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Les falaises d'Etretat, un patrimoine géologique en péril

Les falaises d'Etretat, un patrimoine géologique en péril

Le 1er janvier 2022, des blocs de plusieurs tonnes de craie se sont détachés des falaises en surplomb de la plage des Tilleuls près d'Étretat. Ces falaises vieilles de plusieurs millions d’années sont fragilisées par l’érosion et étudiées avec attention par les géologues depuis les années 1980.

Par Florence Dartois - Publié le 05.01.2022
Géologie des falaises d'Etretat - 1986 - 03:39 - vidéo
 

Le samedi 1er janvier 2022, un éboulement s’est produit sur la plage du Tilleul (Seine-Maritime). Quelques semaines plus tôt, le 5 décembre 2021, un énorme pan de falaise était déjà tombé entre la Pointe de la Courtine et la plage du Tilleul, à l'extrémité du golf d'Etretat. Le littoral du département de la Seine-Maritime est constitué (entre les vallées et les valleuses) de hautes falaises de craie qui s'étendent sur près de 120 kilomètres entre Le Havre et Le Tréport. Ces falaises sont de plus en plus fragilisées par l’érosion.

Elles sont attaquées à leur base par la mer et les galets. En hauteur, elles le sont par des infiltrations. Cette érosion est responsable du recul de la limite entre la terre et la mer. En Seine-Maritime, ce recul du trait de côte est estimé à environ 20 centimètres par an, selon les autorités. Interrogé le 2 janvier 2022 sur France 2 à propos de la progression de l'érosion du littoral seinomarin, Stéphane Costa, professeur de géographie à l'université de Caen, expliquait qu'avec « un réchauffement climatique et une élévation du niveau des mers induite, l'attaque des vagues au pied des falaises sera beaucoup plus intense, et donc ces phénomènes d'effondrement risquent d'être plus fréquents. »  

L’archive proposée en tête d’article est un reportage de Normandie actualités de 1986. Il relate l’histoire de la formation géologique de ces falaises. Admirées des hommes depuis des millénaires, elles semblaient immuables, pourtant une menace pesait sur elles. Sur la plage, en contre-bas de ces impressionnantes façades rocheuses, un géologue datait le phénomène de sédimentation de ces aplombs crayeux du pays de Caux : « Ça remonte au Sénonien, une époque du Crétacé qui date d’entre 100 et 70 millions d’années. Donc la structure même des falaises, la craie est très ancienne. »

Le découpage des falaises était selon lui beaucoup plus récent. Il citait l'exemple de la célèbre aiguille d’Etretat rendue célèbre par Arsène Lupin, le héros littéraire de Maurice Leblanc. Le scientifique précisait que cette découpe n'était pas très différente de celle dessinée sur d’antiques cartes, notamment à l’époque romaine : « L’aiguille d’Etretat telle qu’elle est actuellement date d’au moins deux millénaires. Elle s’est certainement fabriquée entre 2000 ans et 5000 ans. »

Une menaçante érosion

Le géologue précisait néanmoins que cet aspect se modifierait au gré de l’érosion provoquée par des facteurs « continentaux » : le gel, le ruissellement et l’infiltration des eaux de pluie dans la craie. Une eau ruisselant dans tout un réseau de rivières souterraines, de poches, de cavernes, « et l’eau contient du gaz carbonique qui dissout le calcaire progressivement », ajoutait-il.

A cette érosion des falaises s’ajoutait celle de la plage. Elle provoquait déjà la disparition progressive des galets et représentait à ses yeux une menace concrète pour Etretat : « En hiver, fréquemment, la plage d’Etretat est « démaigrie », suffisamment pour que lorsqu’il y a un coup de vent d’Ouest, on ait des risques d’inondation dans la ville ».

Des mesures de surveillance de l'érosion allaient se mettre en place dès la fin des années 1980. En 1988, un reportage décrivait l’examen hivernal des falaises réalisé par une équipe de géologues du centre d’étude techniques de l’équipement de Lyon. Un travail difficile et périlleux expliqué dans la vidéo ci-dessous. A l'époque, le journaliste affirmait dans son commentaire que plus denses, ces falaises tiendraient mieux et plus longtemps que d’autres. Il concluait, optimiste : « On pourra y rêver encore pendant quelques siècles ».

Auscultation des falaises d'Etretat
1988 - 02:01 - vidéo

« Au bout de leurs fils, ils auscultent les failles observant les couches de craies ». Leur mission : s’assurer que sous le chemin de randonneurs, le surplomb soit bien stable et délimiter les zones potentiellement dangereuses.

Un dizaine d'années plus tard, en 2001, le diagnostic était moins optimiste. Les scientifiques avaient du mal à expliquer le recul de la côte des Tilleuls de 35 mètres en un siècle. Réunis en colloque, ils se lançaient dans une cartographie des risques d'éboulements des falaises du littoral. La trentaine de géologues, physiciens, hydrologues réunis cette semaine-là allaient étudier les 140 km de côtes entre les Tilleuls et Ault dans la Somme. L’objectif de cette étude : comprendre l’instabilité de ces falaises et ainsi identifier les lieux dangereux.

Colloque sur l'érosion des falaises
2001 - 01:52 - vidéo

Les falaises d’Etretat représentent un véritable laboratoire à ciel ouvert. Un géologue de l’université de Brighton insiste sur leur importance pour appréhender le phénomène : « On voit bien la structure des roches (…) en regardant les falaises d’ici, on peut apprendre beaucoup sur la craie des côtes anglaises ou du nord de la France. »

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