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Marie-Claire Chevalier à propos de l’avortement : «On n’avait que ce moyen-là»

Marie-Claire Chevalier à propos de l’avortement : «On n’avait que ce moyen-là»

Marie-Claire Chevalier, défendue par Gisèle Halimi lors du procès de Bobigny après un avortement illégal, est morte. En 1972, son procès avait été un premier pas vers la légalisation de l’avortement.

Par Florence Dartois - Publié le 25.01.2022
Magazine des femmes : l'avortement - 1972 - 01:58 - vidéo
 

Marie-Claire Chevalier est décédée à 66 ans dimanche 23 janvier des suites d'une longue maladie, a annoncé sa famille à France 3 Centre-Val de Loire. En 1972, la jeune fille était devenue le symbole de la lutte pour la légalisation de l'avortement. A 16 ans, Marie-Claire Chevalier  avait été obligée d'avorter après avoir été violée par un garçon de son lycée. A l’époque l’avortement était illégal. Dénoncée par le lycéen, la jeune-fille, sa mère et deux autres femmes impliquées dans l’avortement avaient été inculpées pour complicité ou pratique de l'avortement.

La défense de Marie-Claire était alors assurée par Gisèle Halimi, une avocate de 45 ans, militante féministe, qui avait déjà dénoncé les tortures et viols commis par l'armée française en Algérie. Mobilisant les médias, l’avocate allait faire de ce procès une tribune en faveur de l’avortement. L’archive en tête d’article est un document exceptionnel. Il s’agit de l’une des seules interviews de l’adolescente, accordée à Jacqueline Alexandre pour le « Magazine des femmes » de la première chaîne le 16 octobre 1972. La jeune fille témoignait  le visage caché. 

Marie-Claire revenait sur les circonstances de sa grossesse. Si elle ne prononçait pas le mot de viol, elle décrivait clairement le comportement violent du lycéen à son égard : « Il m’a forcé, il m’a même brutalisé, il m’a donné des coups ». Elle confiait lui avoir parlé de son projet d’avortement : « Et je crois que c’est même lui qui m’a dénoncé. »

Un avortement médiatisé

La jeune fille s'était alors adressée à sa mère lui exprimant son désir d’avorter : « Je lui ai dit que je ne voulais absolument pas garder l’enfant d’un voyou. Je n’avais pas de situation. Je venais de quitter l’école, je n’étais pas préparée à avoir un enfant (…) Ma mère m’a aidé comme elle a pu. On n’avait que ce moyen-là. Si on avait d’autres moyens, j’aurais fait autrement. »

Son procès allait durer deux mois entre octobre et novembre 1972. Mobilisant les médias, l’avocate allait faire de ce procès de Bobigny une tribune en faveur de l’avortement. Le 22 novembre, l’adolescente était relaxée. Une victoire et un électrochoc pour la société. Il s’agissait pour Gisèle Halimi d’un premier pas déterminant vers la légalisation de l’IVG. A la sortie du tribunal, elle déclarait : « Ce jugement est quand même un pas irréversible pour un changement de la loi. »

Avortement : procès Bobigny
1972 - 02:45 - vidéo

Le retentissement médiatique, sociétal et politique de ce procès allait agir comme un révélateur du changement progressif des mentalités. Le 17 janvier 1975, la loi Veil dépénalisant l'avortement était enfin promulguée, fruit du combat de la ministre de la santé Simone Veil, et d'autres militantes de la cause féministe comme Gisèle Halimi.

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