un nouveau conflit, le gouvernement, par la voix de Dominique Strauss-Kahn, ministre de l’Économie et des Finances, avait accepté de négocier. L'accord de Bercy serait signé en 2006.

Histoire de l'usine de nickel de Koniambo
2006 - 00:00 - vidéo

L'accord de Bercy aboutit en 2006 à la construction d'une usine de nickel à Koniambo, dite usine du nord.

L'innovation avec Goro Nickel

En 1999, dans le sud de la Nouvelle-Calédonie, la société canadienne Inco inaugurait son usine de Goro, appelée Goro Nickel. Lors de l'inauguration, la direction avait offert, comme la tradition l'oblige, des sculptures : un couple de grisbi et un ourson en nickel canadien.

Cette usine pilote avait été conçue pour extraire le nickel de la latérite (ou terre rouge) selon un nouveau procédé. Pour extraire le nickel et le cobalt des latérites, les industriels utilisent généralement un procédé dit « hydro-métallurgique ». Il s’agit d’un traitement chimique effectué dans un milieu à haute température et sous pression. L’attaque de la roche peut être effectuée à l’ammoniaque ou à l’acide sulfurique. L’usine de Goro Nickel fonctionnait par « lixiviation », à l’acide sous pression dans des autoclaves « de grosse cocottes-minutes ». On aboutit à la fin du processus à deux poudres de nickel et de cobalt.

L'archive ci-dessous présente le process.

Visite de l'usine de Goro Nickel
2001 - 00:00 - vidéo

 

 

Le revers de la médaille

L'exploitation du nickel n'est pas sans conséquences en matière d'écologie : pollution des sols, de l'air et de l'eau, déforestation massive sur une île abritant de nombreuses variétés rares et endogènes. En 2004, à Nouméa, la mairie s'inquiétait de la santé des riverains et de la qualité de l'air. En effet, les habitants des environs de Doniambo se plaignaient des émanations générées par la centrale métallurgique. Les collectivités et la SLN (Société Le Nickel) assuraient qu'elles accéléreraient les procédures de contrôle et de prévention...

En 2007, s'ouvrait une enquête publique sur les rejets de Goro Nickel. Cette archive présente la méthodologie employée et montre les efforts entrepris par Goro Nickel, avec la création d'une pépinière expérimentale et les expériences de reboisement et de réimplantation d'essences endogènes.

Les dossiers d'installation pour l'Environnement étaient présentés pour l'ensemble du chantier, l'usine, mais aussi le stockage des résidus, le rejet en mer des effluents liquides, le plan de sauvegarde de la biodiversité terrestre.

Quel bilan après 30 ans ?

Cette dernière archive, diffusée sur France 24 en 2018, à l'occasion de la visite d'Emmanuel Macron sur place en vue du référendum sur l'indépendance de l'île, établissait le bilan de la politique de rééquilibrage mise en place depuis trente ans en Nouvelle-Calédonie entre kanaks et européens. Plusieurs employés de l'entreprise de Koniambo Nickel, le maire de la ville de Kone et des habitants de la cité, donnaient leur opinion sur le résultat de ce rééquilibrage. Puis direction le sud, Nouméa, où le coût de la vie élevé amplifiait la fracture sociale toujours bien visible.

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