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"Le prix du danger", le "Squid Game" à la française des années 1980

"Le prix du danger", le "Squid Game" à la française des années 1980

"Squid Game", une série coréenne en forme de critique sociale aux accents de violence fait un tabac sur Netflix. Son sujet n'est pas sans rappeler celui traité dans le film de 1983 d'Yves Boisset, "Le prix du danger", lui-même une satire sur la violence à la télévision. A l'époque, il avait choqué.

Par Florence Dartois - Publié le 13.10.2021
 

C'est du jamais vu sur Netflix, Squid Game, la série coréenne de Hwang Dong-hyuk a atteint 111 millions de comptes Netflix au cours de ses 17 premiers jours de diffusion. Des chiffres affolants puisque la firme compte environ 210 millions d'abonnés dans le monde.  Un succès qui interroge sur la fascination des spectateurs face à cette violence gore. Depuis son lancement, la série en forme de satire sociale, aux accents de Battle Royale ou Hunger Games, croule sous les éloges. Un succès qui peut interroger sur la fascination des spectateurs pour les programmes violents.

Le pitch est simple : 456 personnes avec des problèmes d’argent participent à des jeux d’enfants pour espérer toucher le gros lot. Mais les perdants de chaque jeu sont exécutés sur-le-champ de manière plus ou moins gore. Son concepteur a mis 10 ans a écrire cette métaphore des inégalités sociales, de la violence de classe de son pays. Il a souhaité éclairer, sous la forme horrifique, les déviances de la société sud-coréenne d’aujourd’hui.

Des hommes désespérés qui acceptent de jouer au prix de leur vie, c'est le sujet d'un film français  des années 1980. En 1983, le cinéaste français Yves Boisset avait lui aussi voulu dénoncer les excès de la société de consommation, sous l'angle des débordements des médias, à travers le prisme d'un jeu télévisé cruel et meurtrier. Dans Le prix du danger, il est question d'une émission meurtrière lancée par une chaîne de télévision privée dans laquelle un candidat a 5 heures pour échapper à 5 tueurs lancés à ses trousses dans une ville. S'il réussit à ne pas se faire tuer, il gagne une fortune. La seule différence ici, c'est que le jeu est un jeu télévisé, contrairement à Squid Game.

L'argent du désespoir

Dans la série, la misère sociale pousse les protagonistes à accepter de jouer dans l'espoir de changer leur vie. Un facteur important relevé dans le film d'Yves Boisset. Dans l'archive en tête d'article, datée du 19 janvier 1983, Gérard Lanvin, qui joue le joueur pourchassé, revient sur la plausibilité d'une telle situation et explique pourquoi, selon lui, un homme pourrait accepter de participer à un jeu mortel : "Je me suis dit que finalement aujourd'hui, on avait la possibilité de trouver ce genre d'individus dans la rue tout simplement. Un type qui s'ennuie, qui n'a plus rien, qui n'a plus d'espoir, plus de rêve et à qui on propose un million de dollars pour radicalement changer toute sa vie". Lui en était certain à l'époque, "par les temps qui courent, on devrait pouvoir en trouver assez fréquemment maintenant. Et je me suis dit qu'à partir du moment où j'y croyais à ce personnage… Il a été facile de s'introduire à l'intérieur, et de trouver toutes les motivations pour le jouer."

Et lorsque la journaliste lui demande s'il croit vraiment que pour de l'argent des gens seraient capables de jouer à un tel jeu, l'acteur est catégorique : "Pour de l'argent, les gens sont capable de faire n'importe quoi. C'est évident". Une affirmation, parfaitement illustrée par la série coréenne.

Voyeurisme télévisé

A l'époque de sa sortie, bien avant l'apparition de la télé-réalité, la violence évoquée dans Le prix du danger et la dénonciation du voyeurisme de la télévision avaient soulevé de vives critiques. Mais, pour Yves Boisset, rien de tout ce qu'il dénonçait ici, n'était impossible, juste une anticipation.

Le 29 janvier 1983, à ce journaliste qui l'interrogeait sur son "sujet à la limite de l'insupportable et je pèse mes mots", Yves Boisset faisait observer que la réalité des jeux télévisés risquerait de bientôt dépasser la fiction et que cette violence existait déjà : "On n'en est pas très loin, dans la mesure où il y a certaines émissions de télévision, pas en France, mais en Allemagne ou aux Etats-Unis, qui, sont des jeux télés d'une cruauté assez exceptionnelle. Ils mettent en cause la vie des candidats, qui se retrouvent estropiés, mutilés, ébouillantés, échaudés, brûlés vifs, quand ils n'y laissent pas leur vie."

Alors que le journaliste déplorait l'aspect "malsain" du film, tout en s'étonnant de son succès auprès du public qui riait, le cinéaste plaisantait : "Parce que le public est beaucoup plus sain que vous. Le public n'est pas pervers". Les personnages de son film devaient être vus, à son avis, comme des projections dans l'avenir, et son film comme une satire de science-fiction, ce qu'avaient bien compris les spectateurs.

Le succès surprise de Squid Game inquiète aujourd'hui pour d'autres raisons. Certains établissements scolaires craignent une flambée de jeux violents dans les cours de récréation et certains directeurs appellent à la vigilance des parents. Rappelons que Squid Game est déconseillé pour les moins de 16 ans.

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