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Maurice Rajsfus, un enfant rescapé de la rafle du «Vél' d'Hiv» témoigne

Maurice Rajsfus, un enfant rescapé de la rafle du «Vél' d'Hiv» témoigne

Sur les 12 884 juifs raflés entre les 16 et 17 juillet 1942, un tiers était des enfants. Très peu survécurent. Ce fut pourtant le cas d'un historien qui ne dût sa vie qu'au choix déchirant de sa mère également arrêtée. Soixante ans après les faits, il racontait.

Par Florence Dartois - Publié le 13.06.2022
Témoignage d'un fils de déporté - 2002 - 02:04 - vidéo
 

Le 16 juillet 2002, un septuagénaire se souvenait de la rafle du Vel d'Hiv. Pour cet homme, cette date était aussi celle où lui et sa sœur avaient été séparés de leurs parents. C'était celle où sa mère l'avait pris pour la dernière fois dans ses bras .

Cet homme, c'est Maurice Rajsfus (1928-2020), il était fils de déporté juif polonais. Rescapé de la Shoah, il était devenu écrivain et historien. Militant, il avait consacré sa vie à dénoncer la répression sous toutes ses formes. Il  avait écrit des livres consacrés à cette période pour se souvenir d'abord, et pour dénoncer le zèle de la police française sous Vichy, ensuite. Dans l'interview en tête d'archive, il racontait dans le JT de 20 heures de France 2 comment s'était passée l'arrestation de sa famille et de quelle façon il avait pu s'échapper. Son témoignage alternait avec un commentaire sur des photographies d'époque.

Assis à son bureau, entouré de livres, 60 ans après les faits, il se replongeait dans ses souvenirs toujours vivaces. C'était l'été de ses 14 ans. Juillet 42. Maurice, sa sœur et ses parents juifs polonais, portent l'étoile jaune depuis 40 jours déjà. La police leur a interdit de s'éloigner. La chaleur et la peur plombent le petit appartement. Le septuagénaire raconte que le 16 juillet, à quatre heures et demie du matin, « la police a cogné violemment» chez eux, porte de Vincennes. Il décrit la stupéfaction de sa mère à l'idée qu'on allait embarquer ses enfants. « Elle n'arrêtait pas de dire aux policiers "mais mes enfants sont français !" Parce qu'on savait que prioritairement, c'était la chasse aux juifs étrangers», explique-t-il devant les caméras.

«On s'est dit au revoir»

La stupéfaction était d’autant plus grande que le policier était un ancien voisin qui les connaissait bien. La famille allait être entassée sans explication dans un pavillon crasseux avec 120 autres personnes. Maurice Rajsfus décrit l'interminable attente. A 16 heures enfin, un gradé déclare que les enfants de moins de 14 ans peuvent partir. Une chance et un déchirement que Maurice Rajsfus relate simplement malgré la gravité de ce qui se jouait alors : « Ma mère n'a pas hésité un instant, elle a dit "partez" à ma sœur et à moi. Elle s'est délestée de quelques billets de 1000 francs qu'elle avait dans sa poche, de son alliance et d'une bague. Et on est partis ».

Cette mère venait de sauver ses enfants. Elle avait déjà l’intuition que l'issue serait dramatique et avait préféré se séparer de son fils et de sa fille pour leur donner la chance de survivre, même sans elle.

Maurice Rajsfus poursuit sombrement : « On s'est dit au revoir ». Une phrase d'adieu gravée à jamais dans la mémoire de ce petit garçon devenu orphelin.

Le zèle de ce qu'il appelle « la horde policière » a mené ses parents à une mort certaine, à Auschwitz. Le fils arraché à sa famille n'a rien pardonné. Depuis les années 1980, il a fouillé dans l'histoire en quête d'explications, de signes tangibles de l'existence de ses parents. C'est avec désabusement et ironie qu'il conclut l'entretien, pointant le zèle des dirigeants de Vichy qui précipita près de 13 000 juifs vers une fin cruelle : « Je crois que les nazis avaient très bien compris la mentalité française. S'ils avaient faits les rafles eux-mêmes, ça aurait beaucoup moins bien fonctionné ». 

Pour les enseignants et leurs élèves

L'équipe de Lumni enseignement a réuni dans un même article trois archives sur la rafle du Vel' d'Hiv'.

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