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Le chlordécone : ce "poison des Antilles" suspecté depuis les années 1990

Le chlordécone : ce "poison des Antilles" suspecté depuis les années 1990

La population martiniquaise est appelée à manifester ce samedi pour dénoncer l’empoisonnement des ouvriers agricoles avec cet insecticide potentiellement cancérigène, utilisé massivement dans les bananeraies des Antilles pendant une trentaine d'années.


Par la rédaction de l'INA - Publié le 17.09.2019 - Mis à jour le 07.04.2021
Chlordécone : le poison des Antilles - 2021 - 02:20 - vidéo
 
La population martiniquaise est appelée à manifester ce samedi pour dénoncer l'empoisonnement des ouvriers agricoles avec cet insecticide potentiellement cancérigène, utilisé massivement dans les bananeraies des Antilles pendant une trentaine d'années. Retour sur un scandale sanitaire.

C’est un scandale sanitaire de grande ampleur aux Antilles, reconnu par l’État seulement en 2018, celui du chlordécone. Ce nom, c’est celui d’un pesticide utilisé en masse entre les années 70 et 90 dans les champs de bananes. Longtemps resté sous silence, le dossier avance pour les victimes de ce poison en Martinique et en Guadeloupe. Le gouvernement a lancé le 5 février 2021 un plan de réparation. Retour sur les ravages du chlordécone, fléau sanitaire et écologique.

Le chlordécone était répandu sur les champs pour tuer les charançons, des parasites du bananier. Dans les années 70, il est classé cancérogène possible par l’OMS. Les États-Unis ont alors décidé de l’interdire en 1976… Mais en France, il a fallu attendre 1993. Fini le chlordécone… mais il persiste dans les sols. En 1998, René Amaury, technicien à la Chambre d'agriculture, était déjà conscient du problème : « nous savons qu'en ce moment il y a des stockages de molécules au niveau de nos sols, mais aussi, n'ayant pas de labos pouvant mesurer les taux de résidus de pesticides dans pas mal de produits, nous ne savons pas trop à quoi nous nous exposons ». 

En 2000, le chlordécone est dans le viseur des chercheurs. Il est relevé en quantité très élevée dans l’eau, au point que la pêche est interdite par endroits. Sur l’homme, il pourrait être à l’origine de cancers de la prostate comme l'expliquait le Dr Daniel Vacque, « En Guadeloupe, il y a un problème vraiment particulier sur le cancer de prostate qui montre que nous avons trois à quatre fois plus de cancers de la prostate qu’en Métropole et qu’un des facteurs incriminés sera certainement l’intoxication par les pesticides ».

Les spécialistes parlent alors de pesticides, ils soupçonnent un effet cocktail, aucun produit n’est ciblé en particulier. En 2007 en revanche, une étude du professeur Belpomme vise clairement le chlordécone. Il alertait sur une « affaire [...] plus grave que le sang contaminé puisque c'est une population entière qu'on a empoisonnée ». Interdit d'utilisation aux Etats-Unis dès 1976, puis en France métropolitaine en 1990, le chlordécone a cependant encore été utilisé jusqu'en 1993 dans les Antilles françaises.

Cette annonce fait l’effet d’une bombe, mais l’étude est contestée. Le scandale du chlordécone tombe dans l’oubli... avant de refaire surface en 2018 lors d’une visite présidentielle d’Emmanuel Macron aux Antilles. L’État reconnaît avoir permis l’usage d’un produit dangereux, il entame désormais une démarche de réparation des ravages du poison des Antilles.

Tarik Khaldi (Module ina-franceinfo) & Florence Dartois (mise en page ina)


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