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Matmatah : «La magie des Vieilles Charrues, c’est des mamies devant Iggy pop et des punks devant Pierre Perret»

Matmatah : «La magie des Vieilles Charrues, c’est des mamies devant Iggy pop et des punks devant Pierre Perret»

Le festival des Vieilles Charrues célèbre cette année sa 30e édition à Carhaix du 14 au 17 juillet. Pour l’occasion, nous avons rencontré Tristan Nihouarn, alias Stan, chanteur-guitariste de Matmatah. Le groupe se produira pour la sixième fois sur la scène du festival breton. Un record.

Propos recueillis par Benoît Dusanter - Publié le 11.07.2022

Depuis 1998, chaque concert de Matmatah aux Vieilles Charrues est un rendez-vous incontournable des festivaliers. Crédits : Lenny Urbain.

C’est désormais un incontournable de la saison estivale. Avec plus de 260 000 festivaliers, le festival des Vieilles Charrues s’est imposé en 30 éditions comme l’un des plus importants de France. Après une annulation en 2020 et une édition limitée en 2021 en raison du Covid, le festival carhaisien revient en force pour quatre jours de musique et de fête. Au programme : Stromae, DJ Snake, -M-, Orelsan, Angèle, mais aussi Matmatah, groupe familier du lieu. Les Brestois, qui détenaient déjà le record avec cinq passages sur la grande scène Glenmor, reviennent pour un sixième concert. Le chanteur et guitariste Tristan Nihouarn, alias Stan, nous raconte le lien du groupe avec le festival.

INA - Qu’est-ce que cela représente pour vous de jouer pour cette 30eme édition ?

Tristan Nihouarn – C’est beaucoup de stress mais aussi beaucoup de plaisir. Jouer aux « Charrues » n’a pas de comparaison avec d’autres concerts. Même lorsque nous sommes en tournée et que l’on enchaine les festivals, les Vieilles Charrues, c’est toujours un peu à part. Notamment pour la taille : c’est grand ! Et aussi pour le statut qu’à le festival pour nous en tant que Finistériens. D’ailleurs, quand on y joue, nous ne sommes plus Brestois, nous sommes Carhaisiens ! Cette année est particulière pour nous car nous ne sommes pas en tournée. Ce sera la sixième fois mais on ne s’y habitue jamais. C’est toujours autant spécial.

INA - En 30 éditions, le festival est passé de la kermesse de village à l’un plus grands festivals de France et d’Europe. Comment l’expliquez-vous ?

T. N. – Je dis toujours que c’est un cochon grillé qui a dégénéré (rires). Je crois qu’il n’y avait même pas de musique pour la première édition en 1992. L’esprit bon enfant et convivial a été instauré dès le départ. Tout est parti d’une bande d’amis autour de Christian Troadec (membre fondateur du festival et maire de la commune de Carhaix depuis 2001). Ils ont voulu faire un pied de nez au rassemblement de vieux gréments organisé à Brest. Les Finistériens du Ker Breizh (centre Bretagne) organisaient leur événement face aux Finistériens de la côte. "Nous on n’a pas de bateaux, mais on a des charrues". Toute l’ambiance du festival vient de là. Et le public vient pour cela. Finalement, les gens ne viennent pas pour un nom, ils viennent pour le festival. L’affiche des Vieilles Charrues, c’est les Vieilles Charrues. C’est devenu un mastodonte mais il reste ce côté convivial.

 

INA - C’est cette convivialité qui fait la particularité du festival selon vous ?

T. N. – Il y a un côté un peu résistant parce que c’est un festival ouvert. Au début, il se faisait cracher dessus par la presse spécialisée car il était trop éclectique et parce qu’il se passait au fin fond de la Bretagne. C’était un peu le « festival des culs terreux ». J’ai vu des artistes arriver avec cet état d’esprit et ressortir de scène blêmes car ils avaient été complétement retournés par le public. C’est ça les Vieilles Charrues. Il se passe un truc. Le festival est dans les petits papiers des médias désormais. Ce n’est pas un festival de niche et c’est ce qui fait sa force. On pouvait voir Iggy Pop et Charles Trenet le même jour ! Il y a des mamies devant Iggy pop et des punks devant «Le zizi» de Pierre Perret… C’est la magie de Carhaix ! Et puis c’est comme une fête de famille avec tous les techniciens, les bénévoles. Quand tu es en tournée tout l’été et que tu es fatigué et qu’un festival t’accueille bien, ça compte énormément et c’est déterminant pour ce que tu vas faire sur scène. C’est bien aussi de voir le festival de pleins d’endroits différents. On a pour habitude de se balader un peu partout.

