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Le coup de foudre d'un Marseillais pour les orages d'Auvergne

Le coup de foudre d'un Marseillais pour les orages d'Auvergne

Une partie de la France a été traversée mardi 16 août par une cellule orageuse intense. Qui dit orages, dit tonnerre, éclairs et foudre. Loin de les fuir, certains les poursuivent. Portrait d'Alex Hermant, un chasseur d'orages.

Par Florence Dartois - Publié le 06.06.2022 - Mis à jour le 17.08.2022
Page de l'été : Passion foudre - 1992 - 08:01 - vidéo
 

Chaque nouvel épisode orageux est une fête pour ces passionnés d'orages. Nous allons découvrir le portrait de l'un de ces « allumés » des éclairs grâce à l'archive présentée en tête d’article. Cet amoureux du tonnerre c’est Alex Hermant, chasseur d’orages depuis ses 7 ans. En 1992, il venait de s’installer à Marcenat, dans le Cantal, pour assouvir sa passion et capturer sur la pellicule le maximum de ces phénomènes insaisissables et captivants. En choisissant de s'installer dans cette région, il se retrouvait ainsi en plein cœur « du plus gros foyer orageux français ». Un paradis en somme pour cet amoureux de la lumière qu’il traquait professionnellement depuis 10 ans.

En ce chaud mois de juillet 1992, FR3 l'avait suivi dans les champs verdoyants auvergnats. Mais le jour du reportage, le chasseur d’orages déplorait l’absence de signes avant-coureurs. Pas de chance, ce soir-là, il ne tonnerait pas, annonçait-il, « on est dans la situation absolument à l’inverse de l’orage, on a un anticyclone ». Et pour ajouter à son désarroi, le ciel était larvé de « cumulus complètement désagrégés… pour aujourd’hui, c’est foutu » déplorait-il, avec une pointe de son accent marseillais.

« Mettre la foudre sous pellicule »

Qu’à cela ne tienne, il profiterait de ce temps calme pour décrire son métier de « traqueur d’orages ». Une traque qui débutait toujours dans son bureau où un minitel et une immense carte de France lui permettaient de chercher les cellules orageuses, pour ensuite « mettre la foudre sous pellicule ». Une fois la zone repérée, Alex Hermant partait faire ses clichés. Autrefois, il se déplaçait à pied pour poser ses trépieds « au plus près de l’orage ». Désormais, c'est en voiture qu'il assurait ses missions, pour se protéger « de la pluie », mais aussi des impacts. Il reconnaissait que sans cet abri mobile, il aurait pu être « foudroyé une dizaine de fois ».

Mais qu'on ne s'y trompe pas, le jeune homme à la voix douce aimait se confronter à la force de l’orage. Il aimait les traquer, parfois il les filmait. La suite du reportage montrait justement l’une de ses vidéos impressionnantes dans laquelle il analysait les détails d’un phénomène très furtif : « trois coups avec un impact et un amorçage ». Le téléspectateur aurait le droit à un second visionnage, au ralenti, pour confirmer l’analyse  du chasseur d’orages.

Les risques du métier

À Marcenat, une salle de la mairie exposait ses magnifiques photos de foudre, les plus impressionnantes, sélectionnées parmi les milliers de clichés pris depuis une décennie. Des films étaient également projetés. Alex racontait qu’il pouvait rester « quatre ou cinq jours », parfois jusqu’à « une semaine », dans sa voiture pour capturer l’image parfaite. Une course folle qui un jour avait failli mal tourner.

Il racontait en effet comment un jour, « sous une cellule stationnaire apocalyptique », sa voiture avait été frappée par la foudre alors qu’il conduisait, précisant d’un air volubile avoir « ressenti une commotion, j’ai eu la mâchoire paralysée, le bras tétanisé, les mains qui tremblaient… ». Et ajoutant dans un sourire avoir vécu « une perte de vue de quelques secondes ». Bref un véritable coup de foudre aveuglant. Il reconnaissait avoir eu « très peur » sur cette petite route isolée où tout était « assez effrayant, il y avait un déluge d’eau, de grêle ».

Il confiait ensuite avoir rapidement regretté de ne pas avoir pris de photos et être retourné dedans quelques minutes plus tard, arguant que c’était normal, c’était « son métier ».

Une approche scientifique

Sa fascination « de la cassure de l’univers quotidien, du paysage familier », de la « violence des éclairs », il aimait la partager dans des expositions. Une « quête d’émotions » qu’il aimait de plus en plus immortaliser dans des films, car sur une photo, selon lui, on perdait « 90% de l’émotion reçue sur le terrain ».

Sa quête, Alex Hermant  la menait aussi au service de la société. À Marcenat, il venait de rejoindre une expérimentation scientifique en s’associant avec la première association française de protection contre les orages qui allait tester le premier paratonnerre à pulsar, un engin expérimental. Passé « l’exaltation » du coup de foudre, il cherchait désormais à percer les mystères des orages avec de vrais spécialistes et des scientifiques.

En 2000, le 20 heures de France 2 avait suivi Alex Hermant, dans sa voiture, un soir d’orage dans sa traque de la foudre. Ce soir-là, il le reconnaissait, certains éclairs se baladant « dans le ciel clair » pouvaient être « très dangereux » et frapper « très loin de l’orage initial ». Sur des images de multiples impacts lumineux il décrivait ce plaisir de suivre « cette montée dramatique » qui le conduirait un jour peut-être à saisir le « super volt », l’orage le plus rapide de la planète, le Graal des chasseurs d’orages.

Alex Hermant, chasseur d'orages
2000 - 02:24 - vidéo

Pour aller plus loin : 

Samedi 4 juin 2022, en fin d'après-midi, lors d'un violent orage, un chasseur d'orages a capturé l'image du « scintillement » de la foudre au moment précis où elle frappait le sommet de la tour Eiffel à Paris. 

Ce n'est d’ailleurs pas la première fois que la foudre s'abat sur l’emblème de la capitale. Selon son site officiel, on compterait en moyenne cinq impacts par an depuis 1889. Un phénomène impressionnant mais sans danger puisque l’édifice possède quatre paratonnerres installés à son sommet, permettant de disperser l'électricité.

Portraits de chasseurs d'orages : 

Fabrice, chasseur d'orages depuis ses 11 ans (2000) , Michel, le retraité chasseur d'orages (2004), Yoann dans le Var (2015)

Et aussi, les photos d'Alex Hermant à découvrir sur le site Chasseurs d'orages

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