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Les Maisons Phénix, un rêve abordable qui se transforme parfois en cauchemar onéreux

Les Maisons Phénix, un rêve abordable qui se transforme parfois en cauchemar onéreux

Le groupe Geoxia, constructeur des maisons individuelles « Phénix », a été mis en liquidation par le tribunal de commerce de Nanterre. Né après la Seconde Guerre mondiale, le concept de la maison préfabriquée « Phénix » devait offrir un accès à la propriété à moindre coût, mais réservait parfois de mauvaises surprises.

Par la rédaction de l'INA - Publié le 30.06.2022
 

Né au sortir de la guerre en 1946, le concept de la maison préfabriquée « Phénix » a permis à des milliers de foyers modestes d’accéder à la propriété à moindre coût. Un modèle qui a fait long feu et pourrait bientôt disparaître. Mardi 28 juin, le tribunal de commerce de Nanterre a en effet décidé de mettre en liquidation quatorze des dix-sept sociétés du deuxième constructeur français de maisons individuelles. Et notamment les célèbres Maisons Phénix. Le groupe Geoxia, constructeur des maisons individuelles « Phénix », avait été placé en redressement judiciaire le 24 mai 2022 après s’être retrouvé acculé par la crise liée au Covid, le coût en constante augmentation des matières premières et l’augmentation du prix de l'énergie.

Dans les années 1950, l’entreprise des Maisons Phénix était dirigée par son fondateur, le polytechnicien Roger Boutteville. C’est lui qui avait eu l’idée, dans une période où les logements manquaient, de mettre sur le marché des pavillons préfabriqués industriellement et rapides à construire. Grâce à des structures métalliques et des panneaux de béton fabriqués en série dans son usine, le constructeur avait fait baisser les coûts de construction de son modèle standardisé et rendu accessible le rêve du petit pavillon. Un vrai succès.

Mais ce rêve virait parfois au cauchemar pour certains propriétaires. C'est ce que montre la première archive présentée en tête d’article. Car dans les années 1980, les malfaçons constatées dans certains lotissements commençaient à être dénoncées par les associations de consommateurs. En mars 1981, le magazine d’actualités « C’est à vous » avait enquêté auprès de malchanceux acheteurs. Le reportage pointait du doigt la publicité bien souvent mensongère faite autour de ces fameux lotissements livrés « clés en mains à des prix très compétitifs ». Dans les brochures alléchantes, on promettait en effet la tranquillité, une bonne isolation thermique et phonique, des matériaux de qualité conformes aux lois et normes en vigueur pour les constructions individuelles. Mais derrière ces prix attractifs se cachaient une construction bas de gamme, bâclée, et donc, « de sérieuses mésaventures ».

Du vent et de l'eau

Après quelques mois, certains acquéreurs déchantaient et se retrouvaient dans des situations périlleuses, constatant de l’humidité, des fissures, une mauvaise isolation phonique ou des pannes de chauffage. A l’image de monsieur Roux, le très stoïque, propriétaire d’un pavillon Phénix à Pourrières, dans les Bouches-du-Rhône. Les images du reportage montraient sa « belle maison » qui avait été « montée de travers », lui rendant impossible l'ouverture ou la fermeture de ses portes et fenêtres ! Une maison ouverte aux quatre vents, en somme.

Dans un lotissement voisin, à Ventabien, le reportage relatait les mésaventures rencontrées par une autre famille. Même désillusion. A cause d'une malfaçon, le propriétaire, plutôt conciliant lui aussi, avait vu sa cave inondée et de nombreuses « tâches géométriques » apparaître sur ses plafonds pour un défaut d'isolation. Malgré les circonstances, il racontait avec un certain humour ses échanges avec le promoteur. Comme d'autres victimes, il n'aurait pas d'indemnisation mais devrait lui-même réparer les dommages.

Des paysages défigurés

Les lotissements de maisons préfabriquées posaient d’autres problèmes d'ordre esthétique à découvrir dans la vidéo ci-dessous. En juillet 1980, la population de Saint-Etienne dans le massif du Pilat était vent debout. L’ancienne municipalité avait autorisé le promoteur à construire plusieurs maisons près des gorges de la Loire, défigurant le paysage et provoquant une polémique locale. Une décision d'urbanisation qui avait placé les logements sur un site, certes magnifique, mais sur de hauts plateaux exposés aux vents et bien souvent inaccessibles en hiver. Pourtant, les habitants, tout à leur emménagement, ne semblaient pas prendre conscience des complications à venir.

Lotissements Maisons Phénix
1980 - 03:20 - vidéo

En juin 2005, les Maisons Phénix est devenue Geoxia. La même année, le promoteur faisait appel à l’architecte Jacques Ferrier pour concevoir une nouvelle génération de maisons style « Loft » et couleurs vives. Il présentait son prototype, la « Phénix Concept House », à Meaux. Il allait être commercialisé l'année suivante, en 2006. En 2007, Geoxia proposait une maison dite « basse consommation » certifiée NF et fabriquée selon le procédé Maisons Phénix, avec sa structure en acier et des dalles béton fibrées de bois. Ces innovations n'ont pas évité la liquidation. La hausse des prix de l’immobilier, la diminution des aides à l’accession à la propriété ont diminué le nombre des achats immobiliers de leur cœur de cible. La flambée des prix des matériaux et de l’énergie viennent de porter un coup fatal au rêve de l'accession à la propriété pour les plus modestes.

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