INA – Parlez-nous de vos différentes expériences.

T. N. - Chaque édition est différente. La première fois pour nous, c’était en juillet 1998. Notre premier album «La Ouache» venait de sortir en juin. Le festival qui se déroulait initialement dans le bourg de Carhaix se délocalisait dans la prairie de Kerampuilh. C’était aussi la Coupe du Monde de football. Nous avons joué à 02 heures du matin. Je me souviens d’avoir passé une journée entière dans des loges en algéco. Nous entendions Jean-Louis Aubert enchainer les tubes de Téléphone. On se demandait ce que nous faisions là. Nous étions totalement inconscients. C’est un peu comme le parachute. La première fois, ça ne fait pas peur car tu ne sais pas ce que c’est. 

La deuxième, c’était l’année suivante en 1999. En un an, le groupe a explosé et nous sommes devenus connus nationalement. Le concert a été filmé donc pour moi ce sont des faux souvenirs en quelque sorte. Nous étions passés par les Eurockéennes, les Francofolies et tous les festivals nous paraissaient beaucoup plus petits que les Vieilles Charrues.

La troisième fois c’était en 2001. C’est l’année mythique. Je crois que c’est l’édition qui est restée dans les mémoires de tous : organisateurs, techniciens, bénévoles, festivaliers, musiciens… Nous avons joué le même soir que Noir Désir et Manu Chao. Nous n’étions pas très contents car on jouait de jour alors qu’on avait prévu un jeu de lumières. Mais finalement, c’était encore mieux car on voyait le public. Là, il s’est passé quelque chose. Je crois que les images en attestent.

En 2008, c’était pour la tournée d’adieux. C’était différent. Nous avions un goût amer. Sympa mais un peu triste. Quand nous sommes descendus de scène, les bénévoles nous ont fait une haie d’honneur jusqu’à nos loges. C’est quelque chose qu’on ne trouve qu’aux Vieilles Charrues.

Et puis 2022 donc. Ça devait être 2021 mais le Covid nous a permis de nous préparer un peu plus ! A chaque fois nous avons une sensation particulière. Un peu comme si on allait à un mariage !

INA - Votre plus grand souvenir là-bas ?

T. N. – Musicalement parlant je crois que c’était en 2003. Rodolphe Burger avait invité Alain Bashung pour quelques morceaux. J’étais sur le côté de la scène. Il y avait beaucoup de fumée et une ambiance de western. C’était vraiment super.

INA - Une anecdote ?

T. N. – Nous évoquions tout à l’heure le côté familial des Vieilles Charrues. A chaque édition, nous prenons la même photo avec la même famille. A chaque fois, ils nous montrent les photos d’avant. Au début il y avait des bébés. Maintenant ils doivent avoir 25 ans ! Qui sait si nous la ferons cette année ?

INA - Vous êtes des enfants du rock, êtes-vous également des enfants de la télé ?

T. N. – Nous sommes clairement de la génération clip. Mais je crois que je préfère les scopitones. Parfois, on souhaite juste voir les artistes jouer leurs chansons sans forcément qu’il y ait une mise en scène vidéo derrière. Des émissions comme « Les enfants du rock » et « Nulle part ailleurs » nous ont permis de découvrir des artistes. En Bretagne, il y avait une émission baptisée « Tempo » sur FR3 présentée par Albert Choisnet. C’était génial. Les groupes du coin faisaient de la télé avec trois bouts de ficelle. J’étais content de voir des groupes brestois comme Les Locataires ou Happy Drivers à la télé. Il y avait Elmer Food Beat aussi. C’était les enfants du rock du coin !

Interview des Locataires
1993 - 01:17 - vidéo

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