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Le chlordécone, ce « poison des Antilles » suspecté depuis les années 1990

Le chlordécone, ce « poison des Antilles » suspecté depuis les années 1990

Un décret publié mercredi 22 décembre au Journal officiel reconnaît le cancer de la prostate comme maladie professionnelle liée à l'exposition au chlordécone, cet insecticide potentiellement cancérigène. Utilisé massivement depuis les années 70 dans les bananeraies des Antilles, il avait été interdit en 1993.

 

Par la rédaction de l'INA - Publié le 17.09.2019 - Mis à jour le 06.04.2022
Chlordécone : le poison des Antilles - 2021 - 02:20 - vidéo
 

L'actualité : 

Nouveau rebondissement dans l'affaire du  chlordécone aux Antilles. Les deux juges d’instruction du pôle santé publique du tribunal judiciaire de Paris ont prononcé le 25 mars la fin des investigations sans mise en cause dans l’enquête sur l’empoisonnement des Antilles avec ce pesticide. Une information révélée par l'AFP le mardi 5 avril, de sources proches du dossier. C'est un coup dur pour les associations martiniquaises et guadeloupéennes qui avaient déposé plainte dès 2006 pour empoisonnement, mise en danger de la vie d’autrui et administration de substance nuisible.

Le chlordécone est le nom d'un pesticide utilisé en masse entre les années 70 et 90, notamment dans les bananeraies entre 1972 à 1993. Longtemps resté sous silence, le dossier avait récemment avancé pour les victimes en Martinique et en Guadeloupe. Le gouvernement ayant lancé le 5 février 2021 un plan de réparation.

Un décret publié mercredi 22 décembre 2021  au Journal officiel reconnaissait pourtant le cancer de la prostate comme maladie professionnelle liée à l'exposition à cet insecticide potentiellement cancérigène. C'était une victoire pour les malades qui se battaient depuis une dizaine d'années pour faire reconnaître leur statut de victime.

L'archive : 

La vidéo en tête d'article revient sur les ravages de ce produit. Le chlordécone était répandu sur les champs pour tuer les charançons, des parasites du bananier. Dans les années 70, il est classé cancérogène possible par l’OMS. Interdit d'utilisation aux Etats-Unis dès 1976, puis en France métropolitaine en 1990, le chlordécone a cependant encore été utilisé jusqu'en 1993 dans les Antilles françaises. Cinq ans après, il persistait dans les sols et les nappes phréatiques. 

En 1998, René Amaury, technicien à la Chambre d'agriculture, était déjà conscient du problème : « Nous savons qu'en ce moment il y a des stockages de molécules au niveau de nos sols, mais aussi, n'ayant pas de labos pouvant mesurer les taux de résidus de pesticides dans pas mal de produits, nous ne savons pas trop à quoi nous nous exposons ». 

Alertes sur les conséquences sanitaires

En 2000, le chlordécone est dans le viseur des chercheurs. Il est relevé en quantité très élevée dans l’eau, au point que la pêche est interdite par endroits. Sur l’homme, il pourrait être à l’origine de cancers de la prostate comme l'expliquait le Dr Daniel Vacque : « En Guadeloupe, il y a un problème vraiment particulier sur le cancer de prostate qui montre que nous avons trois à quatre fois plus de cancers de la prostate qu’en métropole et qu’un des facteurs incriminés sera certainement l’intoxication par les pesticides ».

Les spécialistes parlent alors de pesticides, ils soupçonnent un effet cocktail et aucun produit n’est ciblé en particulier. En 2007, en revanche, une étude du professeur Belpomme vise clairement le chlordécone. Il alerte alors sur une « affaire (...) plus grave que le sang contaminé puisque c'est une population entière qu'on a empoisonnée ». Cette annonce fait l’effet d’une bombe, mais l’étude est contestée. Le scandale du chlordécone tombe dans l’oubli avant de refaire surface en 2018, lors d’une visite présidentielle d’Emmanuel Macron aux Antilles. L’État reconnaît alors avoir permis l’usage d’un produit dangereux.

Plus de 90% de la population adulte en Guadeloupe et en Martinique serait actuellement contaminée par le chlordécone, selon Santé publique France. Avec ce décret du 22 décembre 2021, tous les exploitants ou salariés agricoles pourront demander une reconnaissance sous deux conditions : qu'ils aient travaillé durant au moins dix ans au contact du produit, et que moins de quarante ans se soient écoulés entre leur dernière exposition et le diagnostic de cancer de la prostate.

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